Pour accompagner le développement du Grand Paris Express et sa dynamique culturelle, 80 personnalités signent un Manifeste de la Création.

Paru chez Gallimard au début du printemps, le Manifeste de la création du Grand Paris Express obéit aux codes du genre. Cet ouvrage d’une centaine de pages, signé par plus de 80 personnes issues du monde des médias, de l’urbanisme, de l’architecture et de la culture, entend communiquer au plus grand nombre l’effervescence à l’oeuvre autour de ce « chantier du siècle. »

Un manifeste de la modernité urbaine

L’expression est-elle excessive ? Qu’on en juge : il s’agit tout de même d’aménager, en une quinzaine d’années, 200 kilomètres de voies et d’édifier 68 gares, le tout dans un tissu urbain dense. Voilà pour l’ouvrage stricto sensu. Mais l’ambition du super-métro va plus loin : avec lui, c’est le nouveau dessin d’une métropole mondiale qui est en jeu. Certes, on reste dans des échelles européennes (12 millions d’habitants contre le double à New Delhi ou à Shangaï).

Alors la métropole rêvée du Grand Paris Express déplace la carte de la modernité. Ses mots d’ordre sont multiples : le plus fort reste la co-construction, concept décrivant la consultation des usagers, les appels à projets, et l’ouverture aux nouvelles pratiques urbaines. S’y ajoute l’interconnexion : parce que les transports publics sont le 4ème espace d’utilisation de l’internet mobile, parce que les gares, chacune unique, sont pensées comme des transitions vers la ville, parce que, de fait, ce sont des nodules de transport. Interconnexion donc, réelle et virtuelle. Vient également la notion de maîtrise d’usage qui entend placer l’usager des transports et des gares, voire des quartiers, au cœur du projet. Le Grand Paris Express revendique d’ores et déjà un réseau à haute qualité de service avec des gares habitées et vivantes, relais et reflet du dehors. Ceci appelle un autre concept, citadinité.

Grand Paris Express

A l’horizon 2030, le Grand Paris Express aura totalement redessiné le territoire métropolitain

Création, créativité et innovation

Enfin, les couronnant tous, la création. Pour les signataires, la création devient l’affaire de tous, elle est pérenne sous la forme des gares, comme éphémère via les événements. Solide comme l’architecture ou impalpable comme une nouvelle pratique urbaine. Mais elle est aussi ancrée dans le lieu, au travers d’œuvres monumentales associées aux gares, aussi bien que nomade, délibérément déplacée d’un bout à l’autre du réseau. Sous la plume enthousiaste de ses promoteurs, la création selon le Grand Paris Express est donc protéiforme et englobante, décloisonnante, une fois pour toutes ouverte.

Grand Paris Express

La carte sensible de la future gare de Villejuif, réalisée par Pipocolor, et choisie pour illustrer le Manifeste, instaure un certain état d’esprit – CR Pipocolor.com

Cela relève de la vision et de la conception en amont autant que du pari. Les rédacteurs ne résistent pas à imprimer une forme de redondance à leur propos en développant une écriture fourmillante et très affranchie de la syntaxe ordinaire. Parfois les formules sont faciles, et l’oxymore étourdissant. On lâche prise également quant à la temporalité, le présent brassant passé proche, avenir imminent, prescription et vérité intemporelle. Au détour d’une page émergent des îlots de concret, telle l’Académie du Grand Paris, pour former aux emplois impliqués par le projet.

Le Grand Paris Express redessine la métropole

Aussi ne faut-il pas lire ce Manifeste à la lettre, mais plutôt en recueillir l’esprit. Le Grand Paris Express, casse pour construire autrement.
Il casse le schéma de transport en étoile dont tout banlieusard pâtit. Ce faisant, il casse le rapport centre-périphérie. Il développe à la place un réseau multipolaire qui désenclave et dynamise des territoires entiers. Et c’est une rupture capitale.
Non moins considérable est l’association, tout au long du projet, avec les principaux intéressés que sont les usagers. Les appels à projets successifs comme les temps forts type KM1, pour peu que vous sachiez les trouver, en sont gages.

Mahler, Michaux, Glissant et combien d’autres encore sont convoqués à l’appui du propos, qui tend à « l’oeuvre d’art totale. » Mais c’est l’avenir, et non les mânes d’un grand homme, qui dira si la citadinité se prolonge dans les faits. La gageure, comme toujours, sera de durer.

Grand Paris Express – Manifeste de la création (collectif), Gallimard 2017, 9,90€