Le premier mai, la galerie MondapArt célèbrera ses 7 ans au cours d’une exposition anniversaire réunissant 18 artistes – Il était 7 fois MondapArt. A cette occasion, l’e-bb a rencontré Isabelle Lefort, maîtresse des lieux.

e-bb : Quelle a été la genèse de la galerie ?

Isabelle Lefort en plein décrochage, avant la prochaine exposition

Isabelle Lefort en plein décrochage, avant la prochaine exposition

Isabelle Lefort : J’ai eu une première vie faite de business development dans le secteur informatique. A un moment donné, j’ai eu envie de faire autre chose, et j’ai pu y réfléchir sans limite. Une envie profonde de travailler pour valoriser les artistes contemporains m’est alors venue. Alors, j’ai mené une étude de marché, j’ai rencontré de nombreux artistes et galeristes pour préciser mon projet, qui était d’aller vers une démocratisation totale de l’accès à l’art.

Je me suis lancée un an plus tard avec une double casquette, un site commerçant d’une part, et des expositions en appartement de l’autre. Aux débuts de la galerie, je travaillais avec 14 artistes. Un certain nombre travaillent toujours avec moi aujourd’hui. J’ai ouvert le lieu il y a deux ans et demi maintenant.

e-bb : L’exposition Il était 7 fois MondapArt retrace-t-elle ce parcours ?

Isabelle Lefort : Certainement. L’exposition réunit des artistes « historiques » de la galerie, à l’instar de Sophie Sigorel, qui en est la pierre angulaire, ou bien le photographe et peintre Laurent Allory, mais aussi des artistes plus récents, que je présente depuis 3 ou 4 ans, et enfin des artistes qui n’avaient encore jamais exposé chez MondapArt, comme MALO, que j’ai exposé une fois hors-les-murs, et Philippe Chardon, lauréat du prix de la galerie en février au dernier salon « URBAN » organisé par la Sèvrienne des Arts.

Au fur et à mesure, la sélection de la galerie s’est affinée en qualité, mettant l’accent sur des artistes à la personnalité très forte. On le perçoit dans leur démarche, les idées et émotions qu’ils véhiculent, mais aussi dans leur traitement des matériaux. Je ne veux pas que, quand on voit un de mes artistes, on se dise « J’ai déjà vu ça quelque part. »

Créatures de l’étrange Hélène Loussier et Philippe Demontaut en septembre 2013, une étrange rencontre et d’étranges visiteurs….

Créatures de l’étrange Hélène Loussier et Philippe Demontaut en septembre 2013, une étrange rencontre et d’étranges visiteurs….

e-bb : A ce propos, on pourrait mettre en rapport le nom de la galerie, MondapArt, et votre sélection, qui présente une constante : entre onirisme, irréel, spirituel et paratopie, lorsque l’on en franchit le seuil, on est bel et bien ailleurs…

Céramique d'Hélène Loussier, lors de l'expo Créatures de l'étrange

Céramique d’Hélène Loussier, lors de l’expo Créatures de l’étrange

Isabelle Lefort : C’est vrai. Je ne voulais pas donner mon nom à la galerie, il compte trop d’homonymes. MondapArt cherche à refléter une forme de rapport au monde, à l’autre et à soi-même, ainsi qu’une approche différente de la figure, toujours très présente, même in absentia, comme ça a été le cas pour l’exposition Cris et chuchotements : lorsque j’ai déballé les toiles de Christine Trouillet, j’ai été submergée par la présence qui se dégageait de ses œuvres, c’était tellement vivant ! et j’ai pensé que chacune mériterait une salle d’exposition à elle seule !

e-bb : On relève aussi votre goût pour le dialogue, votre souci de rassembler des artistes dont vous révélez les points communs, comme ça a été le cas pour l’exposition Créatures de l’étrange réunissant Hélène Loussier et Philippe Demontault.

Un souvenir de galeriste : CHIC DESSIN en mars 2011 avec Hélène Loussier et Sandra Krasker (grand format), une exposition d’une puissance incomparable, avec le dessin

Un souvenir de galeriste : CHIC DESSIN en mars 2011 avec Hélène Loussier et Sandra Krasker (grand format), une exposition d’une puissance incomparable, avec le dessin

Isabelle Lefort : Le dialogue et l’échange, avec les artistes comme avec les clients, sont au fondement de la galerie. Les artistes que je réunis ne se connaissent pas forcément, et selon les cas, ils vont se rencontrer pour préparer l’exposition ou faire le choix contraire. Cela permet de les sortir de la solitude de la création, et de leur page blanche. A l’usage, il apparaît que quand les œuvres se répondent, les artistes se répondent également. On pourra le voir une nouvelle fois à la rentrée, lors d’une exposition conjointe entre Sophie Sigorel, qui  pratique la peinture à l’huile, et Sandra Krasker, qui privilégie le dessin, contemporain et classique. Elles se sont rencontrées à plusieurs reprises et avaient envie de travailler ensemble, ce qui donne lieu à cette exposition. Comme souvent, les œuvres présentées auront été conçues pour l’occasion. Ça va être étonnant, cette rencontre entre une artiste qui s’intéresse à notre rapport à l’espace, qu’elle restitue par le contraste des aplats et des volumes très colorés, et une autre, qui s’intéresse au corps qu’elle dessine avec une facture classique mais parfois très évanescente, et peut représenter sous la forme d’écorchés magnifiques.

e-bb : Dans quelle mesure intervenez-vous dans le travail de vos artistes ?

Un souvenir de galeriste : CITY’s SPIRIT de Sophie Sigorel, printemps 2011 : dernière exposition dans la galerie-maison…

Un souvenir de galeriste : CITY’s SPIRIT de Sophie Sigorel, printemps 2011 : dernière exposition dans la galerie-maison…

Isabelle Lefort : J’essaie d’influer au minimum sur la création, mais avec chaque artiste, la préparation est très différente. En général, ils travaillent précisément pour l’exposition en préparation, et je leur donne essentiellement des indications touchant au format, afin de s’adapter à l’espace de la galerie. Pour le reste, je leur laisse carte blanche. Je revendique une sélection très éclectique, qui répond aux attentes de clients très différents. Mais ces derniers ont des repères artistiques établis, et certaines échappées des artistes – essentielles à leur activité et à leur évolution – sont parfois difficiles à présenter à un public qui s’était habitué à autre chose de la part de tel ou tel. Je ne cherche cependant pas à brider ces échappées, je sais à quel point elles leur sont nécessaires pour avancer et je les intègre. Souvent dans une expo, je glisse une petite pièce rebelle, qui augure de la prochaine étape.

e-bb : Au cours de ces années, il y a également eu la création de Carré sur Seine.

Souvenir de galeriste : Hypnoses esthétiques - Juliette Clovis et Jérémie Brunet en novembre 2012 :  affichage grand format et fierté à la même dimension

Souvenir de galeriste : Hypnoses esthétiques – Juliette Clovis et Jérémie Brunet en novembre 2012 : affichage grand format et fierté à la même dimension

Isabelle Lefort : Ça, c’est une très belle histoire. En juin 2009, j’ai fait un salon à Paris, où j’ai rencontré Exit Art et la Voz’. A l’époque, Voz avait une galerie-vitrine près de la sous-préfecture, et Exit, déjà à cette adresse, était cachée derrière une agence immobilière. Ensuite, quand l’agence immobilière est partie, nous avons fait venir Valérie Bach, de Green Flowers. Puis j’ai trouvé un local dans le même périmètre, et nous avons décidé de lancer quelque chose ensemble. Nous sommes toutes quatre très différentes, avec donc des propositions artistiques très différentes aussi, mais nous partageons la même dynamique : nous voulons faire avancer, faire bouger et faire vendre nos artistes, dans un milieu que l’on pourrait appeler le mid-markett. La clientèle que nous visons n’a pas reçu d’ouverture artistique sur l’art contemporain et nous, nous voulons le rendre lisible et abordable, ce qui occasionne d’ailleurs pour eux des découvertes formidables ! Cette retenue vis-à-vis de l’art contemporain est très française.

On adore la proximité que permet Boulogne-Billancourt, il n’y a pas de notion de concurrence, comme on pourrait la ressentir à Paris. Ici, nous avons l’impression d’exister, même s’il reste encore un très gros travail d’implantation à fournir. Je rencontre régulièrement des gens qui habitent les rues avoisinantes et n’avaient jamais remarqué la galerie.

Carré sur Seine est une très belle aventure, qui se déploie dans le respect mutuel. Nous avons mis en place de nombreux partenariats, avec le Pathé ou le TOP par exemple ; nous organisons des visites d’ateliers, des événements très variés, comme une représentation théâtrale au sous-sol de la galerie Voz en décembre, et nous débordons d’idées !

e-bb : Quel est votre plus beau souvenir ?

Échange transatlantique : Unique dialogue

Échange transatlantique : Unique dialogue

Isabelle Lefort : Il est difficile d’en retenir un seul ! J’en avancerais trois : le premier, en septembre 2008. J’avais organisé une exposition chez moi, et j’avais ouvert le portail de la copropriété. J’ai été ébahie par le succès, 150 personnes sont venues ! Mon deuxième souvenir, c’est ma participation aux premiers salons. C’est une expérience très excitante et très intimidante à la fois, on ne sait pas du tout où on va ! Plus récemment, il y a eu l’exposition Unique dialogue cet automne, qui a été extraordinaire à plus d’un titre, et d’abord pour ces voyages croisés, cet échange d’artistes entre Boulogne et San Francisco. C’était riche d’enseignements pour l’avenir.

Souvenir de galeriste : UNIQUE DIALOGUE  novembre 2013 : échange franco-américain réussi, deux photos de bonne humeur de l’artiste Cristobal DANS son installation en carton de récupération

Souvenir de galeriste : UNIQUE DIALOGUE novembre 2013 : échange franco-américain réussi, deux photos de bonne humeur de l’artiste Cristobal DANS son installation en carton de récupération

e-bb : Quels sont vos projets pour l’année à venir ?

Isabelle Lefort : Dans les mois à venir, il y aura donc l’exposition anniversaire, mais aussi une nouvelle édition d’Un pas de côté, où je confie les clés de la galerie à la commissaire d’exposition Cécile Dufay, qui présente un artiste au cours d’une exposition-éclair. Il y aura aussi un atelier pour enfants animé par Caroline Poulet, qui permet d’investir le lieu différemment. J’adore quand la galerie vit, quand les gens se parlent et rient ensemble.

Dans tous les cas, je travaille en mode passion, et c’est une grande chance !