Législatives 2017 : rencontre avec Thomas Puijalon et Judith Shan (PS – circo.9210)

Avant le premier tour des législatives 2017, l’e-bb fait le tour des candidats. Voici Thomas Puijalon et Judith Shan, candidats PS dans la 10ème circonscription des Hauts de Seine.

Un tandem volontairement Isséenno-Boulonnais

e-bb : Comment avez-vous composé votre tandem ?

Thomas Puijalon : C’est un signal que nous envoyons aux électeurs de toute la circonscription. Une circonscription issue du découpage Pasqua de 1988, qui isole une partie des habitants de Boulogne et de Meudon.
Judith Shan : De fait, les Boulonnais de la 10ème circonscription le vivent très mal, ils ont le sentiment qu’André Santini (le député sortant ndlr) n’était le député que d’Issy les Moulineaux.

Judith Shan

Thomas Puijalon et Judith Shan devant le chantier du futur lycée de Boulogne

Thomas Puijalon : Je suis élu d’Issy et Judith de Boulogne. Le contexte, avec le projet de fusion de Boulogne et Issy, renforce notre choix.

Nous n’étions a priori pas défavorables à l’idée. Mais elle apparaît aujourd’hui inutile et mal-menée, pour plusieurs raisons. D’abord, au plan de la logique territoriale, Vanves se retrouve isolée. Ensuite, Pierre-Christophe Baguet la justifie par le maintien de la DGF et par le gel de la péréquation. Or, ces conditions ne sont pas réunies. Pire, en fusionnant, ces deux villes atteindront la strate de Reims par exemple, une commune en difficulté qui appelle davantage de péréquation. Enfin, les conséquences sur le déficit de logements sociaux sont évidentes (en 2015, Issy était à 23,8 % de HLM, contre 14,15 % pour Boulogne, ndlr).
Pour terminer sur ce sujet, il se trouve qu’il a une dimension parlementaire, comme les tentatives malheureuses d’amendement par Hervé Marseille et André Santini l’an dernier le prouvent.

e-bb : Avez-vous l’habitude de travailler ensemble ?

Judith Shan : Bien sûr, nous nous consultons régulièrement sur les sujets municipaux ou liés à GPSO. Nous avons également co-construit ensemble le programme de ces législatives, en prenant part depuis janvier à des ateliers ouverts. Ces rencontres, dont nous avions confié l’animation à d’autres, ont réuni des sympathisants, des militants, mais aussi des personnes que nous ne connaissions pas, et qui se sentaient concernées par les sujets. Ce format, outre son côté ludique, a produit des résultats tellement intéressants que nous comptons les poursuivre si Thomas est élu. Cela permet aux gens d’arrêter de croire que, parce qu’ils ne seraient pas sachants, leurs idées ne peuvent être portées.

Thomas Puijalon : La charte que je défends dans mon programme est le produit de ces ateliers. J’ai par ailleurs adhéré au Parlement citoyen, une plateforme collaborative pour associer les citoyens à la fabrique de la loi. En effet, je veux que la loi se fasse autant dans la circonscription qu’à l’Assemblée nationale : nous avons un territoire extrêmement riche qu’il faut solliciter.

Judith Shan : Notre permanence sera bien plus qu’une permanence d’élus : un véritable lieu de travail et de débat, avec les élus locaux et avec les habitants.

Le refus du parti unique

e-bb : Dans quel état d’esprit abordez-vous cette élection ?

Thomas Puijalon : Elle ne s’inscrit certes pas dans un contexte facile. Mais, contrairement à d’autres, j’assume d’être socialiste. La présidentielle acte un échec qu’il faut analyser : ce ne sont pas les électeurs qui ne nous ont pas compris, c’est nous qui nous sommes plantés. Nous n’avons été clairs ni dans le bilan, ni dans les objectifs. Je le dis librement, d’autant que je ne me sens pas comptable d’un certain nombre de choses que nous n’avons pas décidées.
Judith Shan : Nous n’avons été ni suivistes, ni frondeurs. Aujourd’hui, la logique d’une refondation s’impose.

e-bb : En 2012, le parti socialiste avait constitué un ticket avec EELV. Cette fois-ci, chacun y va de son côté ; pourquoi ?

Thomas Puijalon : Cette situation procède de l’éclatement de la droite et de la gauche. Dans l’immédiat, on a une législative où tout est ouvert, mais il faut regarder plus loin. Je ne sais pas si la recomposition politique en cours va aboutir. On est dans une phase de repli de la démocratie dans le monde entier. Les citoyens ne croient plus que le vote peut changer quelque chose et c’est très grave. Dans un tel contexte, j’aurais préféré un gouvernement de coalition à l’allemande ou à la néerlandaise, à cette manœuvre de débauchages individuels. Comme le disait Aristote, la démocratie, ce n’est pas l’unicité.
Judith Shan : Regardez à quoi cela nous mène : Marisol Touraine, ministre socialiste durant les cinq dernières années se présente avec l’étiquette En Marche. Quel sens cela a-t-il ? On peut y voir un instinct de survie politique, mais faut-il survivre à tout prix ?

e-bb : Si vous êtes élu, comment vous positionnerez-vous par rapport au gouvernement ?

Thomas Puijalon : Je voterai ce qui va dans le bon sens, et mènerai un travail d’amendement sur le reste. C’est ce que je fais à l’échelle locale. Je ne crois pas au concept d’ « opposition, » et défends plutôt celui de « minorité. »
A titre d’exemple, nous jugeons que c’est bien de limiter les mandats. Mais il est aussi utile de disposer d’élus expérimentés dans les assemblées. Il y a toute une hiérarchie à l’Assemblée nationale, les députés se partagent la tâche selon leur spécialité et leur expérience, et c’est important pour structurer le travail parlementaire.
Judith Shan : Aujourd’hui quand on est député, on est jugé à l ‘aune de sa présence dans l’hémicycle, c’est absurde.

Un programme pour traiter les urgences

e-bb : Le mot récurrent de votre discours est « urgence, » pourquoi ?

Thomas Puijalon : Parce qu’il décrit une réalité. Même si Benoit Hamon a échoué, son programme comporte des choses valides, à commencer par l’environnement. Dans ses propositions et ses actions, Hollande était au-delà de Merkel. Macron, lui, se situe entre Merkel et Trump, et ce n’est pas une bonne nouvelle.

Je parle d’urgence, parce que si le réchauffement climatique atteint 2,5°, c’est la survie humaine qui est menacée. S’y ajoute le cas des réfugiés climatiques, et de tous les conflits que cette situation pourra engendrer. Mais l’environnement, c’est aussi notre rapport à la consommation, et une pollution protéiforme. Pensez aux pics de pollution de l’air qui se multiplient ces derniers temps, au rapport de forces sur les perturbateurs endocriniens… Sur ces sujets, on a les moyens d’agir, et d’embarquer la société dans un mouvement, mais il faut le vouloir. Il en va de même pour notre projet du 0 déchet : des métropoles américaines y parviennent, et la France ne saurait pas le faire ?

L’urgence est aussi économique. D’accord, nous avons échappé à Marine Le Pen, mais ça ne règle pas le problème des exclus de la mondialisation. Le constat est sans appel : la « mondialisation heureuse » a fait moins de 50 % au premier tour de la présidentielle. Il faut concevoir une nouvelle politique industrielle.
Judith Shan : Il y a des dérives dans tous les secteurs : aujourd’hui, un architecte ne rejoint plus un cabinet comme associé ou comme salarié, mais comme autoentrepreneur !

Thomas Puijalon : Enfin, j’insiste, il y a une urgence démocratique. On peut se rassurer d’avoir élu Emmanuel Macron, mais je ne me satisfait pas d’un parti unique, borné par un clown à gauche et un épouvantail à droite.

 

e-bb : Quel député serez-vous ?

Thomas Puijalon : Je serai très présent dans la circonscription, il ne me suffit pas de rendre des comptes tous les cinq ans. Une élection, c’est la photo de l’opinion, à un instant t. Il faut refonder la légitimité de l’élu en permanence, et c’est bien ce que je compte faire.

Le site de campagne : http://www.puijalon.fr/
Les candidats sur Twitter : @tpuijalon et @JudithShan92

Christine et Anne-Sophie

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