Dans le cadre de Fête en Seine et du festival Mozart Maximum, Insula orchestra et Accentus célébraient le compositeur de génie durant tout le weekend du 24 juin. L’occasion de découvrir la Grande Messe en ut, l’une de ses œuvres majeures lors d’un concert mêlant la musique et l’image.

La Grande Messe en ut, oeuvre majeure et mystérieuse

Selon Hélène Grimaud, jouer des messes de Mozart c’est « peindre des icônes avec des sons. » La pianiste française songeait sans doute à cette Grande messe en ut que le compositeur autrichien avait travaillée un peu plus d’un an à partir de l’automne 1782.

Cette œuvre exceptionnelle par bien des aspects est pourtant demeurée inachevée pour des raisons qui nous restent inconnues. Mozart s’était promis d’écrire une messe et avait commencé celle-ci alors que sa future femme, Constance, venait de tomber malade. À la différence de celles qui la précèdent, la Grande messe en ut est la première pièce religieuse qui n’ait pas été commandée par l’archevêque de Salzbourg. Elle est donc le fruit d’un désir personnel du jeune homme de 27 ans, et cette liberté nouvellement acquise se ressent dans la musique du compositeur. Elle est sensible de par l’effectif pour commencer : un grand orchestre, un double chœur ainsi que quatre solistes (deux sopranos, un ténor et une basse) ; mais également par l’esprit même de la partition, nous y reviendrons.

C’est l’Insula Orchestra, dirigé par Laurence Equilbey, accompagné par le Chœur de chambre Accentus et les merveilleuses sopranos Mari Eriksmoen et Sylvia Schwartz, le ténor Reinoud Van Mechelen et le baryton Philippe Estèphe, qui ont su offrir aux spectateurs de la Seine Musicale une heure de musique sacrée inoubliable.

Notes pour les yeux

Ce concert avait la particularité d’être filmé en direct et projeté sur un immense écran qui surplombait l’orchestre, par Pascale Ferran, la célèbre réalisatrice césarisée de Lady Chatterley. Cette dernière a ouvert la soirée par un documentaire introductif nous révélant les particularités et les secrets de cette grande messe, notamment grâce aux explications de la chef d’orchestre Laurence Equilbey et de la première violoniste Stéphanie Paulet. La séquence suivante permettait aux spectateurs de se glisser parmi les musiciens avant leur entrée sur scène, manière d’instaurer une certaine attente chez le public. Puis l’Insula Orchestra et le Chœur Accentus se sont enfin offerts aux yeux de la salle et le concert a pu commencer.

Grande Messe en ut

La Grande Messe en ut traduit les variations intimes de Mozart

D’un éblouissement à l’autre

Le premier accord, d’un mineur funeste, qui a retenti jusqu’au plafond de la magnifique grande salle de Boulogne, aurait pu présager une mélancolie morbide. De ce fait, le Kyrie débute comme une lente marche vers la mort, écho à la maladie de Constance. Les chœurs montent lentement vers les cieux avec les cordes pour redescendre presque aussitôt. Cependant, les accords majeurs prennent bientôt le dessus et la voix de la première soprano se fait entendre, apportant une note d’espoir à ce premier mouvement.

Le Gloria pénètre alors dans la salle comme un océan déchaîné. Pascale Ferran incorpore aux images du concert celles d’une mer bleutée, parsemée d’éclats de soleil. La voix de Mari Eriksmoen s’envole sur le « Laudamus te » avant que les tonalités mineures resurgissent. La mélancolie et la tristesse ne sont jamais absentes mais sont tempérées par l’incroyable vivacité des cordes qui relancent constamment la partition. Sur le « Domine, » les voix des deux sopranos s’emmêlent et se répondent dans une même prière avant que le double chœur fasse de nouveau basculer ce Gloria dans une imploration au ciel.

Le Credo est l’une des parties incomplètes de cette messe. Seules les deux premières sections sont, en effet, parvenues jusqu’à nous. Il commence en majeur comme une ode à la joie et à l’espoir mais très vite, le « Et incarnatus est » soulève l’émotion de la salle. La soprano monte soudainement à des hauteurs célestes et célèbre la naissance divine, bercée par l’Andante de l’orchestre, enveloppée d’une nuit
étoilée projetée sur l’écran de la scène.

Le Sanctus voit le retour du double chœur qui ne quittera plus cette grand-messe. Cette dernière partie, incomplète également, est une explosion de virtuosité, la partition alternant les montées et les descentes de voix dans un Largo étincelant qui annonce déjà la dernière partie : le Benedictus. Celui-ci débute par un Allegro de l’orchestre puis introduit rapidement les voix du quatuor des solistes qui seront bientôt suivies par le double chœur. Le finale est une montée en apothéose grandiose qui laisse les spectateurs sans voix avant un tonnerre d’applaudissements.

En sortant de la salle de concert, une même pensée naît dans notre esprit : lorsque l’on songe aux musiques sacrées de Mozart, son fameux Requiem s’impose toujours en premier lieu. On aurait tort désormais d’oublier, entre ses pièces de commande et son sublime testament musical, cette Grande Messe en ut, inachevée au même titre que le Requiem, mais nouveau témoignage d’un génie complet.

Si vous l’avez manquée à Boulogne, l’oeuvre sera interprétée au festival de Beaune samedi 8 juillet !

Tristan Leroy

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