L’OJIF, l’orchestre des jeunes d’Ile de France, donnera son prochain concert, Chambre(s), le 13 avril au CRR de Boulogne. Une proposition artistique à l’image de la jeune formation.

Mardi 11 avril, l’après-midi est chaude dans l’auditorium du CRR de Paris. Depuis la veille, les musiciens de l’OJIF répètent ensemble sans relâche en vue du double concert « Chambre(s), » donné le 13 à Boulogne-Billancourt et le 14 à Paris. Sous la baguette de David Molard, ils travaillent à « comprendre ce qui se passe » dans cette Deuxième symphonie de chambre de Schönberg, une pièce pleine de chausse-trappes au plan du rythme comme des nuances. « Il faut jouer ces mesures à la Tchaïkowski, c’est un pastiche » indique le chef à l’oreille attentive autant qu’amusée des musiciens. Tout l’équilibre de la direction d’orchestre est là : comprendre ce qui se passe, écouter tout le monde, retenir l’attention de chacun, avec fermeté et légèreté tout ensemble. La voix hausse d’un ton : « mais ça concerne aussi les hautbois, » suffit à ramener tout le monde à la mesure 407.

L’OJIF, bouillon de jouvence

Arrive la pause, les musiciens montent respirer un peu. Nombre sont issus du Pôle supérieur Paris Boulogne-Billancourt et/ou du CNSM de Paris, à l’instar de Benoit Zahra, violoncelliste et webmaster de l’OJIF, et de Marius Mosser, le chef du projet. Le violoniste de 22 ans est passé par les CHAM de Boulogne, il n’y a pas si longtemps encore…

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De gauche à droite, P. Giroud, M. Mosser, D. Molard et B. Zahra

Membres d’une équipe de sept bénévoles, ils ont donné vie à l’OJIF en janvier 2016. « L’idée est de former un orchestre professionnalisant, qui réunit des jeunes musiciens en fin d’études, à la charnière avec la vie professionnelle » décrit David Molard. Encadrés par des musiciens issus des grandes phalanges, à commencer par l’orchestre de Paris, ils acquièrent au sein de l’OJIF une expérience concrète de l’orchestre, dans des conditions professionnelles. Ils répètent par exemple moins d’une semaine tous ensemble pour monter un concert.
« C’est extrêmement enrichissant pour eux, poursuit David Molard. Les professionnels sont en général chefs d’attaque, on a ainsi une transmission et un apprentissage qui se font au pupitre même. »

La fabrique de l’orchestre

Au demeurant, et c’est sa singularité, l’OJIF n’est pas un orchestre formé pour les jeunes, mais bien une formation de jeunes. Toutes les fonctions sont assumées par eux, et l’équipe continue à s’étoffer en ce sens : « A terme, nous aurons un bibliothécaire en charge des partitions, et ce sera aussi un jeune ! » promet le chef.

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Une après-midi de répétition au CRR de Paris

On peut le croire sur parole, l’hyperactivité de l’OJIF montre assez qu’il n’attend pas le nombre des années. Depuis le concert inaugural de juillet 2016, deux autres séries ont été montées, et une formation de musique ancienne, le Collegium, a vu le jour. Sous la direction de Christophe Dilys, le Collegium vient de donner son concert inaugural à l’oratoire du Louvre. « La formation comporte un laboratoire de recherche musicologique, précise Marius Mosser, pour travailler sur le son, qui est l’un des enjeux de la musique ancienne. »

Chaque concert est capté en direct par le jeune ingénieur du son Paul Giroux, et les assistants qu’il prend en formation. « Enregistrer un orchestre est un exercice très difficile que les étudiants ont rarement l’occasion de pratiquer, explique l’intéressé. L’enregistrer dans les conditions du direct est encore plus difficile… On doit proposer un autre point de vue que celui du concert, une autre esthétique en adéquation avec les supports de diffusion. » Les jeunes de l’OJIF ont pour modèle le Digital Concert Hall du Berliner Philharmoniker, qui rend tous ses concerts accessibles.
Au-delà, pour une jeune formation comme la leur, la captation et la mise en ligne des concerts a maints intérêts, détaille Benoit Zahra. Elles démultiplient le nombre d’auditeurs, servent de supports aux musiciens candidats aux grands concours, et apportent de la crédibilité au projet. Les amateurs sont donc cordialement invités à suivre la chaîne Youtube de l’OJIF !

Des parrains bienveillants

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Un logo aux formes et aux couleurs de l’Ile de France

Éclectique et curieux, l’OJIF a donné le ton dès son concert inaugural, où le célèbre concerto de Mendelssohn fut interprété de même que l’Unfinished Journey, du compositeur contemporain Bechara El-Khoury. Ce dernier, d’une infinie bienveillance, a d’ailleurs accepté leur invitation pour une résidence avec l’orchestre à la rentrée prochaine. Des créations en perspective…

Par ailleurs, l’envie et l’exigence des jeunes musiciens rencontrent des échos favorables dans les institutions culturelles. Outre les encadrants issus des grands orchestres, les directeurs respectifs des CRR de Paris et de Boulogne-Billancourt, Xavier Delette et Marie-Pierre Mantz, leur ont ouvert leurs portes, leur permettant de répéter et de se produire sur de belles scènes.

Chambre(s) le 13 avril, un concert à l’image de l’OJIF

Ces soutiens permettent à l’orchestre de se concentrer sur la prochaine échéance, Chambre(s). Interprété au conservatoire de Boulogne-Billancourt le 13 avril, le programme est une variation autour de la musique de chambre, réintégrée au cœur d’un concert symphonique. C’est audacieux, et les musiciens s’en donnent les moyens.
Au programme, l’octuor de Mendelssohn répondra à des pièces du répertoire bien plus rares, la Sinfonietta de Poulenc, et cette Deuxième symphonie de chambre de Schönberg dont il était question plus haut. Soit, d’une oeuvre à l’autre, le passage de 8 à 40 musiciens, avec ou sans chef. « Avec ce programme, nous avons voulu renouveler le concert thématique explique David Molard. Il y a trop de frontières dans la musique, et c’est dommage. Nous nous voulons les défenseurs de toutes les musiques et de tous les répertoires » insiste-t-il.

Comme toujours, et en attendant de pouvoir rémunérer les musiciens, l’orchestre jouera au chapeau. Une précision utile à vous, qui compterez peut-être parmi le large public de jeudi : l’OJIF est éligible au mécénat. Soutenez-les !

Chambre(s), concert de l’OJIF au conservatoire de Boulogne, le 13 avril à 20h30 dans l’auditorium.