Vivendi renfloue l’île Seguin

La nouvelle est tombée en début de semaine dernière  : le groupe Vivendi, par le biais de sa filiale Boulogne Studios, déjà propriétaire des studios de Boulogne, se porte acquéreur du centre de l’île Seguin. Soit 4,5 hectares.

Avec Emerige à l’amont et la Seine musicale à l’aval, l’île est désormais presque intégralement lotie. Seule une parcelle de 3500m² n’a pas encore trouvé preneur.

Le projet Vivendi

La promesse de vente signée le 14 mars prévoit que le groupe consacrera 112 000m² à des activités professionnelles liées aux contenus et aux médias, 12 000m² à un jardin ouvert au public, et 10 000m² à des équipements sportifs d’intérêt collectif.

Pierre Gaborit représente l’opposition à la SPL

Après bien des affres, et avec de larges concessions faites à la constructibilité, on s’approche du projet sur lequel Pierre-Christophe Baguet avait été élu en 2008.
Pierre Gaborit, élu d’opposition et administrateur de la SPL en charge de l’aménagement de l’île, sourit  : «  L’île ressemble surtout de plus en plus au projet dessiné par ma liste, La ville citoyenne, en 2014…  »

A quelques nuances près, tout de même. «  Nous avions prévu des logements, et ne comptions pas aménager de bureaux. Pour Pierre-Christophe Baguet, ils sont nécessaires à l’équilibre financier du projet, quand nous étions, nous, prêts à assumer une perte  » explique l’élu. En contrepartie, il a insisté pour que davantage de logements soient construits – ou reconstruits sur la berge, dans le respect de la loi sur le Grand Paris. Si rien n’est acté, le principe semble admis.

Le privé au secours des finances publiques

Force est de constater que, depuis l’élection du maire, et à l’exception notable du stade Le Gallo, tous les gros projets d’aménagement de la ville sont désormais confiés à des groupes privés. Ainsi de BNP Paribas Real Estate pour le 57 Métal, de Natural Le Coultre puis d’Emerige sur la pointe amont de l’île, et de Novaxia pour le château Rothschild.
Ces interventions procèdent d’un intérêt bien compris, chaque projet incluant un programme ou un équipement plus ou moins ouvert au public et tenant lieu de vitrine. Reste à savoir si les Boulonnais s’y retrouvent.

Dans le cas de Vivendi, cela ne ferait aucun doute. Les principaux opposants au maire, Pierre Gaborit et Thierry Solère, soutiennent d’ailleurs le projet. «  C’est un accord équitable, estime Pierre Gaborit  : d’abord, il est psychologiquement important que cette opération d’aménagement, amorcée depuis 2004, s’achève enfin. Ensuite, la promesse de vente dissipe le fantasme de la perte de sommes colossales. Enfin, la nature du programme permet de gérer les hauteurs et d’obtenir des espaces de continuité paysagère.  » A ceci s’ajouterait l’intérêt d’avoir affaire à un opérateur unique pour l’aménagement, et la rentabilité des droits à construire.

Le temps des projets rentables…

Vivendi

Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi, apporte une manne inespérée à la ville et à la SPL – DR

Jusqu’à la semaine dernière, la question financière était pourtant loin d’être un fantasme  : pour mémoire, la SPL était endettée à hauteur de 142 millions d’euros l’an dernier, et le budget annexe de la Ville consacré à l’aménagement des anciens terrains Renault accusait un trou de 90 millions d’euros. «  Sans compter, rappelle Pierre Gaborit, les 100 millions d’euros de manque à gagner dus à la cession de la pointe aval. Mais on pouvait le comprendre  : le partenaire privé prend sur lui le risque de la fréquentation.  »

«  Je rencontrerai prochainement les responsables du groupe Emerige pour avoir les chiffres du projet sur la pointe amont. Pour l’heure, sur la base de ce que je sais, je pense que ces deux opérations, Emerige et Vivendi, vont permettre de faire face sans problème à tous les travaux qui restent à faire sur les terrains Renault, et à combler la dette de la SPL. L’excédent devrait quant à lui couvrir entre le quart et le tiers de la dette du budget annexe  » estime Pierre Gaborit.

Il confie que la procédure a été très accélérée, en trois jours ouvrables. Un délai que beaucoup de conseils d’administration n’auraient sans doute pas accepté, mais qui en l’occurrence a suffi aux administrateurs pour arrêter leur jugement. Des nombreux candidats, Vivendi aurait présenté le meilleur projet. Et allongé immédiatement 70 millions d’euros hors taxes, correspondant au tiers du prix de vente. Une vraie rupture avec les errements qu’a pu représenter, il y a peu encore, le contrat désormais rompu avec Natural Le Coultre. Ce serait presque trop beau.

… et des conditions avantageuses

Pourtant, d’après Pierre Gaborit, les conditions suspensives, dont nous n’avons pas le détail, sont parfaitement normales. L’élu se targue d’avoir obtenu des avantages complémentaires pour la ville et ses habitants  : ainsi, si la SPL devra rendre les ponts Daydé et Seibert carrossables (concession au projet d’origine  : un parking de 700 places sera aménagé dans le sous-sol de l’île), c’est Vivendi qui entretiendra tous les espaces publics. «  J’ai fait accepter une servitude de 99 ans pour le jardin, dont la surface sera supérieure à celle du parc de Billancourt, et de 33 ans pour les équipements sportifs  » insiste-t-il.

La Seine musicale départementale, dernier équipement de prestige en date à Boulogne @Cd92

C’est certainement ce dernier équipement qui sera le plus massif, puisqu’il prévoit d’empiler sur trois niveaux un terrain de football, une piscine et une salle multisports pouvant accueillir 3 000 spectateurs. En toute logique, il faut compter au minimum 6 000 m² au sol, la surface d’un terrain de foot de niveau 6.

La Seine musicale semble avoir joué le rôle de locomotive que le maire lui prêtait dès l’origine. Alliée à la présence et à la promesse d’infrastructures comme le Grand Paris Express, et à l’apaisement juridique qui empoisonna longtemps le destin de l’île, elle aurait débloqué l’aménagement des autres parcelles. Toujours provocateur, l’ancien avocat des associations s’en amuse  : «  Il faudrait que le maire les remercie d’avoir barré la route à des projets stupides, qui permettent aujourd’hui l’avènement de projets intelligents.  »

Quel intérêt pour Vivendi  ?

En outre, Vincent Bolloré lui-même, indépendamment de l’intérêt qu’il peut y avoir à regrouper des activités en un même lieu, aurait ici une belle occasion de «  rebooster son image par une opération exemplaire. » «  Il va dépenser beaucoup d’argent, au moins 360 millions d’euros en construction  » estime l’élu. Pour peu qu’il soit sentimental, rappelons que le président du conseil de surveillance de Vivendi est né à Boulogne-Billancourt.

Vivendi

Une navette autonome actuellement testée à Issy les Moulineaux dans le cadre du projet So Mobility

Conciliants, les administrateurs de la SPL, pour la plupart élus, ont obtenu d’autres conditions pour le groupe  : ainsi, Vivendi développerait lui-même un service de transport innovant, reliant Brimborion à la place Marcel Sembat à raison d’une station tous les cent mètres. Le STIF serait d’accord, et la ville de Boulogne prête à aménager la voirie. On pense aux navettes autonomes Transdev actuellement testées à Issy-les-Moulineaux. On se souvient aussi que voilà des années que Vivendi cherche à s’imposer dans le transport urbain.
En l’occurrence, le tracé rappelle celui du transport en site propre appelé de leurs vœux par les édiles successifs depuis 2004, tramway ou bus à haute qualité de service, jamais obtenu.
Un projet de transport public passerait donc au privé, à la satisfaction générale.

Des questions demeurent

Bien sûr, on n’en est qu’au stade de la promesse de vente. Pour les Boulonnais, le cahier des charges rédigé par la SPL, et le projet de permis de construire, seront des documents de haut intérêt.

Pierre-Christophe Baguet est en passe d’achever l’aménagement de l’île Seguin

Afin de se garder de tout blocage, Pierre Gaborit a plaidé pour «  la méthode Subileau  », du nom du directeur de la SAEM qui, par une concertation sérieuse et continue, avait abouti à un PLU et des permis de construire purgés de tout recours en son temps. Il y aura, sans conteste, matière  : de la mise compatibilité du PLU pour ce nouveau projet aux conditions d’accès aux équipements «  d’intérêt collectif  », en passant par les questions de sécurité liées à la fréquentation de l’île (6 500 à 7 500 salariés sans compter les visiteurs), le plan de circulation et les aménagements complémentaires à prévoir pour la navette et les entrées et sorties de véhicules, les thèmes sont sérieux.

À un autre niveau, on aurait aimé comprendre pourquoi c’était Boulogne Studios, dont les actifs, essentiellement immobiliers, s’élèvent à une trentaine de millions d’euros, qui était en charge d’un projet aussi énorme.
Malheureusement, Madame Stéphanie Ferrier, gérante de Bologne Studios et directrice de l’Immobilier et des services Généraux chez Vivendi, a annulé le jour même le rendez-vous qu’elle nous avait accordé la veille.

Guy et Anne-Sophie

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