Jusqu’au 1er février, Michel & Augustin lance une campagne originale : elle propose d’acheter un triporteur à ses couleurs !

On les a vus déguisés en vache dans le métro, on a suivi à travers la France la déambulation d’une vache géante, on a dégusté des yaourts à l’effigie des candidats à la présidentielle, jusqu’à ce que des clients hystériques provoquent leur retrait de rayons… Les médias et les clients n’en finissent pas de se prêter au jeu des « trublions du goût. »
Côté transports, on avait gravé dans nos mémoires une Kangoo familiale et customisée, équipée d’un siège bébé… mais les enfants grandissent et les temps changent. En 2014, la marque lance un nouveau défi et commence par Boulogne : « 100 triporteurs à Boulogne », c’est le mot d’ordre lancé lundi 6 janvier devant 80 personnes, un mois, c’est le délai imparti pour le relever.

Le triporteur électrique Nihola, aux couleurs de Michel&Augustin

Le triporteur électrique Nihola, aux couleurs de Michel&Augustin

Comme souvent dans cette entreprise, la bonne idée est la synthèse de dichotomies imprévues : d’un côté, des membres de l’équipe qui tannent leur patron afin d’obtenir un triporteur pour des déplacements commerciaux, de l’autre, l’influence d’une amie de la famille, dont le mari a forgé son image de candidat aux législatives sur le triporteur, et à un autre niveau, dans la dynamique du marketing, la recherche d’un nouveau support qui ne serait pas seulement publicitaire mais « citoyen et engagé » explique Charlotte, en charge du projet. Et c’est ainsi qu’il y a deux mois à peine, Augustin Paluel-Marmont annonce à ses collaborateurs « On ne va pas avoir un triporteur, on va en avoir 100 ! » Roulez bolide, tout va ensuite très vite jusqu’au lancement officiel de la campagne ce lundi 6 janvier.

Ce triporteur, parlons-en : testé par nos soins mardi matin autour du marché Escudier, il s’avère très maniable et d’une bonne contenance. La direction est cependant un peu déstabilisante au début, de même que l’appréhension de son étendue : le premier virage ne se négocie pas du premier coup !

Pour les entrepreneurs, cette opération relève du gagnant-gagnant.

Aymeric Dargnies et Augustin Paluel-Marmont

Aymeric Dargnies et Augustin Paluel-Marmont

Côté acquéreur : « Le triporteur, c’est tout sauf un gadget ou un truc bobo, c’est un vrai utilitaire qui remplace une voiture » affirme Augustin. C’est que les modèles choisis, fabriqués en France par Nihola, sont réputés pour leur qualité : entre 33 et 45 kg de poids, 100kg de charge, la possibilité d’installer 2 enfants dans l’habitacle, une batterie d’une autonomie d’environ 50km que l’on recharge en quelques heures, un cadre en acier soudé à la main d’une seule pièce, des dimensions qui permettent de passer par une porte de 90 cm de large et surtout, un châssis innovant avec des roues avant motrices, indépendamment de l’habitacle. Aymeric Dargnies, le gérant de Nihola France en faisait la démonstration ce soir-là devant de nombreux parents.

Un triporteur Nihola dans les rues de Copenhague, patrie du triporteur

Un triporteur Nihola dans les rues de Copenhague, patrie du triporteur

Côté marque, c’est un fabuleux support de communication : le triporteur est habillé selon l’identité visuelle de Michel & Augustin, sur laquelle se détachera, pour les 50 premiers commanditaires, un cartouche personnalisé. L’entreprise parie sur l’effet visuel massif produit par 50 engins dans les rues de la ville, un effet qu’elle escompte démultiplier dans les mois qui viennent en se lançant à Paris au second semestre 2014 avant d’aborder les grandes villes de province en 2015. Sociologiquement parlant enfin, la cible visée ne peut que servir son image.
La municipalité de Boulogne-Billancourt, quant à elle, y trouve aussi un intérêt : outre la présence du logo de notre commune sur les habitacles, elle y gagne en image de marque. Parce que le battage médiatique n’oubliera pas l’origine boulonnaise de l’opération. Parce que la cérémonie officielle de remise des triporteurs, le 8 mars prochain sur la Grand Place, promet de déplacer les foules… et même les ministres, à en croire Augustin. Les noms d’Arnaud Montebourg et Philippe Martin furent avancés lundi soir. Surtout, parce que ce projet de développement d’un mode de transport alternatif s’inscrit dans les préoccupations actuelles liées à la circulation, à l’économie et aux transports. À cet égard, Pierre-Christophe Baguet, invité lundi soir, avait le discours de circonstance : rappelant que « la chaussée a toujours été un rapport de forces », il a énuméré ses actions en faveur du transport alternatif, depuis Vélib’ en 2009 en passant par Autolib’, les rollers, l’aide de GPSO (la communauté d’agglomération) aux vélos électriques et désormais l’opération triporteurs. Entre Vélib’ et les vélos particuliers, la ville enregistre 550 000 déplacements cyclistes par an.

Olivier a créé spécialement un gilet de sécurité pour l'occasion !

Olivier a créé spécialement un gilet de sécurité pour l’occasion !

Restent quelques freins à l’achat : le prix et le stationnement. Le fabricant Nihola, qui n’a pas de distributeur dans les Hauts de Seine, propose le tarif le plus bas possible, auquel se soustraient encore 600 euros versés par Michel & Augustin, et 300 euros correspondant à la subvention de GPSO pour l’aide à l’achat de vélos électriques. Moyennant quoi, on arrive à des abattements de près de 50 %, une offre « très agressive » selon Augustin Paluel-Marmont : 1 000 euros pour un triporteur simple, et 2 600 euros pour son équivalent électrique. On arrive alors à peu près au prix de vente standard d’autres triporteurs de marque, comme Amsterdamer.
Par ailleurs, quelques grandes artères exceptées, on ne peut envisager de le garer sur le trottoir, comme un simple vélo, et il n’est pas évident de l’entreposer chez soi. Michel & Augustin est en négociation avec Vinci pour obtenir l’autorisation de les garer dans des parkings souterrains.

Dans les semaines qui viennent, les « ambassadeurs » du projet vont investir les rues de la ville. Ils seront présents sur les marchés, mais aussi sur la Grand Place et Place Marcel Sembat, ainsi qu’à la sortie des écoles primaires. Là on s’étonne : et Vigipirate ? Et c’est là que l’esprit de Michel & Augustin se révèle pleinement, faisant fi de tout obstacle. Les organisateurs reconnaissent ne pas avoir encore repéré les lieux mais sont confiants, les directeurs des premiers établissements visés étant d’accord.

Un exemple de personnalisation de l'habitacle : des portraits dessinés par la graphiste de M&A, et les deux noms de votre choix

Un exemple de personnalisation de l’habitacle : des portraits dessinés par la graphiste de M&A, et les deux noms de votre choix

Dans le même ordre d’idée, un écart demeure entre l’annonce faite par l’entreprise et la réalité quant au financement et aux facilités de stationnement des véhicules. Pour l’heure, la subvention de GPSO n’est versée qu’aux particuliers acquéreurs d’un VAE neuf, et de manière rétrospective. Selon le modèle proposé, la subvention de GPSO serait soustraite du prix demandé à l’acheteur, y compris pour le triporteur non électrique. « On est encore en pourparlers, reconnaît Charlotte, mais nous ferons en sorte que le triporteur revienne au prix indiqué quoi qu’il arrive. » Un propos confirmé par le maire plus tard dans la soirée, qui a souligné que « le droit juridique privé (sic) et le droit juridique public ne sont pas toujours compatibles. Il faut bien travailler ce dossier pour que les gens utilisent ce vélo non normé dans les meilleures conditions. »
De même, il n’est pas encore possible de garer un triporteur sur une place de stationnement automobile. En habile maître de cérémonie, Augustin Paluel-Marmont a su traiter l’hôte de marque qu’était le maire : « Si on a 100 triporteurs à Boulogne, Pierre-Christophe fera ce qu’il faut pour que ça marche » a-t-il annoncé dans un grand sourire.

Ainsi vont les trublions, toujours où on ne les attend pas. L’idée, dans son ludisme, plaît. Au soir du lancement, 3 triporteurs avaient déjà été achetés, par des entreprises, curieusement. Et, à travers les rues sombres, on a croisé un couple qui s’amusait bien, en pleine nuit, à pédaler à tour de rôle.

Guy et Anne-Sophie

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