FANG den HUT !  Littéralement  « Cache le chapeau » est le premier hit de Ravensburger, éditeur allemand  de jeux depuis 1883, devenu au fil des années le classique des classiques du jeu de société en Allemagne.

Au sortir de la guerre, l’Allemagne a perdu de beaucoup son statut de leader mondial de la production ludique et les éditeurs entament une période moins faste qu’au début du siècle. La quête d’un jeu destiné à perdurer, tel Salta (Salta-Versand/1899) ou Mensh ärgere Dich*(Schmidt/1911), devient un leitmotiv éditorial.

Parmi les quelques élus, FANG den HUT ! est créé en 1925 par un dénommé C. Neves, dont on ne sait que peu de choses hormis son statut d’immigré argentin. De cette maigre information, les rumeurs de l’époque s’empareront pour assimiler cette création à la pâle copie d’un jeu traditionnel d’Amérique du Sud. Au-delà de la rumeur, une chose est sûre : FANG den HUT ! est clairement inspiré par le jeu national indien, le Pachisi,  devenu en France les Petits chevaux  .  Chaque joueur joue avec quatre pions en forme de chapeaux. A son tour, le joueur actif lance le dé et déplace un de ses pions, situé au départ dans l’aire de jeu à sa couleur, du nombre équivalent de cases.

Fang den Hut le plateau Photo JSP

Le but ?  Parvenir à capturer les chapeaux adverses. L’originalité mécanique provient de cette forme de pions coniques, permettant de prendre les pions adverses tout en les laissant sur le plateau. Une petite idée toute simple mais qui séduit les frères Maïer, alors à la tête de la société d’édition de Ravensburg.

Ravensburger édite le jeu en 1927. Publié en trois formats distincts : une version populaire de 32x32cm, vendue à 1,50 Marks ; une classique à 3 Marks et une version luxe dans une boîte de 40x40cm vendue 4 marks.
Le travail graphique est confié à l’architecte et graphiste Fritz Ehlotzky. Fortement influencé par le Bauhaus, célèbre courant artistique allemand des années 20, le travail de l’artiste autrichien s’inscrit dans la volonté éditoriale initiée dès le début du siècle par la critique allemande. Cette dernière invitait les éditeurs à s’entourer de véritables

Fang den hut Photo JSP

artistes afin de pallier la médiocrité graphique, largement en vigueur à la fin du XIXe siècle. A l’ouverture de la boîte, le signe d’une exportation massive des productions germaniques se ressent également à la lecture des règles, présentées en allemand, anglais et français. Et les problèmes des traductions ludiques ne semblent pas être l’apanage de notre époque : réduite de moitié comparativement aux textes allemand et anglais, l’explication des Petits Chapeaux en devient bien difficile à saisir pour le joueur français.

Extrait : « On est libre de faire avancer un seul ou plusieurs chapeaux, mais bien entendu chaque coup de dé n’est valable que pour un chapeau ». Lorsqu’on sait qu’on ne lance le dé qu’une fois lors de son tour, il est difficile de comprendre la subtilité de cette phrase…

Malgré de petites coquilles de traduction, FANG den HUT ! attire rapidement un public large et deviendra  le Jeu des chapeaux en France, Coopit en Angleterre ou Trap the Cap aux Etats-Unis, sans compter le nombre de copies non référencées qui circulent aux quatre coins de la planète.

Après plus de 26 millions d’exemplaires écoulés par Ravensburger, la dernière réédition du jeu a conservé l’habillage d’origine mais accueille aussi une version cartes, concoctée par le célèbre créateur de jeu allemand : Reiner Knizia !*

* « Hâte-toi lentement » en France

Merci à Manuel Rozoy du Centre National du Jeu de Boulogne-Billancourt et à la revue Jeux sur  un plateau .