Après l’exposé par Jean Nouvel et Michel Desvigne de leur projet pour l’Île Seguin, on est passé au deuxième temps du conseil municipal extraordinaire du 21 octobre : l’échange avec les élus. Les questions, de tous les bords de l’assemblée, ont été nombreuses et précises, les commentaires laudatifs ou incisifs, et les réponses des deux professionnels ont suivi tant bien que mal. Le sentiment général est que chacun avait choisi de ménager ses effets, à coups de phrases et d’images choc.
Place donc au temps fort de la soirée.

Tours et détours, le projet de l’Île Seguin discuté par les élus

martine even

Jean Nouvel ayant évoqué l’installation d’écoles sur l’île, Martine Even (@lternance) a voulu savoir de quelle nature elles seraient. L’architecte, en réponse, a parlé de « l’hypothèse » de l’installation d’une école de commerce, tandis que le maire, Pierre-Christophe Baguet, complétait au sujet de la venue d’une seconde école sur l’île, « autour de l’architecture. »

agnès bauche

C’est ensuite Agnès Bauche (UPBB) qui a pris la parole. Sa principale préoccupation ce soir-là portait sur les tours, leur hauteur, leur destination et leur disposition face au Trapèze.
Après une entrée en matière prometteuse, son intervention s’est faite en deux temps, questions et remarques.
Au plan technique, elle  s’est interrogée sur la profondeur à laquelle il faudrait creuser pour poser les fondations de tours « construites sur un polder. » « Il ne faudrait pas qu’elles s’enfoncent comme ça peut arriver à certain bâtiment des gravières de Lyon, » a-t-elle ajouté, une allusion à l’opéra de la presque-île lyonnaise, une œuvre de Jean Nouvel inaugurée en 1993.

l'opéra de Lyon par Jean Nouvel - CR linternaute.fr

Par ailleurs, revenant sur une déclaration du maire lors du conseil municipal de juillet, elle s’est inquiétée de l’aménagement des parkings nécessaires aux bureaux dans ces conditions difficiles : combien de places de stationnement seront requises, et comment mener à bien le cuvelage sous le fleuve ? « Les millions de mètres cubes à évacuer, le coût et la durée du chantier, tout cela nous intéresse ce soir » a-t-elle expliqué, mettant en doute que la réalisation du projet soit si conforme que cela au développement durable pourtant mis en avant.
Ces questions posées, Agnès Bauche s’est faite plus affirmative, commentant le projet dans son ensemble. « Vous parlez et écrivez merveilleusement d’architecture, mais peut-être faites-vous plus de communication que d’architecture sur ce projet. » a-t-elle asséné. Reprenant des extraits de la fameuse tribune de 1999, évoquée par Jean Nouvel lors de sa présentation, elle a fait remarquer que tous les éléments du discours actuels étaient déjà en place, notamment l’image du navire pétrifié, la vision des hauts murs en terrasse, et le jardin central qu’elle a qualifié de « jardin contraint, » puisque « ce n’est pas un jardin où l’on joue. » A une différence notable, qu’elle a soulignée : la présence désormais des tours, les  « châteaux. »
Commentant cette expression, l’élue a insisté sur le contraste entre le vocabulaire choisi et la maquette translucide d’une part, faisant la part belle au rêve, et la réalité telle qu’elle la redoute d’autre part : « Vous êtes en train de nous faire prendre du béton pour du plexi et des vessies pour des lanternes, » a-t-elle déclaré, reprochant à l’urbaniste de sacrifier les habitants des berges et leur vue sur les coteaux de Meudon au profit des visiteurs de l’île.

la vue actuelle depuis la rive boulonnaise de la Seine, face à l'île Seguin

D’après elle, « Les Boulonnais sont des piétons au ras du bitume, » que ce projet, en obstruant la vue sur les coteaux, priverait de leur sentiment d’espace. « Nous n’avons rien contre les tours a priori, a-t-elle ajouté, car c’est encore le meilleur moyen d’empiler beaucoup de choses pour préserver de l’espace. Mais dans ce projet, nous avons les tours et nous perdons l’espace. »
En conclusion, elle a estimé que, finalement, Jean Nouvel trahissait son propre projet de 1999, préférant aujourd’hui à l’image du « krak des ouvriers » celle du « krak des promoteurs. »

pierre-christophe baguet

Avant de laisser Jean Nouvel répondre, le maire, visiblement embarrassé pour son hôte, a appelé les élus à davantage de modération : « Monsieur Nouvel est lauréat du prix Pritzker, l’équivalent du prix Nobel pour l’architecture, a-t-il rappelé. Comment pouvez-vous dire qu’il écrit plus qu’il ne construit ? »

jean nouvel

Impassible, Jean Nouvel est revenu sur sa perspective. Le point principal est que, moins que le programme d’un site, l’architecte propose ici « une stratégie urbaine, à l’échelle de la métropole, » qui ne peut que reposer sur « une vision. » Il n’est pas étonné que cette dimension échappe à ses contradicteurs, et n’est pas surpris de se voir traité d’utopiste, une qualité qu’il revendique. Mais, a-t-il tenu à préciser, « Je ne suis pas ambitieux par rapport à moi mais par rapport à vous. Pour les Boulonnais, ça va être une île de services absolument incroyable, à l’échelle de la métropole mais aussi à l’échelle internationale. » Insistant sur la sincérité de son engagement et son total désintérêt dans cette affaire, il en est venu aux questions techniques : tout ce qu’il propose est réalisable, a-t-il affirmé, ajoutant « faites-moi la grâce de penser que je mettrai les parkings où il faut et dans la quantité qu’il faut. »
Cette donnée est loin d’être négligeable : renseignement pris auprès d’un gros groupe d’investisseurs, l’e-bb a appris que tout projet de construction de bureaux en région parisienne devait comprendre des places de stationnement à proportion de 20 % du personnel, ainsi que des places pour les visiteurs. Pour une tour de bureaux de 100 mètres de haut, soit environ 30 étages et 1 500 personnes, il s’agirait donc de 300 à 350 places, à aménager sur trois niveaux.

La maquette du projet actuel de l'île Seguin - CR SAEM Rives de Seine

Quant à l’idée que ses tours pourraient s’enfoncer, apparemment plus sensible qu’il ne voulait le montrer à l’allusion aux déboires de son opéra, Jean Nouvel a tenu à être clair : « Je voudrais faire une tour qui s’effondrerait dans l’eau, tout le monde m’en empêcherait. On ne peut pas le faire. » Employant l’image de tamis successifs par lesquels passerait un projet avant d’être validé, il a ajouté que lorsqu’un « accident » se produisait, l’architecte n’était pas le seul responsable.
Ensuite, il a rappelé l’enjeu tel qu’il le définissait : il s’agit d’aboutir à une solution viable pour un problème d’urbanisme contemporain, celui de l’aménagement de quartiers entiers, de plusieurs hectares, pour lesquels des recherches sont faites aujourd’hui à travers le monde entier, sans succès. Revenant sur sa tribune de 1999, il a précisé qu’il n’avait pas, à l’époque, visé uniquement le maire de Boulogne Billancourt, mais aussi « le patron de Renault qui n’a pas compris qu’il pouvait développer à partir de sa structure existante encore plus de mètres carrés et encore plus d’argent que ce qu’il a fait après. »
En conclusion, il a ajouté, sous les applaudissements de la majorité municipale : « C’est ma façon de faire mon métier, j’espère le faire le mieux possible, je n’ai pas vocation à convaincre tout le monde, je ne vous ai pas convaincue, j’espère en convaincre d’autres. »

marc fusina

Marc Fusina (@lternance) a ensuite expliqué à l’urbaniste comment les élus du conseil municipal le percevaient : « Je comprends tout à fait la teneur de l’intervention de Madame Bauche, parce que, Monsieur Nouvel, vous n’êtes pas pour nous autres, Boulonnais, un architecte comme les autres : Vous vous êtes invité dans le débat politique en 1999. Vous avez pris position, politiquement, d’une manière assez radicale. »
Citant à son tour largement la tribune de 1999, malgré les protestations de Monsieur Baguet, Marc Fusina s’est dit « surpris » de retrouver Jean Nouvel engagé dans ce projet, alors que l’île a été rasée. Très sensible, comme tout le groupe @lternance, à la notion de « mémoire » et particulièrement, en l’occurrence, de « mémoire ouvrière, » Monsieur Fusina a renvoyé à sa propre tribune parue dans le BBI, intitulée Mémoires courtes : « On a du mal à faire le lien entre vos propos d’alors et votre projet actuel » qui évoque peu la mémoire industrielle de l’île et propose une très forte densification du site. Enfonçant le clou, Monsieur Fusina a ajouté, parvenant à faire rire Jean Nouvel : « Vous avez fait ce soir une présentation très originale, pour un projet qui, somme toute, est assez conventionnel. »

la tour de TF1 - CR bastamag.net

Enfin, revenant sur la notion de « ville dans la ville, » l’élu a mis l’architecte en garde : cette notion n’est pas inconnue à Boulogne Billancourt, a-t-il rappelé, puisqu’elle avait été employée au sujet du quartier construit autour de TF1. Or, a ajouté Marc Fusina, ce quartier ne s’est jamais véritablement intégré à la ville. « J’espère que cette fois-ci il y aura une meilleure osmose entre la ville historique de Boulogne Billancourt et le projet que vous présentez » a-t-il conclu.

jean-michel cohen

Jean-Michel Cohen (UPBB) est ensuite intervenu sur un autre aspect du projet : l’articulation, en dépit de tous les aléas, du pré-projet au contenu définitif. Précisant tout d’abord qu’il comptait parmi les amateurs du travail de Jean Nouvel (« Ce n’est pas parce qu’on est dans l’opposition qu’on s’oppose systématiquement à vous, mais on a de temps en temps des visions boulonnaises, et de temps en temps des visions françaises.« ), Monsieur Cohen a détaillé sa question. Puisqu’à chaque bâtiment est destinée une affectation, sujette, comme toujours, à une probabilité de mutation ou de changement, la question était : « Comment allez-vous articuler les affectations au prorata des aménagements ? est-ce que ça bouleversera le profil architectural ? est-ce que ça modifiera les jardins ? »

jean nouvel

De nouveau, Jean Nouvel a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un programme d’urbanisme : « Nous avons tout à fait anticipé que le programme pour l’essentiel n’était pas encore là, et pas encore quantifié totalement. » a-t-il expliqué.
Les conséquences sont les suivantes : il n’y aura pas de variation de niveau sur le socle de l’île, ceci fait partie des éléments non négociables. En revanche, au niveau des « châteaux, » tout est possible. Avant de développer, Monsieur Nouvel a voulu défendre son concept, qui passe mal auprès des élus de l’opposition : il parle de châteaux « parce qu’il fallait bien trouver un mot pour ne pas dire des tours, puisque ce ne sont pas des tours, ce sont des immeubles hauts dont on ne connaît pas la hauteur, qui intègrent des terrasses… ce n’est pas la typologie habituelle. »
A typologie inhabituelle, terminologie inhabituelle, donc. Moyennant quoi, les formes de ces « immeubles hauts » seront définies au cas par cas, en fonction du programme du client et du projet de son architecte. Le tout sera de veiller à l’effet d’ensemble, et à ce que ces tours soient à la fois « harmonieuses et contrastées, » en application de ses fameuses « règles sensibles. »
Le principe moteur du projet est d’arriver à une composition d’ensemble in fine, et non de partir d’une pré-composition. Dans ces conditions, estime l’urbanisme, il n’y a aucune contradiction entre son discours et ses actes : son principal travail est de définir une structure d’accueil pour les programmes proposés par les clients, en veillant simplement à ce qu’ils respectent le cahier des charges.

pierre-christophe baguet

En complément, Pierre-Christophe Baguet a souhaité donner un exemple de cette « flexibilité sensible ». Il avait annoncé lors de sa conférence de presse de juillet être en négociation avec Madona Bouglione, une des filles d’Alexandre Bouglione, pour l’installation d’un cirque numérique sur l’île. Jeudi soir, la question de Monsieur Cohen lui a donné l’occasion d’annoncer qu’il avait signé la veille un protocole d’accord avec Madame Bouglione, sur la base d’un projet quelque peu modifié : en effet, l’héritière des Bouglione se serait associée au Cirque du Soleil sur ce projet, faisant appel à Philippe Starck pour lui donner forme.

les contorsionnistes du cirque du soleil - CR cirque du soleil

Et de commenter que, de cette façon, le projet s’était « enrichi d’une arrivée prestigieuse » et avait ainsi « changé de dimension, » littéralement, puisqu’il passerait de l’occupation de 10 000 m² à celle de 15 000 m².
Poursuivant sur sa lancée, le maire a répété qu’il ne désespérait pas de faire revenir la Maison de l’Histoire de France sur l’île, et plus précisément dans la galerie suspendue, « une idée géniale » de Jean Nouvel, a-t-il ajouté.
Tout cela pour dire que les concepteurs du projet, architectes et politiques ont « des options : on va jouer avec ces options, on va s’adapter, on va faire évoluer le projet et on adaptera les destinations de chaque site. »
Dernier point, un point fixe dans cette perspective relativement baroque et troublante : les 4,5 hectares du jardin central, eux, sont « acquis. »

frédéric morand

Face à ce déluge de réserves et de mises en cause, Frédéric Morand, élu de la majorité, a éprouvé le besoin de rassurer Jean Nouvel. Expliquant qu’il suivait pour sa part les péripéties de l’aménagement de l’île depuis 20 ans et le premier projet de « cité bleue » de Paul Graziani (le maire de la ville, de 1992 à 1995), Monsieur Morand a expliqué que « beaucoup de vieux Boulonnais » étaient heureux de voir enfin le projet aboutir, et remerciaient Jean Nouvel.

marie-hélène vouette

Marie-Hélène Vouette (@lternance) a alors pris la parole au sujet d’une autre facette du projet, liée au patrimoine de la ville. Rappelant que les élus socialistes s’étaient battus pour préserver les murs de l’usine, et regrettaient qu’elle ait été rasée, Madame Vouette a voulu revenir sur le lieu de mémoire prévu sur le site. Reconnaissant quelques marques en faveur de la préservation de cette mémoire, telles que le réinvestissement de l’espace des presses par la grande verrière du jardin, ou la préservation du fronton avant, Madame Vouette a estimé que cela restait insuffisant : « Il n’y a pas que l’île qui est concernée par cette symbolique [industrielle et ouvrière], le Trapèze également » a-t-elle déclaré, annonçant que la Région avait d’ailleurs prévu de jouer sur cette symbolique dans l’architecture du futur lycée. Elle voulait donc connaître la vision d’ensemble de Jean Nouvel sur le sujet, et son idée pour ancrer son projet dans la mémoire de la ville, répétant : « Pour moi il n’y a pas que l’île, c’est un tout. »

jean nouvel

Interrogé sur un point sensible eu égard à toutes ses déclarations antérieures, Jean Nouvel a proposé une réponse à la hauteur : « Je pense que nous sommes dans une situation post-atomique. » a-t-il déclaré avec solennité. Après une pause, il a poursuivi, articulant chaque terme : « C’est rasé. Tout est rasé, et quant à ce qui est gardé, je ne sais pas si c’est symbolique ou un peu pitoyable. »
Le ton donné, il a développé : le seul véritable hommage que l’on aurait pu rendre au site eût été de préserver son architecture, « une architecture moderne, des années 30, avec des structures pouvant courir sur un kilomètre de long. » Cela s’est fait ailleurs, a-t-il ajouté, dans la Ruhr par exemple, où « ce n’est pas parce qu’on a conservé les structures d’une usine que l’on vit dans une usine. » Mais, dès lors que les murs ont été abattus, « ce scenario est mort. »
Il ne reste plus qu’à tâcher de préserver la forme du site, et le souvenir de ce qu’il a été : « Il y a dans cette île le souvenir de l’île Renault, il y a le souvenir de l’île dans notre prise de position, il y a le souvenir de l’île dans cette grande place centrale... » a-t-il égrené. Puis, se tournant vers l’avenir, il a ajouté : « Je suis un homme d’espoir, qui croit à l’avenir de la Seine dans la future métropole parisienne. »

thierry solère

Dernier à prendre la parole à ce stade du débat, le premier adjoint, Thierry Solère, a eu une idée originale. Constatant que pour faire admettre ce projet il faudrait recourir à beaucoup de pédagogie, il s’est lui-même livré à une fiction pédagogique. Endossant le rôle de « l’apprenant », comme on dit, ou du clown blanc, si l’on anticipe sur l’arrivée du cirque sur l’île, Monsieur Solère est revenu sur les questions qui fâchent :

  • Le parti-pris de Jean Nouvel, qui a choisi de raisonner à l’échelle de la métropole plutôt qu’à l’échelle locale ;
  • L’architecture et les hauteurs des tours : « Quand on va à New-York, les uns ou les autres, la densité ne nous dérange pas, mais nous ne sommes pas à New York » ;
  • L’affectation des diverses activités aux « châteaux » : « On convient que tout ne peut pas être prêt et que les choses évoluent, mais la population de Boulogne Billancourt et la population francilienne attendent un aménagement audacieux et qui réponde à des attentes de vie quotidienne. »

Ces trois points évoqués, l’adjoint a bien insisté à son tour sur le fait que ce projet était « un pari sur l’avenir, » et que la pédagogie qu’il appelait de ses vœux se faisait également « aujourd’hui, au sein du conseil municipal. »

jean nouvel

En réponse, Jean Nouvel est essentiellement revenu sur la question lancinante des tours : « Ce n’est pas une île de tours ! » a-t-il affirmé, avant d’expliquer : « Une tour c’est un élément de vocabulaire qui fait du sens à un moment quand on a besoin d’accueillir un programme sur une surface qui est réduite, quand on veut créer de la densité sur un élément qui en a besoin. »
En l’occurrence, a-t-il répété, il s’agit d’opérer une densification « ponctuelle« , afin de ménager par ailleurs la surface des jardins et des espaces publics. Par ailleurs, a-t-il précisé, la plus haute tour sera « à peine plus haute que la tour Horizon, » sa tour du Trapèze.

La tour Horizon grimpe à l'assaut du ciel, sur le Trapèze

Renchérissant sur le sujet, il a répété son credo : les tours procureront un plaisir incommensurable à ceux qui monteront au sommet, grâce au panorama à perte de vue qui se déploiera sous leurs yeux. S’il n’y a « aucune course à la densité ou à la hauteur, mais la recherche du bon équilibre, » « il ne faut pas se priver des bons outils quand on les a. » a-t-il conclu.

Poursuivant sa fiction pédagogique, Thierry Solère a poussé le zèle jusqu’à basculer du rôle du clown blanc à celui d’Auguste, avec cette étourderie à l’encontre de Michel Desvigne : évoquant « ce projet exceptionnel, avec toutes ces vignes et tous ces jardins« , Thierry Solère s’est vite repris : « Ah non, il n’y aura pas de vignes, Desvigne c’est votre nom, pardon… »
Le fou-rire passé, Monsieur Solère, avec bonne grâce, en est venu à sa question, qui portait en l’occurrence sur le mode et le coût de fonctionnement du jardin couvert.

Avec un sourire immense, l’homme au nom de pampres a répondu que cette question du coût était « prématurée. » En revanche, a-t-il assuré, on peut d’ores et déjà envisager les bénéfices de ce projet en termes d’attractivité pour les visiteurs. Appelant les élus à considérer l’environnement dans lequel s’inscrit l’île, « une continuité verte considérable, » il a insisté sur le fait que son projet ne représentait pas « un espace vert de plus. »
Quant à l’assortiment technique des toits amovibles de la serre et des ponts roulants, il a estimé qu’il ne s’agissait pas là d’équipements très sophistiqués, les ponts par exemple ayant fait partie du quotidien des activités de l’usine Renault. A cet égard, et en référence aux interrogations sur la mémoire de l’île, il estime que le projet de Nouvel « a vraiment quelque chose d’industriel » : « J’en vois vraiment les bénéfices. C’est un lieu qui accueille toute l’année, toutes les heures… » a-t-il conclu.

A sa suite, Jean Nouvel est intervenu une dernière fois, pour souligner l’intérêt énergétique du toit amovible, un système « simpliste » sur lequel seront disposés des panneaux solaires. Au-delà, a-t-il ajouté, il ne faudrait pas négliger « le solaire passif », c’est-à-dire la chaleur qui se dégage naturellement d’un ensoleillement au sud. La récupération de cette chaleur est chose courante, notamment dans les grands ensembles de bureaux qui sont tous, désormais, percés d’un atrium avec cette fonction. De nouveau, la différence tient en l’occurrence au changement d’échelle : « En l’occurrence, ça ne s’appliquera pas à un mais à dix immeubles » a-t-il expliqué.
Il a cependant mis en garde les utilisateurs : l’efficacité de cette verrière tiendra à sa bonne utilisation. Si l’on joue pour le plaisir avec les toits amovibles, dont le fonctionnement en soi n’est pas très cher, on prendra le risque de les abîmer.

Ainsi s’est conclu ce deuxième temps du conseil, après une heure d’échanges. Le maire a alors suspendu la séance le temps de raccompagner ses invités, annonçant la reprise du débat entre élus un quart d’heure plus tard. A suivre…