Le 25 mai dernier, l’association de cadres et de dirigeants ACADI organisait un afterwork sur le thème : « D’une démocratie de représentation à une démocratie de participation : comment stimuler l’intelligence citoyenne ? » L’e-bb s’y est rendu à l’invitation de Bernard Soulez, délégué général d’ACADI et Boulonnais.

Vaste programme, se dit-on, mais bien en cohérence avec l’objet de l’ACADI, qui œuvre pour le progrès social et économique. L’association organise régulièrement des échanges sur des thèmes aussi variés que la professionnalisation des entreprises sociales et solidaires, ou les discriminations au travail.
Ce soir-là, les trois invités se situaient à l’intersection de la vie politique et du monde de l’entreprise, puisque l’une, Julie de Pimodan, ancienne journaliste, est à la tête de la start-up de civic tech Fluicity, tandis que les deux autres, Jacques Godron et Jean-Louis Riondet, sont des élus locaux issus du monde de l’entreprise.

A l’origine de l’afterwork, un constat : 40 % d’abstention aux dernières élections municipales, réputées être les plus mobilisatrices, dont une part très importante de jeunes électeurs. Les organisateurs ont voulu dépasser les propos rebattus sur le désamour et le désaveu, pour envisager l’impact de nouveaux modes de vie et de participation sur la conception de leur rôle par les citoyens.

Fluicity, plateforme de l’intelligence collective

Julie de Pimodan, fondatrice de Fluicity, partage cette analyse. Journaliste exposée (« J’ai vu des gens prêts à se battre pour des droits que nous-mêmes avons cessé d’exercer« ), elle s’est reconvertie dans la civic tech, le développement d’outils numériques au service des entreprises et des collectivités.
L’application mobile qu’elle développe, Fluicity, cible les 18-35 ans, une génération connectée dont les pratiques et le mode de vie ont été révolutionnés par la technologie. Et qui s’illustre par son abstentionnisme… La plateforme est conçue comme un espace de dialogue entre administrés, élus, entreprises et associations engagés dans l’espace public, autour de projets d’aménagement définis (tels le site Ternes-Villiers, en bordure de périphérique dans le XVIIème arrondissement) ou pour de la gouvernance quotidienne (5 % de la population de Vernon (27) est ainsi connectée depuis quelques mois) au travers des sondages, des remontées de terrain et des suggestions. De nouveaux modules sont en cours d’élaboration, pour la gestion d’un budget participatif ou des interactions directes entre les citoyens abonnés.

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L’application mobile, outil pour « reconnecter » les citoyens avec les enjeux publics ? – Image Fluicity

Difficultés et limites de la concertation

A la suite de cette intervention très favorable à une gouvernance « collaborative, » il fut intéressant d’entendre l’expérience de deux élus locaux membres du même conseil municipal.

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Jean-Louis Riondet, Julie de Pimodan et Jacques Godron – CR B. Soulez

L’un, Jacques Godron, adjoint au maire et président du Club des entreprises du Grand Paris, a déjà un certain recul sur l’action et le fonctionnement d’un élu. L’autre, Jean-Louis Riondet, a étrenné son premier mandat il y a deux ans. Délégué à la démocratie locale, il s’est employé à mettre en place des comités de quartier auprès desquels les adjoints interviennent à tour de rôle, et à développer l’action transversale entre élus et personnel municipal, avec un objectif : « orienter les actions politiques en fonction des besoins des gens. » S’il a d’autres projets en tête (budget participatif et plateforme d’échanges), il a pris conscience que « le temps politique » n’était pas toujours favorable à des mises en œuvre rapides. Issu du monde de l’entreprise, il a également un regard précis sur la fonction du maire, qui exerce une vraie autorité mais qui, souvent dépourvu de culture économique, se contente, au mieux, d’optimiser les coûts sans vision de gestionnaire.
Jacques Godron a de son côté longuement médité la question de la participation citoyenne. S’il lui semble évident qu’un élu doit consulter les parties-prenantes avant de décider, il insiste sur des préalables : délimiter l’objet de la consultation, son phasage dans le projet, et enfin en gérer le résultat (« la position majoritaire n’est pas forcément la plus intelligente, ni la plus démocratique » estime-t-il). Plus que les autres intervenants, il a soutenu la légitimité de l’élu, fondée sur son mandat représentatif, mais exposée à des remises en cause fréquentes traduites par un abus du mot « concertation. »

Le panel était donc bien choisi, représentant trois perceptions de l’action politique. C’est sur cette base que les adhérents d’ACADI ont contribué à la réflexion commune, mobilisant leurs expériences professionnelles et personnelles de citoyens ordinaires.

ACADI et la préoccupation du mieux-vivre ensemble

De ces échanges multiples sont ressortis de nombreux constats et idées : l’avis, partagé tant par un entrepreneur souvent impliqué dans des enquêtes publiques que par un citoyen suisse, selon lequel on pouvait s’inscrire dans un cercle vertueux de consultation et de mobilisation citoyenne, la large participation s’avérant plus intéressante que bloquante pour les projets.
L’idée qu’il fallait impérativement cibler les points de consultation, lesquels ne portent pas forcément sur l’intégralité d’un projet, et y adjoindre une part de participation permettant aux citoyens de s’approprier le projet en entier. Des questions demeurées ouvertes sur l’usage et la représentativité des sondages et des référendums en ligne, sur le rapport au temps bouleversé par la communication instantanée, et sur l’accès à une information objective. L’idée d’une articulation entre les outils électroniques et ce qui reste au cœur de la vie de la cité : la confrontation publique.
Il revint à Jean-Yves Koch, président d’ACADI, de proposer la synthèse : il a mis en avant la notion de co-construction entre citoyens et opérateurs, souligné la complémentarité désormais sensible entre démocratie représentative et participative, et s’est gardé de conclure sur le processus de décision. Enfin, il a pointé le manque de culture économique des citoyens français, qui complique certainement l’action publique.

Une soirée fort riche, donc, organisée en plein Paris. « Mais on ne demande pas mieux que d’en programmer une à Boulogne » a assuré Bernard Soulez.