albert KahnDans quelques semaines le Conseil général des Hauts-de-Seine va lancer une  rénovation d’envergure du Musée-Jardins Albert-Kahn, à la hauteur de sa fréquentation internationale croissante, et réinstaller l’homme au cœur de son œuvre. Il est encore temps pour les boulonnais d’aller à la rencontre du discret maitre de ces lieux au travers de l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 21 décembre : A la recherche d’Albert Kahn : inventaire avant travaux

On connaît d’Albert Kahn ses fabuleux jardins, 4 hectares de paix incroyable enclavés dans un lacis de voies boulonnaises, et sa collection de 72000 autochromes et d’une centaine d’heures de films consacrés à des modes de vies menacés d’extinction. Mais l’homme demeure un mystère, tellement énigmatique qu’à l’exception de la photographie de son passeport, et de quelques silhouettes furtives, l’exposition ne donne à voir que son portrait en miroirs.

L’émouvant portrait mouvant que brossent de lui ses contemporains laisse perplexe : rustaud et charmeur, bavard et taciturne, réaliste et utopiste, féministe et misogyne…, l’homme serait donc un paradoxe dont le parcours singulier fit fantasmer son époque.
La première partie de l’exposition s’attache à faire le portrait de jeunesse d’Albert Kahn en revisitant les lieux de son enfance en Alsace, au cœur d’une famille juive de marchands de bestiaux. Riche d’une double culture et fort de la solidarité communautaire, il monte à Paris à 16 ans et reprend ses études sous la houlette d’un professeur qui n’est autre qu’Henri Bergson. Il rentre à la banque Goudchaux, où sa perspicacité sur le marché de l’or et du diamant le fait accéder rapidement au statut d’associé, et devenir millionnaire. En 1898 la banque Kahn est fondée. Il profite à plein du réseau intellectuel et idéologique des Goudchaux, et ses atouts personnels, intelligence, intuition, ténacité, optimisme, joints à des rencontres décisives, sont fondamentaux dans sa formation intellectuelle.
Mais rapidement le comportement d’Albert Khan étonne, ses choix de vie détonnent avec sa fortune et son métier, il se passionne pour l’hygiénisme, les religions, il est fasciné par l’aéronautique,roseraie et déclare se plaire davantage dans la compagnie des animaux que dans celle des hommes. Il ne mène pas une vie mondaine et bien que sensible à l’art, il n’en possède pas la culture. Sa grande passion ce sont ses jardins, à Boulogne et au Cap Martin, où il reçoit le Gotha de l’époque. Dès 1895 il devient propriétaire de sa villa boulonnaise et acquiert parcelle après parcelle, jusqu’en 1920 les 4 hectares 200 de sa propriété.

Une œuvre cinématographique de l’époque montre les lieux  filmés à bord d’un ballon dirigeable.
La deuxième partie de l’exposition développe l’œuvre du banquier philanthrope dédiée à la paix universelle, avec pour volonté d’apaiser les conflits en conciliant les contraires. Albert Kahn est convaincu que la construction d’une paix durable se fonde sur le dialogue interculturel et l’action de la Société des Nations. Le banquier, pacifiste et internationaliste, tente d’agir sur son époque et sur l’avenir du monde, mais toujours en s’adressant aux élites de tous pays. Il crée et finance de nombreuses entreprises philanthropiques aux actions diverses :

Les bourses de voyage autour du monde : destinées à de jeunes agrégés, elles doivent leur permettre de rentrer en contact avec  différents peuples dans un but à la fois patriotique et humanitaire.

Les Archives de la Planète : Un inventaire du monde par l’image. Pendant 2 ans Albert Kahn dirige lui-même ce projet, accompagné d’un opérateur dans ses voyages. A partir de 1913 Jean de Brunes est nommé directeur scientifique et tous deux, s’appuyant sur les innovations récentes des frères Lumière, accumulent ce qui est aujourd’hui le trésor du musée : 72000 autochromes et 100 heures de cinématographe,  autant de témoignages devant servir aux générations futures à se nourrir « des enseignements que jean castelnau operateurcomporte le tableau direct de l’évolution. »

Albert Kahn multiplie les lieux de débat dans sa propriété boulonnaise.

La société Autour du monde : entreprise de séduction (visite des jardins, déjeuners, projections, échanges intellectuels) visant à attirer tout ce que la planète compte d’influent dans toutes les sphères d’activité.

Le Comité national d’études sociales et politiques (CNESP), cercle de réflexion à la recherche d’un consensus dans les grandes préoccupations de l’époque, qui publiera 500 fascicules, 10 titres et une revue de presse internationale, transformant Albert Kahn en patron de presse avec imprimerie rue du Port et stockage rue des Abondances …

Le Comité de Secours national : œuvre de bienfaisance destinée aux populations civiles frappées par la guerre.

Et même un laboratoire de biologie travaillant sur les problèmes de santé publique.

Le krack boursier de 1929 porte un coup fatal à la fortune d’Albert Kahn et sonne la fin de ses activités philanthropiques, ses biens sont peu à peu vendus aux enchères et le banquier doit au Département de la Seine, qui rachète une partie de la propriété, de pouvoir finir ses jours en 1940 dans sa maison et ses jardins, ayant dédié sa vie et sa fortune à ses idées et méditant peut-être la phrase  d’Andrew Carnégie « Tout homme qui meurt riche est déshonoré. »

 

Dans le prolongement de la pensée d’Albert Khan, depuis 2012  Patrick Devedjian à crée et préside in situ , Les Entretiens d’Albert Khan  .qui perpétuent l’esprit du CNESP

 

L’exposition se déroule jusqu’au 21 décembre, une occasion de voir ou revoir les célèbres jardins magnifiques en toute saisonphoto 111

Albert-Kahn, musée et jardin
10-14, rue du Port
92100 Boulogne-Billancourt
Standard : 01 55 19 28 00
@ : museealbertkahn@cg92.fr
Site internet : albert-kahn.hauts-de-seine.net
Jours et horaires d’ouverture :
Hiver (du 1er octobre au 30 avril)
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h
Été (du 1er mai au 30 septembre)
Du mardi au dimanche de 11 h à 19 h
Fermeture tous les lundis, y compris fériés.
Fermeture annuelle pendant les fêtes de fin d’année.