Que savent les Boulonnais de l’homme dont leur hôpital porte le nom ? Pour vraiment faire sa connaissance, un livre est à leur disposition au rayon « Médecine » de la bibliothèque Landowski  : «  Ambroise Paré. Un urgentiste au XVIe siècle », écrit par la docteur Jean-Pierre Poirier, auteur de plusieurs biographies, dont celle de Lavoisier. C’est une lecture qu’on ne saurait trop conseiller à quiconque doit être admis dans nos services hospitaliers tant elle permet de prendre son mal en patience, par comparaison avec ce que devaient endurer malades et blessés dans la France des années 1500.

Le livre du docteur Poirier commence par une citation des œuvres complètes de Paré à propos d’un de ses plus illustre patients : « Je lui fis office de Médecin, d’Apothicaire, de Chirurgien et de Cuisinier. Je le pansai jusques à la fin de la cure et Dieu le guérit. » Elle dit bien la polyvalence d’un chirurgien qui débuta dans la carrière comme barbier, ainsi que cela pouvait se faire à l’époque, qui pratiqua des opérations tout en s’intéressant à la pharmacopée, et qui, finalement, s’en remettait à Dieu dans une France en proie aux guerres de Religion. Officiellement catholique, il avait des sympathies pour la Réforme, au point que Brantôme, son contemporain, le présenta comme « fort huguenot ». Refusant de trancher, son biographe le décrit comme « bon chrétien », en ce sens qu’il pratiqua son métier comme un apostolat, tout en étant sensible aux honneurs officiels et aux rentrées d’argent que lui valut sur le tard son titre de « chirurgien du roi ».

Ambroise Paré : Débuts à l’Hôtel-Dieu

 

Grâce au soutien du chapelain du comte de Laval, Paré obtient en 1533 un poste d’aide-barbier-chirurgien, puis de soignant, à l’Hôtel-Dieu. Description de cet hôpital unique en son genre à Paris par le biographe : « On y reçoit à tout heure, sans exception d’âge, de sexe, de nationalité ou de religion, tous les blessés et tous les malades, contagieux ou non, fous ou sains d’esprit, et toutes les femmes et les filles enceintes. Dans un même bâtiment, on trouve pêle-mêle les malades contagieux et ceux qui ne le sont pas, les blessés, les accouchées, les variolés, les galeux, les mourants, les morts, les salles de dissection pour les écoles d’anatomie. » C’est là que Paré se fait la main pendant trois ans avant de profiter de la « chance » que constitue pour lui l’état de guerre quasi permanent du royaume de France – guerres civiles ou guerres contre les Habsbourg, ceux d’Autriche et ceux d’Espagne – sous François Ier et ses successeurs, commençant à 27 ans une longue carrière de médecin militaire au cours de laquelle il suivra les armées dans leurs nombreuses campagnes.

Intervention sur champ de bataille au temps d’A.Paré
CR RCG

Paré ne sauve pas tous ses patients. Du moins leur épargne-t-il les atroces souffrances qui étaient avant lui le lot des malades et des blessés. Il supprime l’huile bouillante dans le traitement des plaies par armes à feu ; pour les amputations, il préfère la ligature des artères à la cautérisation par fer rouge. Ne se limitant plus à la chirurgie, il est toujours à la recherche de nouvelles médications dans une Europe alors en proie à des épidémies de peste soignée à la « saumure d’anchois ». Fort de son expérience il écrit de nombreux traités médicaux qui font autorité et pour lesquels cet ami de Ronsard préfère le français au latin, alors langue des « savants ». En 1585, une réédition de ses œuvres médicales s’enrichit d’un nouveau titre : « Apologie et Traité concernant les voyages ». Des « voyages » qui furent en fait des campagnes militaires avec siège de plusieurs villes françaises ou étrangères !

Une robuste santé

Au XVIe siècle, la rue parisienne qui conduit à un bac permettant de traverser la Seine au niveau de l’actuel quai Voltaire s’appelle déjà la rue du Bac. Un jour de 1561, Paré est victime d’une ruade de cheval sur ce bac. Se voyant atteint d’une fracture ouverte de la jambe gauche, il dirige lui-même le travail d’un chirurgien qui réduit la fracture et panse sa plaie. Au bout de deux mois, il est de nouveau debout, ayant « fait de l’os » grâce à un stupéfiant régime alimentaire à base de groins de porc et de têtes de chevreaux.
Paré est mort à Paris en 1590, à 80 ans, longévité remarquable à l’époque. Plusieurs de ses premiers enfants avaient disparu en bas-âge, comme fréquemment en ces temps-là. Veuf de sa première femme, il s’était remarié à 64 ans avec une jeunesse dont il eut encore six enfants. L’exemple de sa vitalité inspirait confiance à ses patients.
Il y avait plusieurs facettes en Paré : le chirurgien, le courtisan capable de s’adapter à plusieurs régimes, l’écrivain. Une autre biographie lui a été consacrée : «  Ambroise Paré, chirurgien de quatre rois de France », par Paule Dumaitre, paru en 1986. Placée « en magasin », c’est-à-dire dans les réserves de la bibliothèque Landowski, elle n’est disponible que sur demande. Vu la richesse du sujet, il est possible qu’un autre livre enrichisse un jour le récit de cette vie.

Le genre d’ouvrage qui serait bien à sa place dans une de ces journées « Lire à l’hôpital » qui précèdent les Salons du Livre à Boulogne.

 

L’hôpital Ambroise Paré aujourd’hui au 9 avenue Charles de Gaulle DR Wikipédia

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Jean de La Guérivière

Jean de La Guérivière

Il a choisi Boulogne pour sa retraite, en 2000, après une carrière de journaliste au service International du quotidien Le Monde. Ses séjours à la rédaction parisienne avaient alterné, en famille, avec des postes de correspondant à New-Delhi, Alger et Bruxelles. Il a publié deux romans et neuf essais, principalement aux éditions du Seuil.