Un des dix sénateurs les plus actifs, d’après les statistiques du Sénat, est probablement un des plus discrets. En décembre, sa proposition de loi sur la suppression de la publicité commerciale dans les programmes jeunesse de la télévision publique a été définitivement adoptée. Le sénateur des Hauts de Seine André Gattolin est assez fier de ce résultat qui couronne 3 ans de travail.

Trois ans de travail pour le vote d’une loi

En 2018, la publicité ciblant les enfants sera interdite sur la télévision publique durant les programmes jeunesse

À partir du 1er janvier 2018, c’en sera fini de la publicité commerciale ciblant les enfants dans les programmes jeunesse de la télévision publique, comme sur les sites Internet associés. 
«  Il faut savoir qu’en France, les enfants ne sont pas seulement des prescripteurs, mais aussi des consommateurs directs  » souligne André Gattolin, à l’origine du projet de loi. 78 % des demandes d’achats ou des achats faits par des enfants de 4 à 10 ans seraient induits par des publicités. Une cible de choix, donc, pour les industriels de l’agro-alimentaire ou du jouet.
«  Pas tous d’ailleurs, Sophie la Girafe par exemple ne fait pas de pub  ! J’ai consulté les fabricants de jouets français, ils ne sont pas gênés par la loi.  » tempère le sénateur,

Une loi conçue en lien avec le terrain et les Français

Le sénateur Jacques Muller avait élaboré un premier projet de loi en 2010, qui n’avait jamais été inscrit à l’ordre du jour. André Gattolin a tiré les leçons de cet épisode pour atteindre son but.

André Gattolin

André Gattolin dans son bureau du Sénat

En quelques mots, il expose la stratégie à suivre pour mener une loi à terme. «  Il faut proposer un texte simple et court, qui s’inscrive dans une seule niche parlementaire. De plus, il faut cibler le terrain d’application. En l’occurrence, éviter les aberrations du type ‘interdiction totale’, qui pourrait déstabiliser le secteur privé et le système de productionEnfin, il faut montrer qu’on est sur un combat majoritaire. » Voilà pour le format.

Mais porter un texte requiert bien d’autres actions  : un tel projet, qui semble nuire aux gros annonceurs, ne sera pas relayé par les médias nationaux. De plus, les lobbys ont exercé des pressions sur des groupes d’élus influents. André Gattolin s’est alors appuyé sur la presse régionale, des médias spécialisés, les associations familiales et les associations de médecins  pour faire connaître son projet et gagner le soutien de l’opinion. Avec succès  : un sondage IFOP révélait en septembre 2016 que 87 % des Français y étaient favorables.

Auprès de ses confrères, outre la cohérence du texte, il faut aussi trouver des arguments. Le sénateur convoque volontiers les exemples à l’étranger, de l’Europe du Nord au Canada, en passant par le Mexique. Il fait valoir les classements internationaux et le rang de la France. Et surtout, il peut compter sur sa réputation de gros travailleur. Avec quelques autres sénateurs, dont Jean-Pierre Sueur et Roger Karoutchi pour qui il a une grande estime, André Gattolin fait partie de ceux que l’on surnomme « Les fantômes du Sénat. » Comprendre : ceux qui y passent tout leur temps.

André Gattolin

En séance

Élu EELV, André Gattolin ne cherche pas à cliver, loin de là. Sa proposition de loi a été adoptée en première, puis en seconde lecture. «  C’est la première loi parlementaire adoptée contre l’avis du gouvernement depuis 2001  » souligne-t-il. Un constat, pas un défi. «  La ministre de la Culture a voulu m’imposer une troisième lecture, avec un texte réécrit. Je lui ai dit ‘Chère amie, je n’ai pas besoin de toi.’  »
La loi votée, il est passé à autre chose, ce qui ne l’empêche pas de suivre son application et ses effets. «  France Télévisions estime le manque à gagner à 20 millions d’euros par an, que le Ministère s’est engagé à compenser. J’ai réalisé une contre-estimation à 7 millions. Personne n’a pu me contredire, je l’ai donc transmise au Ministère, à toutes fins utiles.  »

Diversité des sujets, unicité de la méthode

André Gattolin a d’autres combats, mais la personnalité du sénateur transparaît bien dans cet épisode parlementaire. Élu pour la première fois en 2011, il rejoint la prestigieuse Commission des Finances en 2014 et en devient le vice-président. Une ascension rapide due à l’évidence à la reconnaissance de ses pairs pour ce travailleur acharné et déterminé, au franc-parler assumé. S’il a quelques spécialités – l’Arctique, l’Union Européenne, les médias, le Tibet – sa façon d’aborder les sujets le conduit à intervenir sur bien des terrains.

L’approche par écosystèmes

Il la décrit lui-même comme «  une approche par écosystème  », qui requiert d’envisager un sujet dans son environnement global.

André Gattolin

A Reykjavik dans le cadre de sa mission sur l’Arctique

Il cite en exemple le dossier de la pyrale du buis, dont il a mesuré les effets au Parc de Sceaux  : cette maladie du végétal a des enjeux environnementaux (quel traitement lui opposer  ?) mais aussi culturels (que resterait-il des jardins à la française sans le buis  ?) et économiques (les retombées de la fréquentation des grands parcs). On retrouve la problématique dans d’autres pays européens, et jusqu’au Canada. Comme dans la plupart des dossiers, André Gattolin a le monde en perspective, sensible à une globalisation de fait.

C’est une fois ces implications posées que le travail peut commencer. Un travail qu’il ne mène pas seul  : ses carrières passées lui ont permis de constituer un réseau d’excellence, qu’il mobilise sans hésiter pour bénéficier «  d’expertises gratuites.  »
Au quotidien, il s’est également entouré de collaborateurs de haut niveau, ce qu’il commente incidemment  : «  Je terminerai mon mandat plus pauvre que je ne l’ai commencé, parce que j’ai puisé dans mes économies pour les rémunérer convenablement.  »

L’ambition d’être un sénateur honorable

Un choix qui correspond à sa conception de sa fonction. «  Jamais élu auparavant, juriste de formation, père célibataire de quatre enfants, veuf, titulaire d’un doctorat rédigé de nuit, je savais que j’avais une bonne capacité de travail. Mais je savais que ça ne suffirait pas pour atteindre mon objectif  : être un sénateur honorable. Aujourd’hui, je le reconnais, je suis fier.  »

André Gattolin

A Boulogne lors de la dernière Journée de l’animal en ville – CR Maurice Gille

Moyennant quoi, le «  fantôme du Sénat  » suit maints dossiers. Il a un avis autorisé sur les orientations du développement au Groenland, sur les effets du CICE tout comme sur la perspective d’une armée commune européenne, objet de sa dernière question d’actualité. Il vous détaille sans hésiter le mode de calcul des 2 % du PIB dévolus à la Défense avant de  lancer «  L’Europe de la Défense aujourd’hui, c’est essentiellement l’Europe de l’armement. On achète ce qu’on nous propose, et non ce dont on a besoin. On aurait besoin de 2 ou 3 porte-avions nucléaires, on en n’a qu’un et on n’est pas capable de se les payer  !  »

André Gattolin

Avec Emmanuel Bréon, l’ancien conservateur du Musée des Années 30, au Salon du Livre – CR M. Gille

Il  a contribué, aux modalités françaises de l’Union bancaire, conçue en 2014 pour éviter de reproduire la crise de 2008. À l’origine d’un amendement sur la non-déductibilité de cette contribution des banques de l’impôt sur les sociétés, il a bataillé ferme contre à peu près tout le monde. « Cette déductibilité  de l’impôt sur les société était insensée  ! Après 2008,  la France, sous la conduite de Nicolas  Sarkozy, n’a pas dépensé plus que les autres  États pour soutenir  ses banques, mais ayant de plus grosses banques, elle a pris de plus grands risques… J’ai fini par appeler François Hollande. Je le connais bien, il a été mon prof d’économie, et je l’ai aussi côtoyé comme sondeur. Je lui ai appris que l’Allemagne n’admettrait pas la déductibilité. L’amendement est passé.  » Un exemple du pragmatisme dont il se réclame.

André Gattolin : un mandat unique pour des activités multiples

Outre ses deux vice-présidences (Commission des Finances et Commission des Affaires européennes), André Gattolin est membre du Comité de déontologie du Sénat, administrateur de la chaîne de télévision parlementaire, président du groupe France/Europe du Nord et membre du groupe d’information sur le Tibet. En ce début d’année, il a été chargé d’une mission sur l’avenir de Schengen.

L’école Billancourt, typique de la 3ème République et des lois Ferry

Autant de missions qui ne le coupent pas de son territoire : « Je ne nie pas mon attachement au territoire des Hauts de Seine, dès lors que ses problématiques sont en lien avec la nation » résume-t-il. Il intervient ponctuellement sur les sujets boulonnais tels que la préservation de l’école Billancourt ou, tout récemment, la situation du foyer des travailleurs rue de Meudon. Mais si vous voulez croiser votre sénateur, rendez-vous aux grandes manifestations populaires et culturelles de la ville : salon du Livre, fête des Cigales, animal en ville… Un perroquet sur l’épaule ou un livre à la main, à l’échelle de la ville il est aussi tout-terrain.

Gilbert et Anne-Sophie

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