On touche au bout du conseil municipal du 30 mars, budget mis à part. Après l’urbanisme, le sport et la solidarité internationale, c’est le problème de l’animation de l’avenue Pierre Grenier qui a fait monter les débats d’un ton. Un peu plus tard, sur une question de protocole, l’opposition a quitté la salle.

Le marché Pierre Grenier en question

jehan coquebert de neuville

La délibération n°17, présentée par Jehan Coquebert de Neuville, l’adjoint aux Affaires économiques, ne laissait pas présager un tel tollé. La délibération portait sur le renouvellement de la délégation de service public pour les deux marchés de l’avenue Pierre Grenier et de la Route de la Reine puisque la convention actuelle, passée avec la SOMAREP en juillet 2008, arrive à expiration en juillet 2011.
Ce renouvellement devait présenter plusieurs caractéristiques :

  1. Le futur délégataire devait intégrer à son offre des propositions conformes aux objectifs de développement de ces deux marchés, dont l’un (Pierre Grenier) végète et l’autre (Reine) se maintient. Cela devrait passer par l’appel à des commerçants supplémentaires, mais également par des opérations d’animation et de communication afin d’attirer davantage de clients.
  2. En termes de procédure, il faut savoir que le chiffre d’affaires annuel estimé pour cette délégation est de l’ordre de… 15 000 euros, un chiffre très en-dessous du seuil fixé par le code général des collectivités territoriales pour des conventions de moins de trois ans (68 000 euros). Par conséquent, compte-tenu de la modestie du chiffre, il s’agissait d’adopter le principe d’une consultation simplifiée.

Quelques légumes vendus au marché biologique de la Route de la Reine

Ce n’est pas la première fois que le sort du marché Pierre Grenier, qui peine à attirer le chaland, occupe les débats du conseil municipal. Si on a bien compris, la présence de ce marché envers et contre tout tient à la volonté de maintenir une animation dans ce quartier. Malheureusement, en dépit de différentes tentatives (organiser des nocturnes, le coupler avec une brocante), rien n’y fait, les riverains le boudent.
Une nouvelle fois, Fatima Cardetas (UPBB), Boulonnaise depuis toujours, a rappelé que ce marché était bien plus dynamique du temps où il ne donnait pas sur l’avenue Pierre Grenier, où le trafic n’est pas favorable aux légumes, mais rue Emile Duclos. Le maire a expliqué que ses services avaient exploré cette piste, mais qu’ils n’avaient trouvé aucune trace de cet emplacement dans leurs archives. Mémoire vive contre archives municipales… Par ailleurs, le maire estime que ce déplacement éloignerait le marché de la grosse résidence Pouillon, au point de dissuader ses habitants de s’y rendre. Ce ne serait donc pas une bonne idée.

jean-michel tisseyre

Jean-Michel Tisseyre (@lternance) a alors pris la parole pour demander aux élus de faire un effort : « Cela fait trois ans que l’on dénonce l’état et le déclin du marché Pierre Grenier, alors qu’il y a un vrai potentiel dans ce quartier, avec les résidences Pouillon et du Square de l’Havre et des Moulineaux, » a-t-il déclaré. « On ne peut pas se contenter de ce que l’on a » a-t-il conclu. Une vision des choses que le maire ne partage pas, lui qui estime au contraire qu’il n’y a pas de consommateurs pour ce marché, et qu’on ne peut pas « payer les commerçants pour les faire venir. » Jean-Michel Tisseyre a insisté, ce qui a occasionné un échange assez vif entre le maire et lui. Comme habitant du quartier, il a invoqué sa propre expérience, expliquant que les habitants, faute de trouver du choix près de chez eux, se rendaient à la Porte de Saint-Cloud. Perdant patience, le maire a reformulé plus vulgairement ses propos antérieurs, ce à quoi Jean-Michel Tisseyre a rétorqué qu’il ne fallait pas se résigner. Exaspéré, le maire a répété une nouvelle fois que l’alimentaire ne fonctionnait pas et qu’il faudrait sans doute trouver d’autres formes d’animations pour maintenir la vie dans ce quartier. Rebondissant sur cette idée, Jean-Michel Tisseyre a alors suggéré de faire appel au conseil de quartier, bien placé pour connaître les besoins et les envies des habitants. Las ! d’après le maire, ce n’est pas le rôle du conseil de quartier.
L’affrontement en était là lorsque Jehan Coquebert de Neuville s’est interposé en conciliateur. D’une voix calme qui a fait du bien à tout le monde, il a expliqué que l’on cherchait depuis 1997 à développer ce marché, sans succès : nocturnes, brocantes, déplacement n’y ont rien fait. La seule solution pour le maintenir consiste à en coupler l’exploitation avec le marché de la Route de la Reine qui, lui, est rentable pour l’exploitant. D’après lui, il reste pourtant encore des pistes à explorer, telles que d’élargir les horaires ou d’ouvrir le marché aux métiers d’art, ce qui fera sans doute partie des propositions liées à la nouvelle convention.

La délibération n°19 quant à elle avait pour principal intérêt de nous apprendre que Boulogne Billancourt a désormais une adjointe « à la Logistique » en la personne de Rim Fathallah. Peu de villes peuvent en dire autant !

Quel nom pour la médiathèque du Trapèze ?

pascal fournier

La délibération n°20, présentée par l’adjoint à la Culture, Pascal Fournier, a permis à tout le conseil de se changer les idées. Il s’agissait de trouver un nom pour la nouvelle médiathèque du Trapèze, qui devrait ouvrir début 2012 et abritera une bibliothèque et le Centre national du Jeu. Sur le modèle d’autres bibliothèques de la ville, comme la bibliothèque du Parchamp, la bibliothèque Billancourt, ou encore la bibliothèque du Point du Jour, il était proposé de donner à cette médiathèque une dénomination toponymique : la médiathèque du Trapèze.

dorothée pineau

Dorothée Pineau (UPBB), qui avait proposé en commission le nom de Médiathèque Saint-Exupéry a suggéré que l’on saisisse pour l’occasion la commission des noms (chargée notamment de donner des noms aux nouvelles rues, ndlr). En effet, a-t-elle expliqué, contrairement au Parchamp ou à Billancourt, « le Trapèze » n’est pas un véritable toponyme : c’est le nom qui désignait une vaste parcelle géométrique à aménager, mais qui n’a pas vocation à désigner le quartier. Au contraire, toute l’opération d’aménagement visant à intégrer ce nouveau quartier à la ville, il serait dommage de lui conserver un nom purement technique.

Quel sera le nom de la médiathèque ?

Pierre-Christophe Baguet est convenu que le nom « Trapèze » n’était pas très enthousiasmant, tout en estimant qu’il pourrait rappeler ce moment de la création du nouveau quartier. Par ailleurs, il a souhaité que le nom retenu ait un sens et ne prête pas à confusion. Il regrette par exemple que trois établissements boulonnais portent le nom de Landowski et est plus favorable à « une référence géographique claire, » qui permettra aux usagers de localiser la médiathèque. Là-dessus, Philippe Tellini (majorité) a risqué un mot d’esprit sur la polysémie du mot « trapèze, » provoquant un bide d’une rare intensité. Suite à quoi, le maire a proposé de remettre l’adoption du nom définitif au prochain conseil municipal.

agnès bauche

Le climat était donc plutôt apaisé quand s’est déclaré le dernier incident de la soirée. A la suite de la délibération n°20, qui portait sur des demandes de subventions pour la culture, Agnès Bauche (UPBB) a posé une question d’actualité, au sujet du festival du film, qui devait débuter le surlendemain soir. Commentant le carton d’invitation à la soirée d’inauguration, elle a dit : « Je constate que l’invitation est faite au nom du conseil municipal, qui pourrait peut-être commencer par s’inviter lui-même. En effet, nous n’avons pas reçu d’invitation. »
La réponse du maire a surpris tout le monde : celui-ci a expliqué qu’il s’agissait d’un acte délibéré, tout le conseil municipal ayant été invité, sauf le groupe UPBB parce que ce groupe n’avait pas voté, en novembre dernier, la subvention au festival. « Il faut assumer ses actes, » a martelé le maire, ajoutant « vous serez invités l’an prochain, mais j’espère que vous vous engagerez à voter la subvention. » Madame Bauche s’est alors exclamée, hors micro puisqu’il était coupé, « Mais c’est du chantage ! » « Pas du tout, a tranché le maire, mais dans la vie il faut assumer. »

marie-hélène vouette

Le groupe, outré, a quitté la salle du conseil, sous les regards mi-gênés mi-amusés des élus de la majorité. Marie-Hélène Vouette (@lternance), a alors pris la parole pour exprimer sa « solidarité » avec le groupe UPBB : « Nous ne votons pas le budget, et pourtant nous sommes associés à toutes les manifestations municipales, a-t-elle rappelé, Je trouve anormal que des élus ne soient pas invités sous prétexte de leur position. » Ce à quoi le maire a répondu, alors que le groupe @lternance et Judith Shan quittaient la salle à leur tour : « C’est votre position, ce n’est pas la mienne. »

Espérons que le conseil du 12 mai prochain soit un peu plus calme !