La petite musique de l’art est parfois obsessionnelle comme une chanson des Beatles. Découvrir la dernière exposition de Mondapart, c’est sans doute s’exposer à une expérimentation rétinienne hors norme. 

Seize artistes s’affrontent dans une  » battle », sorte de rixe propre à l’exposition collective.

La dernière découverte d’Isabelle Lefort, Marion Charlet s’impose au premier coup d’œil, une peinture forte, unique portée par une fluidité de la matière, une acidité de la palette et un sujet qui fait place à l’étrangeté du quotidien dans une perspective subtilement déconstruite. Le navire tangue comme un vaisseau fantôme, superbement moderne. Le rose fuchsia d’un petit coussin placé là comme par inadvertance électrifie la composition. Un univers proche de David Hockney par le caractère proprement liquide de la touche, cette impression de flagrant délit de l’objet pris en peinture. Marion Charlet a son univers propre qui place le spectateur dans un état de flottement : les ombres ne sont plus réelles, la lumière semble rétroprojetée de l’intérieur, la couleur est filtrée puisqu’elle n’utilise aucune des couleurs terriennes, ni brun, ni ocre. Le monde de Marion Charlet déserté par la présence humaine qui n’est qu’à l’état de trace est un univers habité.

Mary-Christine Jalandon – Sans titre – Technique mixte marouflée sur carton plume 143×110

Les paysages intérieurs de Mary-Christine Jaladon

Avec Mary-Christine Jaladon, on entre en peinture dans un « espace du dedans » où la forme organique qui se déploie sur la toile ou le papier peut évoquer de prime abord un gros galet à l’abandon sur une plage qui serait vu de plein fouet avec un macroscope après le passage de l’eau. On comprend assez vite que ces formes sont des paysages intérieurs qui invitent à la méditation dans une construction apaisante où le rocher est poli par le flux et le reflux, ce mouvement incessant de la vie. L’espace devient matière, il y a comme une délicatesse de la peinture dans l’air propre à l’espace mental recomposé.

Vent d’Est – Acrylique sur toile 150×116

 

La rythmique de la peinture d’Hélène Jacqz évoque la liberté de composition du jazz

Hélène Jacqz revient avec ses grandes compositions abstraites où la couleur se fait geste. L’intensité est toujours présente mais dans un mouvement plus aérien avec l’inscription de bulles qui donnent une autre respiration à la peinture. Une rythmique s’installe qui évoque la liberté de la composition du jazz. Hélène Jacqz pratique la peinture avec la rigueur et le lâcher prise qui fait la force des grands danseurs, une pratique qu’elle connaît de l’intérieur. Après une période d’épure du geste et de la couleur empreinte d’une tension particulièrement forte, on sent qu’elle se dirige vers une forme plus légère, plus répétitive aussi comme si elle découvrait les joies de la musique sérielle.

 

 

Berg – Pas de danse – huile sur toile  

Le mystère d’un pas de danse ou de fuite ?

 

Retour à la figuration avec la peinture de Berg. On connaissait déjà ses paysages aux drôles de perspectives inspirées de la peinture ancienne et baignés d’une lumière artificielle à la Patinir. On la retrouve avec un portrait de petite fille en pied, vue de trois-quart dos et esquissant un pas de danse. Une présence charnelle étonnante, une lumière surnaturelle se dégage de cette toile qui évoque plus un mystère propre à la maladresse de l’enfance dans un pays imaginaire où les petites filles doivent affronter le loup. L’atmosphère est balthusienne, le secret s’installe.

La vision de ces quatre artistes reflète une approche du réel bien différenciée entre vacillement de la perception, image mentale pure, rythmique lancinante et trouble de la représentation.
Les autres artistes de cette édition 2019, les peintres Raphaelle Boutié, Arnaud Franc, Charles Giulioli Amélie Le Grelle, Marie-Laure Melchior, Prisca Temporal, Christine Zima, les sculpteurs Chantal Atelin, Cyrille Morin, Pauline Ohrel et les céramistes Juliette Clovis et Hélène Loussier présentent chacun des univers portés par leur intensité propre.
Liberté est donnée au visiteur de choisir la voie qui l’éblouit.

Œuvres originales à partir de 200 euros
www.mondapart.com
Exposition du 28 novembre 2019 au 11 Janvier 2020
Galerie ouverte du mercredi au samedi de 14h30 à 19h30
Ouverture exceptionnelle le dimanche 15 décembre de 15hà 19h

Galerie Mondapart
80 rue du Château
Boulogne-Billancourt, 92100
Tel : 06 08 30 94 90