Au conseil municipal de septembre, Pierre-Christophe Baguet a présenté le protocole transactionnel sur l’île Seguin avec les associations requérantes. Sur ce dossier prévaut la politique des petits pas.

L’aménagement de l’île Seguin, le casse-tête originel

Cirque en chantier... préfiguration d'un projet abandonné

Cirque en chantier… préfiguration d’un projet abandonné

L’aménagement de l’île Seguin connaît des difficultés depuis l’origine : entre les investisseurs qui claquent la porte (Pinault), les effets d’annonce (le Cirque du Soleil et/ou le Cirque Bouglione), les changements de projet (en 2008, 2011 et 2012), la conjoncture économique, les règlements de compte judiciaires et le blocage des riverains et des associations d’environnement (contre le PLU avant 2004 et ses révisions de 2011 et 2013, contre des permis de construire en 2007 et 2013), les 11,5 hectares naguère occupés par Renault s’arrachent péniblement de la friche.
Seule la Cité musicale, portée par le Conseil départemental, et qui occupe la pointe aval de l’île, la plus proche du pont, a traversé la tempête. Toutes les parties-prenantes se félicitent aujourd’hui de cet aménagement.

la future Cité musicale de l'Ile Seguin met tout le monde d'accord

la future Cité musicale de l’Ile Seguin met tout le monde d’accord

Après des mois et des mois de bras de fer, le maire de Boulogne, Pierre-Christophe Baguet, s’est décidé en mai dernier à ouvrir le dialogue avec les associations d’environnement ayant déposé un recours contre le PLU de l’île. Les impératifs et les exigences de chacun, consolidés par des années de déclarations irrévocables, peinent à s’accorder et sont pris aujourd’hui plus que jamais dans la politique des petits pas.
Dernier épisode en date lors du conseil municipal de septembre, au cours duquel le maire et son premier adjoint, Gauthier Mougin, ont présenté un projet de protocole transactionnel… rejeté trois jours plus tôt par une partie des associations concernées.

Mise en contexte par Pierre-Christophe Baguet

Avant de laisser la parole à  son premier adjoint sur le protocole proprement dit, le maire a une nouvelle fois insisté sur un contexte délicat, qui devrait pousser chacun à trouver une issue rapide :

  • pierre-christophe baguet

    pierre-christophe baguet

    Le risque de voir l’île Seguin confisquée par l’État dans le cadre de ses opérations d’intérêt national (OIN) – depuis le conseil, la liste des OIN multi-sites arrêtées en Ile de France a été rendue publique. Elle devrait dissiper cette inquiétude, les territoires retenus étant plus étendus et beaucoup plus complexes que les quelques hectares isolés de l’île Seguin.

  • Le passage à un PLU métropolitain dans le cadre de la Métropole du Grand Paris en 2016, qui priverait les Villes de leur compétence d’aménagement. Pierre-Christophe Baguet redoute que les terrains de l’Ile Seguin n’accueillent alors des milliers de logements. En ce mois de septembre, le maire frémissait de l’annonce présidentielle selon laquelle l’État pourrait préempter des terrains pour y bâtir des HLM. De fait, il est passé à l’acte le lendemain à Ormesson.
  • L’état financier de la société d’aménagement, qui atteint un état critique.

Le tribunal administratif tardant à statuer sur les recours déposés par les associations est une raison supplémentaire de trouver une solution rapidement.

Négociation et concertation : la politique des petits pas

Gauthier Mougin

Gauthier Mougin

Pierre-Christophe Baguet et Gauthier Mougin ont ensuite rappelé les étapes qui avaient mené à ce protocole :

  • Trois semaines de concertation en juin au terme desquelles la municipalité avait fait deux concessions majeures : l’abandon de la tour et une légère réduction de la densité sur l’île ;
  • La mention dans le CRACL de ces dispositions ;
  • Une nouvelle réunion le 9 septembre avec les parties-prenantes pour revoir le texte du protocole « mot par mot, virgule par virgule » a insisté le maire ;
  • L’adoption en conseil, préalable à l’adoption par les associations.

C’est le virage difficile à négocier : parce que la Ville demande aux associations de retirer leur recours avant de signer le protocole, et que celui-ci est unique, et lie donc toutes les parties-prenantes. Si une association refuse de le signer, la procédure entière sera nulle.
Par ailleurs, s’il fut demandé au conseil ce soir-là d’autoriser le maire, de manière anticipée, à éventuellement amender le texte dans les semaines suivantes, lesdits amendements ne sauraient être substantiels : hors de question, par exemple, de revenir sur les hauteurs et la densité arrêtées.
D’après Gauthier Mougin, l’avocat des associations aurait fait savoir que ce projet était « satisfaisant. »

Abstention des groupes d’opposition

Les deux groupes d’opposition se sont abstenus sur ce texte.

Chloé Jaillard

Chloé Jaillard

Chloé Jaillard (PS) s’en est expliquée : la densité et la hauteur restent trop importantes de leur point de vue, en contradiction avec le projet d’une île verte ménageant des espaces de promenade. Elle a réaffirmé que son groupe, contrairement à la majorité, ne redoutait pas la construction de nouveaux logements, et prônait même un rééquilibrage en leur faveur par rapport aux bureaux, source de nuisance notamment automobile dans une zone déjà très exposée.

pierre laurencin

pierre laurencin

Pierre Laurencin (DVD) a avancé les mêmes objections sur la densité et la hauteur, rappelant qu’en l’état, la constructibilité serait de 35 % supérieure à celle du Trapèze. D’après ses calculs, sachant que le socle de l’île s’élève déjà à 7 mètres, les bâtiments seraient supérieurs de 25 mètres aux immeubles de la berge, équivalant à la hauteur des coteaux de Meudon. Il a ajouté que « Rien ne permet de dire aujourd’hui que l’objectif de 175 000m² doive être abandonné. »
Enfin, puisque ce protocole concerne d’abord les associations, il a souligné qu’il subsistait de leur côté des désaccords sur les principes du projet « trop importants pour être qualifiés de non-substantiels. »

Les berges de la Seine et la voirie proche relèvent en partie du Département

Les berges de la Seine et la voirie proche relèvent en partie du Département

Pierre-Christophe Baguet a balayé plusieurs objections : « J’ai attendu pendant des années la démonstration de l’équilibre financier du projet avant 2008. Aujourd’hui il faut être réaliste, et viser l’équilibre urbain et financier » a-t-il insisté. Il a également contredit les calculs de Pierre Laurencin : la hauteur arrêtée dans le protocole sera la même que pour le dôme de la cité musicale, qui s’élèvera à 53 mètres, bien en-deçà des 110 mètres des coteaux. Ce dôme, qui devrait être posé très prochainement, permettra à tout un chacun d’apprécier concrètement les choses.
Enfin, il a répété son inquiétude de devoir construire plus de logements, et notamment de HLM, à l’heure où l’on prévoit l’édification de 70 000 nouveaux logements par an en Ile de France. Il a indiqué que le préfet lui avait écrit la semaine précédente pour lui rappeler que Boulogne n’avait pas atteint les 25 % de logements sociaux prévus par la loi. « Ce n’est pas la saison [d’aborder ce sujet, ndlr], ça me fait très peur. » a-t-il insisté. La publication la semaine dernière des 36 communes mises à l’index pour non respect de la loi SRU devrait là encore le soulager : Boulogne n’en fait pas partie.
Il s’est dit prêt à laisser encore du temps au temps, tout en insistant sur les conséquences du retard, y compris en termes de programmation : la perspective d’avoir un équipement sportif et des cinémas sur l’île, si tant est qu’elle ait jamais été sérieusement envisagée, s’éloigne.

La position des associations

Depuis ce conseil, les six associations impliquées n’ont pas publié de communiqué.
On sait de source bien informée que Val de Seine Vert serait prête à adopter le protocole tel quel, jugé conforme à ses attentes. Le collectif vue sur l’île Seguin a en revanche diffusé peu avant le conseil les réponses qu’il nous avait adressées en juillet, montrant que sa position n’avait pas évolué durant l’été.

agnès bauche

agnès bauche

AEBB enfin a longuement détaillé, dès avant le conseil, ses motifs d’insatisfaction. « AEBB ne peut accepter en l’état le projet de protocole annexé à la délibération n°1 du conseil du 24 septembre 2015 pour des raisons évidentes » explique Agnès Bauche, sa présidente. « Le maire a raison quand il dit que le texte a été revu mot à mot. C’est le cas et le problème, on n’a jamais pu envisager globalement la situation, ni apporter de modifications substantielles, incompatibles avec le mot à mot ! On n’a toujours pas de vision d’ensemble de l’aménagement, en harmonie avec le territoire environnant. Je veux notamment parler de l’environnement routier de l’île et de ses modes d’accès.
En l’état, le protocole n’est pas rigoureux : quelles sont les bases de calcul pour les hauteurs et les volumes ? Qu’est-ce qui nous garantit qu’au-dessus du dernier plancher on n’aura pas une gigantesque serre comme au sommet de la tour Nouvel ? Enfin, et c’est assez préoccupant, le protocole ne tient aucun compte des motifs qui avaient déjà valu l’annulation du PLU de 2011, et au premier chef l’étude de sûreté et de sécurité.
 »

On saura mardi 10 novembre, lors du conseil municipal, si la situation a avancé depuis, même d’un petit pas…

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