Raymond Aron reprochait à Valéry Giscard d’Estaing, pourtant proche de sa sensibilité politique, de ne pas considérer que l’histoire était tragique.

Raymond Aron, spectacteur engagé

La lecture, très subtile, d’extraits de ses « Mémoires » et de « L’opium des intellectuels », par le comédien Nicolas Pignon, au T.O.P., lundi 13 février, nous replongeait dans cette période indécise, lourde de menaces, avec des épisodes dramatiques, après la victoire des démocraties contre le nazisme et en pleine guerre froide.

Jean Vincent Holeindre, Directeur d’études à l’EHESS, a bien su mettre en perspective ces textes essentiellement autobiographiques, montrant la grande rigueur d’un intellectuel qui n’a jamais cherché à cacher ses doutes, ses incertitudes.

Toute l’œuvre de Raymond Aron (1905/1983) est inspirée par ce pessimisme et ce scepticisme lucides. Entre une « guerre impossible et une paix improbable », il devait constater que « les jugements négatifs s’imposaient plus aisément que les jugements positifs ».

Il est mort quelques années avant l’effondrement du bloc communiste dont la menace l’obsédait. Aurait-il révisé sa vision de l’histoire, s’il avait connu ce triomphe des démocraties libérales qu’il soutenait ou aurait-il transposé son pessimisme sur ce choc des civilisations, pronostiqué par Samuel Huntington ?

Nicolas Pignon

Aurait-il voulu agir plus directement sur l’histoire en train de se faire ? Ayant rejoint très tôt la France libre, à Londres, Raymond Aron a milité quelques temps, avec son ami Malraux, au RPF, fondé par le Général De Gaulle, avant de s’en éloigner. Il a mené une carrière d’universitaire, en sociologie et sciences politiques, et de journaliste, comme éditorialiste au Figaro, pendant 30 ans, puis à l’Express. Mais il ne fut ni acteur de premier rang, ni conseiller du prince en politique internationale, son domaine de prédilection.

J’ai eu l’occasion d’entendre une intervention de Raymond Aron, lors d’une conférence d’Henry Kissinger, à Paris. Derrière la critique ferme du cynisme de la Realpolitik, menée par l’ancien Secrétaire d’État américain, on ressentait l’admiration et un peu d’envie à l’égard de cet autre universitaire qui avait su franchir le pas et exercer des responsabilités de premier plan, même en s’y salissant les mains !

Dernière séance de lecture au TOP : Hannah Arendt, par Christiane Cohendy, Lundi 12 mars, 19h.

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Gilbert Veyret

Gilbert Veyret

Il pensait ne rester que peu de temps à Boulogne-Billancourt. Cela fait plus de 40 ans que ça dure. 5 de ses petits enfants y vivent. Il commence donc vraiment à se sentir Boulonnais et à en connaître les contours ! Mais il aime aussi en sortir (Bordeaux, en arrière plan)