Ceux qui cherchent du classique dans ce Malade imaginaire n’ont qu’à bien se tenir. Le pouls de ce souffreteux bien-portant bat au cœur d’un théâtre turbulent. Si Molière est à bout de force quand il interprète le rôle sur la scène du Palais-Royal, en 1673, ni Alain Gautré ni sa troupe d’heureux farceurs ne le sont sur celle du TOP !

Les bocaux de remèdes d'un malade imaginaire acidulé

N’en déplaise aux carabins et autres faiseurs de remèdes, Argan  se porte ici comme un charme. Un charme qui va mourir certes, mais tout de même. Ça pétille, ça hip et ça hop, ça rappe et ça ondule, ça trépigne et ça chante. La pièce grande de plus de trois siècles n’a pas ranci. L’hypocondriaque le plus célèbre du théâtre français est parfumé comme un vieux rhum arrangé, à la sauce Gautré. Du meilleur goût. Degré d’alcool élevé, pour un décor minimaliste mis au service du rire. Alain Gautré, qui signe à la fois la mise en scène et campe le personnage d’Argan, est simplement magistral. Tout à la fois toussotant et vibrionnant sur son fauteuil à moteur, soutenu dans sa tâche par un casting de folie.

L’ensemble est bigarré et acidulé comme un bocal de berlingots. La famille Adams en version couleurs vives. Les excès sont excessifs et c’est bon. Thomas Diafoirus, magnifique Pierre-Yves Massip ; Polichinelle, incroyable Teddy Melis ; Toinette, fantasque Sarah Gautré ; Béline, ardente Sara Mangano ; Angélique, contrastante Caroline Espargilière ; Cléante, brûlant  Adama Diop et Diafoirus, saisissant Maxime Nourissat. Il fallait les énumérer tous, les uns à côté des autres, et dire tout leur talent , de clowns, de mimes, d’acrobates, de danseurs, de sportifs… Pas un qui ne soit encombré dans son joli corps, ni dans ses mots pour animer cette comédie-ballet effervescente et burlesque qui traite de la folie, de l’égocentrisme et de la mort.

Encore plus actuelle aujourd’hui qu’hier.  On ne sait pas, quand on sort de l’école, que les grands auteurs classiques sont souvent les plus contemporains. Alain Gautré vient d’en donner une nouvelle fois une brillante démonstration.

  • « Le Malade imaginaire » de Molière, mise en scène d’Alain Gautré, mise en musique de Stéphanie Gibert. Costumes de Catherine Oliveira.  Au Théâtre de l’Ouest Parisien jusqu’au 21 novembre. Du mardi au samedi à 20h30 et dimanche à 16h. Billetterie : 01 46 03 60 44, du mardi au samedi de 13h à 19h. La salle est équipée d’une boucle électromagnétique pour les personnes malentendantes et accessible aux personnes à mobilité réduite. Tarifs : Plein tarif 25€ – tarif réduit 20€ – Jeunes-26 ans 12€ – enfants-12 ans 10€

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