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Aurélie Poux et Isabelle Lefort Photo Marion Mayer

Jusqu’à dimanche 10 juillet 2016, 20h, se tient à la galerie Mondapart la première exposition de la jeune artiste Aurélie Poux, 24 ans, sortant tout juste des Beaux-Arts de Nantes. « Je connais Aurélie depuis quatre ans et j’ai tout de suite trouvé qu’elle avait une hypra-sensibilité très touchante. Je pense qu’il est important de montrer son travail qui contient beaucoup d’idées, de créativité et de sagesse », confie Isabelle Lefort, directrice de la galerie.

Douleur, enfance et art

La douleur et les blessures y sont exposées à travers les enfants. Peut-être un peu mal à l’aise, le spectateur ne se sentira pas heurté par le sujet, car Aurélie Poux a choisi une douce façon de l’aborder en lui apportant humour, métaphores et sourires… Tout cela avec une technique, tant pour ses dessins que pour ses sculptures, absolument impeccable. « Grâce à mes études en psychologie, j’ai pu réfléchir aux évènements douloureux et à la meilleure manière de les montrer aux gens sans qu’ils se sentent agressés », explique Aurélie Poux.

Ainsi, on retrouve une petite fille contrainte de marcher avec des béquilles : Aurélie Poux la met en combinaison de ski et ses béquilles se transforment en bâtons. Une autre doit avoir recours à l’assistance respiratoire : avec un masque de plongée, son matériel se transforme en tuba.

Exposition Aurélie Poux MondapArt

Les petites filles consolées par Aurélie Poux… Photo Marion Mayer

Mais attention : le thème de l’exposition n’est pas l’enfance, mais bien la douleur. « L’enfance, c’est l’univers que j’ai créé autour du thème de la maladie et des violences en raison de la grande capacité d’imagination des enfants. Mais ce qui m’intéresse vraiment, c’est le traitement de la douleur », précise-t-elle. « Je cherche à amener les choses en douceur. Peut-on trouver des moyens artistiques qui se rapprocheraient de l’euphémisme pour le langage ? J’essaie d’alléger la lourdeur du sujet en utilisant l’humour, comme le font les clowns et les comédiens qui distraient les enfants dans les hôpitaux. »

Une autre partie de l’exposition consiste à confondre des enfants et des œuvres d’art du British Museum (avec lequel elle a collaboré) abîmées par le temps, ou correspondant à des critères de beauté différents de ceux des occidentaux (des lacérations sur le visage, par exemple). Le but est de trouver un moyen pour que le monde ait envie de regarder la maladie comme ils auraient envie de regarder une œuvre d’art, même mutilée.

Les enfants et les oeuvres d'art mutilées... Photo Marion Mayer

Les enfants et les œuvres d’art mutilées…
Photo Marion Mayer

Deux supports interdépendants 

On retrouve aussi des sculptures, tout aussi intéressantes. « Plus j’avance, plus le dessin et la sculpture se mêlent dans mon travail. Je crée des objets qui apparaissent dans mes dessins, » explique Aurélie Poux. C’est le cas dans la dernière pièce de l’exposition qui consiste en une seule et même installation : deux sculptures (un cheval aux jambes de bois et un oiseau sur un brancard) et une série de dessins représentant des fragments de la scène. « Pour ce projet, je me suis demandé comment on parle aux enfants et je me suis rendue compte que l’on passe énormément par les objets. Ici, ce sont les jouets qui sont blessés et les enfants les regardent. La scène est fragmentée en plusieurs dessins car je voulais vraiment que le spectateur ralentisse son regard, prenne le temps de comprendre que les jouets sont insérés dans les dessins, etc. », raconte-t-elle.

Exposition Aurélie Poux MondapArt

Installation : sculptures et dessins…
Photo Marion Mayer

Et la suite ?

Avec cette exposition, Isabelle Lefort compte bien faire connaître le travail d’Aurélie Poux, mais aussi vendre ses œuvres : « Les artistes ont besoin que leurs œuvres soient vendues pour aller plus loin. L’achat est plus valorisant que les mots », explique-t-elle.

A l’issue de cette semaine, Aurélie Poux retournera à Nantes pour préparer 2017 : une exposition de dessins en collaboration avec une artiste étudiante à Berlin et l’exposition des lauréats du prix des arts visuels de la ville de Nantes. De plus, elle reprendra « Le rire médecin », association qui tente de rendre la vie des enfants à l’hôpital plus gaie.

Quant à Mondapart, la galerie rouvrira ses portes le 8 septembre prochain avec l’exposition L’Énergie vitale de Dominique Moreau, puis elle accueillera Le Sac est plastique : pour célébrer la fin des sacs plastiques, Isabelle Lefort a invité Denis Rivière, peintre hyper-réaliste travaillant autour des sacs poubelles.

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Passionnée par l'actualité, la lecture et le théâtre, j'espère devenir journaliste culture. Merci à l'e-BB de me laisser l'opportunité d'écrire mes premiers articles !