Charlotte Delbo

Femme de théâtre, militante communiste, résistante, Charlotte Delbo n’a pas trente ans lorsqu’elle est déportée à Auschwitz en janvier 1943. Elle le pensait, elle l’a écrit : « Aucun de nous ne reviendra. » Mais elle est revenue, rare survivante d’un convoi de 230 femmes qu’elle aura vues mourir.
Elle emploie alors une partie de son temps à essayer de témoigner. Témoigner des camps, ce n’est pas raconter, parce que le temps est suspendu, puis aboli. Ce n’est pas reconstituer, parce qu’aucune fiction n’est suffisante. D’autres s’y sont employés : Primo Levi (Si c’est un homme), David Rousset (Les jours de notre mort)… Charlotte Delbo aussi : là les larmes coulent sans empathie, là la douleur se dit sans larmes, là l’interpellation du témoin est lancée, là l’humanité rejoint la taxinomie des camps : non plus des individus, mais des hommes, des femmes et des enfants, qui deviennent bientôt les hommes, les femmes et les enfants, puisqu’ils épuisent le monde. Il reste quelque chose pourtant, une voix :

« Les SS en pèlerine noire sont passées. Elles ont compté. On attend encore.
On attend.
Depuis des jours, le jour suivant.
Depuis la veille, le lendemain. Depuis le milieu de la nuit, aujourd’hui.
On attend.
Le jour s’annonce au ciel.
On attend le jour parce qu’il faut attendre quelque chose.
On n’attend pas la mort. On s’y attend.
 » (Aucun de nous ne reviendra)
Il faut de la trempe pour monter un spectacle pareil. La Compagnie des Hauts de Scène tente de répondre à la dernière question de Charlotte Delbo, « Et qui rapportera nos paroles ? » : la voix devient trois voix de comédiennes, la mise en scène est d’une femme aussi, à partir de ce livre dont le titre est un défi à lui seul, Auschwitz et après.

Présenté le 1er mars à 20h30 au Carré Belle-Feuille, le spectacle sera ensuite joué au Théâtre de Nesle à Paris, du 5 avril au 14 mai 2011.