Le passé industriel de la ville de Boulogne-Billancourt est bien connu. Il y a Renault bien sûr mais il y eut aussi les voitures Salmson, les avions Farman, Voisin et Dassault, les centraux téléphoniques Le Matériel Téléphonique (LMT), etc.
Tout cela est aujourd’hui du passé, il n’y a plus d’industrie à Boulogne-Billancourt et bien souvent, seul le nom d’une rue rappelle ce passé prestigieux. Subsiste aussi le magnifique bâtiment du LMT quai Alphonse Le Gallo .
Mais l’automobile du futur, qui sera connectée, partagée, électrique et autonome, se prépare toujours à Boulogne-Billancourt avec la société AVSimulation que l’ e-bb est parti rencontrer !
Ambiance start-up dans les locaux tout neufs de la société, cours de l’Ile Seguin. « Il fait bon vivre chez AVSimulation » me dit Raquel Vieira qui m’accueille.

 

AVSimulation place Boulogne-Billancourt à la pointe de cette technologie

 

AVSimulation est une entreprise créée en 2017 par Renault et par Oktal Sydac, la filiale dédiée à la simulation automobile du groupe toulousain SOGECLAIR. Elle compte aujourd’hui une soixantaine de salariés et connaît une très forte croissance.
Le produit phare est le logiciel SCANeR Studio qui me rappelle les jeux vidéos de mon enfance. Mais il s’agit ici de «  serious gaming  » pour tester une voiture dans toutes les configurations possibles et imaginables de traffic, de météo, de route, etc.
SCANeR a été créé dans les années 90 par Andras Kemeny qui est aujourd’hui le directeur scientifique de AVSimulation. Le logiciel est utilisé pour la mise au point des systèmes d’aide à la conduite (ADAS) tel que le régulateur de vitesse adaptatif mais aussi pour l’étude des interfaces homme-machine et même pour le développement de l’éclairage. Le logiciel est entièrement paramétrable pour s’adapter aux besoins du système à valider.
Les clients sont les constructeurs d’automobiles bien sûr mais aussi les équipementiers, les sociétés d’électronique grand public et même des universités. AVSimulation exporte donc dans le monde entier. Aux Etats-Unis, une filiale vient d’être créée pour commercialiser le logiciel et proposer des services, par exemple créer les scénarios de validation ou des modèles de véhicule.

 

AVSimulation travaille à accélérer la transition vers la conduite autonome

 

Et ce n’est pas tout : AVSimulation signifie – Autonomous Vehicle Simulation – « Car la raison d’être de la société est d’accélérer la transition vers la conduite autonome me dit Emmanuel Chevrier, le PDG,  because our planet can’t wait for more efficient mobility solutions.  »
La conduite autonome promet beaucoup : des robots taxi, une sécurité accrue, davantage de transports en commun, une meilleure qualité de vie pendant les trajets, une réduction des émissions de gaz à effet de serre,une mobilité améliorée pour les personnes âgées ou handicapées …

Essais de simulation avec SCANeR

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Pour mettre au point un algorithme de conduite autonome, il faut des centaines de millions de kilomètres de test dans toutes les situations. Plus de 95 % seront faits par simulation et c’est là que SCANeR prend toute sa dimension. On peut voir le logiciel à l’oeuvre ici.
L’engouement est tel que la société prévoit une croissance à 3 chiffres en 2019 !
« Le logiciel est en constante évolution,  AVSimulation a embauché un « Scrum master  » pour le faire évoluer selon le manifeste agile »   m’explique Guillaume Millet, le directeur technique. Et ce n’est pas tout : AVSimulation réalise aussi des systèmes de simulation. Les plus simples comportent un siège, un volant, un levier de vitesse, des pédales et des écrans et rappellent les consoles de jeux haut de gamme.

Simulateur compact        Dr

 

Les plus élaborés vont bien au delà des rêves les plus fous des amateurs de jeux vidéos ! On y trouve un véhicule complet dans un dôme avec des écrans à 360°, le tout monté sur des vérins et des rails pour reproduire fidèlement les accélérations et les vibrations.

Ces systèmes valent plusieurs millions d’euros et ne sont qu’une poignée dans le monde. AVSimulation en est le leader mondial ! On peut voir celui de l’université de Tongji en Chine à l’oeuvre  ici.

Simulateur de l’université de Tongji Shangaï

Pour mettre au point ces systèmes, il faut notamment des mécaniciens, des électroniciens, des électrotechniciens et des informaticiens. Il y en a pour toutes les disciplines mais AVSimulation est une petite structure et les personnes sont polyvalentes. « C’est la polyvalence et l’agilité qui rendent le métier passionnant »,  me dit Hélène Gutierrez, la directrice des programmes .  SERA Ingénierie à Villebon sur Yvette dans l’Essonne, une société spécialisée dans les véhicules militaires et qui fait également partie du groupe SOGECLAIR, prend part à l’aventure aux côtés de AVSimulation.

 

AVSimulation une petite structure, forte de la polyvalence de ses membres

 

De tels systèmes de simulation existent depuis longtemps dans l’aéronautique. On considère que le premier simulateur numérique moderne au monde est celui qui a été réalisé pour Concorde dans les années 60. Il était déjà monté sur vérins et comportait un calculateur digital et un calculateur analogique. Pour modifier le programme, il ne fallait pas changer une ligne de code mais recâbler le calculateur !  Une autre époque… Ce calculateur fut conçu il y a plus de 50 ans par LMT ici même, à Boulogne-Billancourt.

Simulateur d’entrainement de Concorde utilisé jusqu’en 2003.  Crédit photo Virtuailles.fr.JPG qui remet en état un des simulateurs construits par LMT à Boulogne-Billancourt 

Le pilote d’essai André Turcat aux commandes du simulateur de Concorde en 1968.

Bravo à AVSimulation de reprendre le flambeau et de continuer à faire rayonner notre ville .

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Eric Trochon

Eric Trochon

Boulogne à pied, à vélo, en trottinette et en bateau depuis 2011