Après un conseil municipal agité en février une réunion publique est programmée le 14 mars pour évoquer l’avenir du 57 Métal, le bâtiment emblématique conçu par Claude Vasconi dans le cadre du projet Renault 2000.

« Forfaiture » ou « Issue heureuse » ? C’est en ces termes que le débat a vivement agité l’assemblée municipale le 11 février dernier, au sujet du 57 Métal.
En l’absence du maire, Pierre-Christophe Baguet, c’est le premier adjoint, Gauthier Mougin, qui présidait le conseil. Une tâche d’autant plus délicate qu’un sujet emblématique était inscrit à l’ordre du jour : un projet de mise en compatibilité du PLU avec une déclaration de projet déposée sur le site du 57 Métal, ce bâtiment conçu en 1984 par Claude Vasconi comme fer de lance d’une rénovation complète des usines Renault qui, elle, n’a pas vu le jour, Renault 2000.

Le 57 Métal, l’histoire d’un malentendu

Tout de briques et de verre, le bâtiment, qui hébergeait Square Com’, le centre de communication du constructeur automobile, affiche sa modernité autant que le passé industriel dont il émane, et que symbolise la toiture à redans. Il occupe actuellement 17 000m² construits, dans une zone où le Plan local d’urbanisme (PLU) stipule que l’on ne peut élever de bâtiment de plus d’un étage.

57 Métal

Le « 57 Métal » et son architecture à la croisée de la tradition industrielle et de la modernité – CR Laure Vasconi

C’est là que le bât blesse : Renault a vendu il y a quelques années ce bâtiment à un fonds d’investissement chinois, Europa Wanda, pour une somme astronomique – 75 millions d’euros. Ce n’est pas l’amour de l’architecture qui motivait l’acquéreur, mais la perspective d’ériger sur cette parcelle stratégique, à deux pas du Pont de Sèvres et de la future gare du Grand Paris Express, un ensemble de 70 000m². Pour Gauthier Mougin, Renault apparaît comme « un vendeur dolosif, » puisqu’il a laissé croire qu’une telle constructibilité était possible. Mais plus étonnamment, l’acquéreur ne s’est pas renseigné avant de passer à l’acte, ce dont personne, aujourd’hui, n’est encore revenu. A Pierre Laurencin qui soulignait de nouveau l’étrangeté, Gauthier Mougin, agacé, a répondu : « Demandez-lui ! J’en sais rien, moi ! »

La Girafe défie la tour Horizon, à quelques mètres du 57 Métal

La Girafe défie la tour Horizon, à quelques mètres du 57 Métal

Le maire, soutenu par l’ensemble du conseil municipal, était bien décidé à ne pas permettre ce projet, et il a fait jouer tous les ressorts : premièrement, le PLU, mais aussi, par deux fois, le refus de signer le permis de démolir du bâtiment. Face à ce blocage, Europa Wanda a également utilisé toutes ses armes de droit et de communication : après avoir assigné la Ville devant le tribunal administratif, le fonds a inquiété au maximum en alertant sur la pollution du site, à quelques dizaines de mètres de la crèche de la Girafe.
La bataille s’est menée à un autre niveau, le monde de l’architecture se mobilisant pour obtenir le classement du bâtiment. Celui-ci avait été classé de manière provisoire ( !) par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, une décision non-renouvelée par Aurélie Filipetti.
Fleur Pellerin, son tour venu, a choisi la voie de la médiation : en 2014, alors que la pression s’intensifiait et que la justice donnait raison à Europa Wanda sur le permis de démolir, la nouvelle ministre a nommé un médiateur en la personne de Jean-Pierre Duport, préfet honoraire.

On peut en venir à présent aux débats du 11 février.

BNP Paribas Real Estate entre en jeu

Pierre Gaborit

Pierre Gaborit

La médiation intervenait entre trois parties : Renault, Europa Wanda et la ville de Boulogne-Billancourt. Mais un nouvel acteur s’est invité à la table des négociations, évoqué par Pierre Gaborit en conseil façon Giscard parlant de Clermont-Ferrand à Mitterrand, « un promoteur que la Ville connaît bien« , BNP Paribas Real Estate.
Comment est-il arrivé dans l’affaire, comment l’accord a-t-il été trouvé, personne au conseil ce soir-là n’a répondu à ces questions. Toujours est-il qu’un accord a été trouvé, même s’il n’est pas encore signé : BNP reprendrait le site et, moyennant le déblocage de la constructibilité sur une partie de la parcelle, préserverait « la partie la plus intéressante du bâtiment » (Gauthier Mougin dixit), c’est-à-dire sa silhouette. Le reste serait démoli, permettant l’édification de 39 000m², sur une hauteur équivalente à l’immeuble de Norman Foster, de l’autre côté du Pont Renault.
La veuve de Claude Vasconi a fait savoir qu’elle n’irait pas contre ce projet.

Le ton monte et l’opposition de droite quitte le conseil

Gauthier Mougin

Gauthier Mougin

C’est pour rendre ce projet possible que Pierre-Christophe Baguet a délivré par arrêté municipal la mise en compatibilité du PLU le 30 décembre. Et c’est cette action qui a fait hurler Pierre Gaborit à la forfaiture, à l’illégalité flagrante et la procédure inopportune : « Ce n’est pas une attribution du maire, mais une compétence stricte du conseil municipal. Pourquoi ne pas l’avoir inscrit à l’ordre du jour du conseil municipal de décembre ? De plus, on ne sait rien de cette opération ! » Gauthier Mougin a expliqué que cette décision était due au calendrier judiciaire : le tribunal administratif, saisi au fond, a rendu son jugement le 22 décembre, obligeant la Ville à accorder le permis de démolir. « Plutôt que de convoquer un conseil municipal le 24 décembre, le maire a pris un arrêté. » Il fallait plus que la reconnaissance par l’adjoint à l’Urbanisme que la procédure était « peu habituelle à Boulogne » et l’accent sur la révision du PLU pour calmer Monsieur Gaborit. S’en est suivi un échange entre ce dernier et Gauthier Mougin dont on a noté à la volée quelques répliques :

PG – Je retire le mot « forfaiture » si ça vous déplaît, mais c’est juste un terme juridique. Cependant je persiste, cette procédure est illégale. Pourquoi ne pas avoir au moins envoyé l’arrêté par politesse aux élus ? Et pourquoi ne pas nous montrer le projet ?
GM – Parce qu’il ne nous appartient pas.
PG – J’en ai vu, des projets d’architecte !
GM – Écoutez, si des gens attaquent l’arrêté, c’est le 57 Métal qui est en jeu !
PG – Quels gens ? ? Ça suffit les procès d’intention !
GM – Le permis de démolir est valide, que souhaitez-vous, avec vos tirades, Monsieur Gaborit ?

pierre laurencin

pierre laurencin

Pour conclure, Gauthier Mougin a souligné que personne, il y a 25 ans, ne se serait mobilisé pour le 57 Métal. Mais n’est-ce pas le destin du patrimoine que de se révéler avec le temps ?

Pierre Laurencin a alors demandé la parole. Il a d’abord marqué son étonnement de voir ce point à l’ordre du jour : « Sans information, on était en droit de penser que ce qui avait été lancé en juin était en cours. Nous n’avons reçu aucun document, pas même en commission. »
Surtout, il s’est inquiété du projet autorisé par la mise en compatibilité du PLU. Manifestement saisi par les habitants du quartier, et notamment de l’immeuble Trident, il redoutait que le 57 Métal ne soit dénaturé par « un cube médian de 36 mètres de haut » dont il s’était procuré une simulation.

Cette hypothèse a eu le don de mettre Gauthier Mougin hors de lui : « C’est pas sérieux ! C’est une issue heureuse ! » Et comme il refusait la parole à Caroline Pajot, l’opposition de droite a quitté le conseil après avoir, tout comme l’opposition de gauche, voté contre la délibération.

57 Métal

Le 57 Métal et Claude Vasconi sont à l’honneur sur ce timbre de 1987

Réunion publique le 14 mars

Une réunion publique d’information est prévue sur l’aménagement des terrains Renault, et notamment sur le 57 Métal, lundi 14 mars à 19h30 à l’Hôtel de Ville.