Lors du conseil municipal du 3 juillet, le maire a soumis un vœu à l’assemblée, au sujet du R4, cet établissement d’un nouveau genre projeté par Natural Le Coultre sur l’Ile Seguin. Le débat a été particulièrement violent.

Depuis le mois de janvier, un recours contre le permis de construire du R4 est examiné par le tribunal administratif. Il est le fait des associations AEBB et Boulogne Environnement, qui font valoir que le projet, avalisé en vertu d’un PLU lui-même contesté en justice, est entaché d’irrégularité. Dans le détail, une partie du bâtiment serait trop élevée, et une autre s’étendrait sur une zone non constructible.
Alors que le tribunal pourrait rendre ses conclusions sur le PLU avant la fin de l’année, la pression s’est accrue sur le R4. Pierre-Christophe Baguet semble avoir abandonné le terrain juridique pour se lancer dans une bataille d’opinion. Après avoir consacré une double page au sujet dans le BBI été, qui a déclenché les protestations de personnalités mises en cause, tels Pierre Gaborit ou Jean-Pierre Fourcade, le maire a saisi le conseil municipal pour lui faire adopter un vœu. « Le vrai intérêt de ce vœu est de rassurer des investisseurs sur le point de partir » a déclaré le maire au cours du débat. Des propos qui rappellent les prémices de la votation de 2012, elle aussi destinée à « rassurer les investisseurs. »

Algarade en conseil

Le vœu, présenté par Gauthier Mougin, adjoint à l’Urbanisme, comportait deux articles, après un long préambule :

  • la sauvegarde du R4, « formidable projet d’art contemporain« 
  • le désistement des associations auprès du tribunal, « en dehors de toute considération. »

Monsieur Mougin a rappelé que le R4 représentait un investissement privé de 160 millions d’euros, sans faire apparaître le montant des droits à construire pour la Ville. Il a insisté sur la participation à la votation et sur les suffrages apportés à l’équipe en place aux dernières élections comme l’expression d’un « choix massif » en faveur du projet.

jean-michel cohen

jean-michel cohen

Jean-Michel Cohen (DVD) a jugé que le procédé était « inhabituel » et risquait, loin d’apaiser les esprits, de « mettre de l’huile sur le feu. » Il a plaidé pour la convocation d’une réunion de concertation « abstraction faite des débats politiciens, » voire pour la nomination d’un médiateur : « Il y a des visions différentes et toutes sont respectables ; il faut trouver une solution médiane » a-t-il conclu.
A sa suite, Pierre Gaborit (PS) a estimé que « ce vœu [était] une mauvaise idée » étant donné que la position figurant au premier article était connue et que l’objectif poursuivi dans l’article 2 relevait de la négociation. « C’est ça la sagesse » a-t-il ajouté.

Pierre Gaborit

Pierre Gaborit

Auparavant, il avait tenu à rectifier devant le conseil des éléments publiés dans le BBI et également massivement diffusés par mail. Il a rappelé que la liste PS avait intégré le R4 à son programme et qu’il avait même fait paraître un tract à ce sujet dès le mois de décembre 2013. Dans ce document, il appelait le maire à retirer son appel contre le jugement rendu au mois de juillet précédent, à abroger sa révision d’urbanisme du 4 juillet 2013 – « manifestement illégale, » – il demandait au promoteur du R4 de payer le terrain à sa valeur marchande, et aux associations de ne pas déposer de recours contentieux, si les points précédents étaient menés à bien. 6 mois plus tard, il a dressé le bilan : seul le pourvoi en appel a été retiré, rien d’autre n’a bougé.

Le BBI été mettait déjà en avant ces points

Le BBI été mettait déjà en avant ces points

Ces prises de parole ont déclenché la colère du maire, qui a dénoncé « un amalgame dont tout le monde profite » avant de s’en prendre à ses opposants. « Beaucoup d’entre vous tiennent un double discours, les associations n’ont pas tenu leur parole » a-t-il lancé, soulignant que Pierre Gaborit était l’avocat des associations pour le PLU, ce qui « est lié au R4, » répétant presque mot pour mot le contenu du BBI en accusant Agnès Bauche, actuelle présidente d’AEBB, d’avoir soutenu Pierre Gaborit aux municipales, et Judith Shan d’être membre du bureau. Il a ajouté que le fils de Monsieur Gaborit était également membre d’AEBB. Alors que Pierre Gaborit s’indignait de ces attaques personnelles, tout en lui répondant « C’est la vérité qui vous blesse, probablement ! » Pierre-Christophe Baguet s’est tourné vers l’autre groupe d’opposition : « Comment peut-on dire publiquement qu’on est pour le projet R4 alors que ses anciens colistiers font un chantage aux finances de la ville ! » s’est-il emporté, voyant une manoeuvre dans le renouvellement du bureau de Boulogne Environnement, le 19 juin dernier.
Il a agité la menace d’un deficit de 145 millions d’euros pour la SAEM, tout en refusant de revenir au PLU de 2004 : « On est tenu par les accords de 2004 et de 2006 » a-t-il poursuivi, avant d’appeler à un débat sur la place publique. « Dissocions les choses, votons le R4 » a-t-il encore lancé, alors qu’une claque partait des premiers rangs de l’assistance. Puis, s’emportant de nouveau : « On veut couler la ville ? On veut couler l’Ile Seguin ? Si c’est pour m’attaquer moi, c’est pas très malin ! Si le R4 part, ce sera une catastrophe pour la ville et une catastrophe pour la France ! »
Puis il a réaffirmé que l’on ne pouvait équilibrer l’Ile Seguin à moins de 255 000m² construits.

L’opposition a attendu la fin de cette sortie pour quitter l’enceinte du conseil. Le vœu a été adopté par l’ensemble de la majorité municipale.

Les réactions des associations

Suite à ce conseil, l’e-bb a interrogé les associations mises en cause par le maire, Boulogne Environnement et AEBB.

Jean-Christophe Haemmerlé

Jean-Christophe Haemmerlé

« L’association Boulogne Environnement a été créée en 1977. Ce n’est donc pas une association de circonstance. Pierre-Christophe Baguet a d’ailleurs été un membre actif de Boulogne Environnement avant son élection. Il sait donc parfaitement que l’association ne poursuit pas d’objectifs d’ordre politique » réagit Jean-Christophe Haemmerlé, le nouveau président de Boulogne Environnement, qui fut effectivement candidat aux dernières municipales sur la liste de Pierre-Mathieu Duhamel.
Il poursuit : « Boulogne Environnement se place exclusivement sur le terrain de l’intérêt des boulonnais, par exemple la sécurité des piétons, la propreté des trottoirs et des espaces publics, la lutte contre le bruit et les pollutions, la protection et le développement des espaces verts, la réalisation d’un urbanisme de qualité, ou encore l’amélioration des déplacements. Sur ces sujets, comme sur d’autres sujets de préoccupation des boulonnais, Boulogne Environnement a des propositions. Il appartient au maire de décider de nous écouter. »
Concernant le R4, Monsieur Haemmerlé affirme avoir demandé un rendez-vous au maire dès le lendemain de son élection à la tête de l’association. Une sollicitation demeurée sans réponse. L’épisode du conseil municipal ne semble pas bouleverser la démarche de l’association : « Je vais lui réitérer ma proposition de réunion. L’aménagement de l’ile Seguin et le projet R4 sont évidemment des sujets que nous devrons aborder en priorité. Boulogne Environnement est animée par une réelle volonté de concertation. Mais la concertation ne peut se mener seul. Je souhaite donc que Pierre-Christophe Baguet réponde à notre appel au plus vite. »

Des propos qui rejoignent en partie ceux d’Agnès Bauche, présidente d’AEBB et ancienne conseillère municipale. « Monsieur Baguet se dit soucieux d’éviter les amalgames et ce serait bienvenu ! Je milite au sein d’associations d’environnement depuis 20 ans. »

agnès bauche

agnès bauche

Pour Madame Bauche, le recours contre le permis de construire du R4 est le corollaire de celui déposé par les associations contre la mise en conformité du PLU en 2013. Un contentieux qui aurait, d’après elle, pu être évité. « Lors du vote du PLU, en 2011, j’avais demandé à Pierre-Christophe Baguet s’il pensait pouvoir avoir raison contre les faits. L’histoire récente montre qu’il le pense, mais il a tort ! Depuis 2008, sa gestion erratique de l’aménagement de l’Ile Seguin a fait perdre un temps précieux à la ville et à la SAEM, ce qui vient d’être sanctionné par la prorogation de cette dernière pour 4 ans : il a d’un trait de plume annulé les permis de construire délivrés par son prédécesseur en faisant valoir que son élection valait ‘presque referendum’, pour doubler la surface constructible six mois plus tard, au motif qu’il avait ‘changé d’avis’ !
C’est l’action des associations qui l’a fait revenir en arrière, mais sans aucune méthode ; la mise en compatibilité par rapport à un PLU attaqué en justice était hasardeuse et il le savait. Il est à l’origine de l’actuel blocage
 » rappelle-t-elle.
« Nous ne sommes pas crispés sur l’accord de 2004, mais nous sommes fortement attachés au droit, qui est le seul recours des habitants contre cette prestidigitation permanente qu’est devenu l’aménagement de l’île Seguin. Si, au lieu de vouloir prendre la justice de vitesse l’été dernier, le maire avait réalisé une mise en compatibilité du PLU de 2004 avec son projet actuel, sous réserve qu’il lève tous les griefs que nous avions contre son PLU de 2011, nous n’aurions pas déposé de recours contre le R4. C’est aujourd’hui Pierre-Christophe Baguet qui doit faire face à ses responsabilités, on aimerait moins d’imprécations et plus de concertation » poursuit-elle. « Les délais de recours sont faits pour favoriser le dialogue ; car c’est justement avec les gens qui ne sont pas d’accord qu’il y a lieu de parler pour trouver des compromis. Mais le maire désire négocier seulement avec les gens qui sont de son avis » ajoute-t-elle.
« En 2005, Jean-Louis Subileau, qui dirigeait la SAEM, avait institué des réunions de travail bimensuelles avec 15 associations. Un travail formidable a été accompli, qui s’est traduit par exemple par l’obtention du label écoquartier. C’était un temps où les associations n’étaient pas considérées comme des ennemies, bien qu’elles aient également déposé des recours en 2004, mais comme des acteurs politiques légitimes. Arrivé aux affaires en 2008, Pierre-Christophe Baguet y a mis un terme. »
Elle conclut en saluant les démarches entreprises par la directrice du R4, Nelly Wenger. « Madame Wenger est une femme de dialogue qui souhaite ardemment que son projet aboutisse. Nous avons beaucoup échangé, à son initiative, et elle reconnaît nos raisons, comme nous reconnaissons les siennes. Mais elle ne s’engage que sur ce qu’elle peut tenir. Il me semble qu’elle aurait préféré une concertation dès l’origine. Il est anormal que le maire ne l’ait pas permis. »

Après la parution du BBI, d’autres personnalités ont réagi. Retrouvez en lien :

 

Pendant que le bras de fer se poursuit, que la cité musicale se construit et que les procédures administratives suivent leur cours, on est frappé par le silence assourdissant des autres porteurs de projets annoncés sur l’Ile Seguin.

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