La SAEM (Société Anonyme d’Economie Mixte) de la ZAC (Zone d’Aménagement Concertée) Rives de Seine vient d’organiser 3 visites commentées du quartier en cours d’aménagement. Le 13 mai je me suis évidemment empressé de m’inscrire pour permettre à e-bb.fr d’explorer les 4 coins du trapèze !

Avant de se mettre en marche, nous avons eu droit à une introduction de Marie-Laure Godin, maire adjointe chargée notamment du quartier n°3 dans lequel se situe la ZAC. Elle nous a ensuite quittés en passant le relais à 2 personnes de la SAEM, Alexandre Borsari et Sihem Meghalsi, mais non sans qu’on lui pose de nombreuses questions :

– Quand sera ouvert le pavillon d’information sur l’ile Séguin et pourquoi est-il si en retard (le panneau devant l’ancien pavillon annonçait en effet une ouverture en novembre 2011) ?

« Le pavillon ouvrira en juillet 2012. Le retard est dû à l’architecture audacieuse retenue, à base de containers ( !) réaménagés en logements. Ce pavillon permettra d’informer le public sur les aménagements prévus d’ici 2020. Mais ce n’est pas tout : un important travail de mémoire a été fait avec Renault pour informer sur le passé du quartier, son passé industriel bien sûr mais pas seulement. Une visite passionnante en perspective ! »

Le nouveau pavillon d'information de la SAEM sur l'Ile Seguin - CR MANH Architectures NANCEY

En attendant, Mme Godin rappelle que la permanence de la mairie, 5 place Bir Hakeim, peut répondre aux questions et est ouverte toute la semaine (sauf lundi matin).

 

– Le tramway en site propre qui doit relier la place Marcel Sembat à la station Brimborion du T2 en traversant le quartier verra-t-il bien le jour ?

« La décision de réaliser ce tramway n’est pas du ressort de la mairie mais du STIF (Syndicat Transport Ile de France). D’âpres négociations ont lieu. Il est tout de même acquis que la voirie sera adaptée pour permettre la pose des rails sans rien casser et que, à défaut de tramway, il y aura des bus (pas forcément électriques) qui desserviront le quartier. »

– Le quartier est agréable mais manque cruellement de petits commerces. Il y a pourtant beaucoup d’emplacements libres, parfois depuis plus d’un an, mais le plus petit fait 150 m2 et le loyer est exorbitant. Il faudrait les fractionner. Pourquoi a-t-on délivré des permis de construire prévoyant seulement des grandes surfaces ?

« La mairie est consciente du problème et une commission « commerces » a été créée. Cette commission fait pression pour que les loyers baissent, pour que les surfaces soient fractionnées et pour qu’il y ait de la diversité mais elle ne peut contraindre les propriétaires. Toutefois, les nouveaux permis de construire prévoient des commerces plus petits (les permis de construire des immeubles déjà sortis de terre ont été accordées par la municipalité précédente). On doit au pouvoir d’influence de cette commission le fait qu’il n’y ait pas de Mac Do et pas que des banques ! La mairie est aussi consciente du fait que le marché de Billancourt devient trop petit avec 15 000 habitants supplémentaires et planche sur la question … »

A travers les macro-lots

La visite a alors commencé par l’allée piétonne Robert Doisneau qui est bordée de chaque côté par un fossé végétal en forme de cuvette. M. Borsari, directeur adjoint de l’aménagement, nous a expliqué non sans fierté qu’il ne s’agissait pas de n’importe quels fossés, mais de noues ( ?) qui ont l’avantage de ne pas nécessiter d’être arrosées. Il est juste prévu de les tondre 3 à 4 fois par an. Chaque bâtiment est conçu en effet pour recueillir l’eau de pluie et l’acheminer par une grille vers sa noue. En cas de fortes pluies, s’il y a une mare dans le fond de la noue, façon rizière, il ne faut pas s’inquiéter car c’est normal. Et ce niveau est contrôlé par une 2ème grille qui déverse le trop plein dans des canalisations reliées à la pièce d’eau du parc.

La SAEM est actuellement responsable des noues mais passera bientôt le relais à la communauté d’agglomération GPSO (Grand Paris Seine Ouest).

Les noues commencent affleurantes à la dalle piétonnière et s’enfoncent progressivement de 40 cm. L’un d’entre nous s’est inquiété du risque de chute, surtout lorsque la végétation masquera le fond. Il se trouvera probablement des imprudents pour vérifier à leur corps défendant si le fond de la noue est humide mais ils ne devraient pas se faire plus mal qu’en tombant sur la dalle piétonne, et il n’est donc pas prévu de barrières.

A travers les macro-lots

Nous sommes alors rentrés dans une cour privée en ouvrant la porte non verrouillée d’une imposante grille. Le quartier est divisé en macro-lots comportant chacun des logements (dont 30 % de logements sociaux en moyenne), des équipements publics et des bureaux. Nous étions alors dans la cour privée du macro-lot A2 qui comporte une crèche, des logements sociaux, des logements libres et des bureaux. Dans le lot A3 voisin ouvrira bientôt une médiathèque. La SAEM recommande aux AFUL (Associations Foncières Urbaines Libres), qui gèrent les parties communes des macro lots, de n’activer les digicodes que la nuit entre 21h00 et 7h00 afin que les riverains puissent cheminer plus vite dans le quartier.

Puis direction le cours de l’île Séguin, qui est particulièrement arboré et aéré et qui va en s’élargissant à mesure qu’on s’approche de la Seine, tant et si bien qu’il rivalise avec les Champs Élysées, nous dit-on, soit 70 m entre les bâtiments ! L’un d’entre nous, pinailleur, a relevé à peine 60 m sur son smartphone avec Google mais personne ne s’en est ému …

Il s’est trouvé du monde par contre pour s’émouvoir de la difficulté à sortir du quartier par cette rue en direction du marché de Billancourt et de la place Marcel Sembat. Les 2 rues qui y mènent (avenue Émile Zola et rue du vieux pont de Sèvres) sont en effet à sens unique (vers la ZAC). Même à vélo ce n’est pas simple car la piste cyclable s’arrête tout net. Il nous a été répondu que la mise à double sens de circulation de la rue du vieux pont de Sèvres était à l’étude ainsi qu’un prolongement de la piste cyclable le long de l’école Casteja. Mais la décision de construire en face un collège (macro-lot V3) n’a pas encore été prise (il ne serait pas justifié) et cela retarde l’aménagement définitif de ce macro lot et des trottoirs adjacents. La démolition du vieux parking Renault n’est ainsi pas encore planifiée…

Mais revenons au cours de l’île Seguin (puisqu’on a du mal à en sortir). Le quartier est si aéré car les macro-lots ont été volontairement rendus aussi denses que Paris alors que le COS (coefficient d’occupation des sols) moyen de la ZAC est moitié moindre. Pas besoin de sortir d’une grande école pour comprendre que cela signifie que la moitié de la surface de la ZAC seulement sera consacrée aux macro-lots, le reste étant consacré aux espaces verts publics et aux voies de circulation.

La ménagerie de la tour Horizons

La tour Horizons, nouveau coffre à jouets géant ?

Nous nous sommes alors trouvés devant la tour Horizons de Jean Nouvel qui est en partie occupée par un laboratoire pharmaceutique. Le 1er tiers (ou 1er horizon) de cette tour semble taillé dans une colline de granit ! En fait, il nous a été expliqué qu’il s’agissait de béton sculpté : du béton a été projeté sur le bâtiment, puis, avant qu’il ne soit tout à fait sec, des artistes alpinistes équipés d’une simple faux l’ont sculpté pour lui donner son aspect naturel très réussi ! Le 2ème horizon de la tour me fait penser à un savant assemblage de Legos et le 3ème à un immense hall de verre.

A sa gauche se trouve un autre bâtiment remarquable : avec les Legos qui restaient de la tour Horizons, l’architecte (sur une idée de son petit dernier ?) a réalisé 3 gros blocs blancs et les a empilés en forme d’escalier d’une façon qui défie la gravité… L’extravagance du lieu a plu à une girafe, un ours et des coccinelles gigantesques qui y ont élu domicile. Toutes proportions gardées, on se croirait devant le contenu d’un coffre à jouets … Mais en fait, nous sommes devant une crèche, une crèche écologique car elle est conçue pour produire autant d’énergie (par panneaux solaires et géothermie) qu’elle en consomme. Les animaux ont été sculptés dans le béton par les mêmes artistes sculpteurs acrobates … C’est un enchantement pour petits et grands de contempler cet édifice, notamment depuis la toute nouvelle passerelle Constant Lemaître, et je tire mon chapeau à ceux qui l’ont imaginé, conçu, financé et réalisé… Personnellement, des bâtiments comme celui-ci, j’en redemande !

La cour superposée de l'école Robert Doisneau

La ZAC comporte 2 crèches (2 autres sont prévues) et un premier groupe scolaire Doisneau (maternelle et primaire), qui est la toute première école « bilangue » de France. Les enfants se frottent dès la moyenne section à une langue étrangère (celle des Beatles) à l’aide d’enseignants bilingues aidés d’assistants natifs. Un 2ème groupe scolaire est prévu et proposera lui des enseignements novateurs sur la biodiversité. A noter qu’il n’est pas prévu de maison de retraite dans le quartier. Un oubli étonnant qui mériterait d’être corrigé, avec un bâtiment aussi enchanteur que la crèche de la girafe car on a besoin de rêver d’un bout à l’autre de la vie.

La liaison vers le Pont de Sèvres

De l’autre côté de la tour Horizons se trouve une large allée bordée de commerces ouverts (d’un côté) et à venir (de l’autre) et qui mène au passage du vieux pont de Seine, c’est-à-dire un affreux et étroit tunnel routier et piétonnier qu’empruntent quotidiennement de nombreuses personnes pour accéder aux commerces du quartier du pont de Sèvres ou au métro. Nous avons alors appris qu’il y avait un grand projet pour ce tunnel qui consiste à en faire une allée commerçante dans la continuité de celle sur laquelle nous nous trouvons. C’est rendu possible notamment par le déménagement de la crèche à laquelle on accédait par ce passage. Les riverains doivent trépigner d’impatience que ce projet voie le jour, tant il transfigure les lieux !

Ce projet fait partie de la rénovation des résidences du Pont-de-Sèvres dans le cadre de l’ANRU entreprise il y a quelques années et dont on commence à voir les premiers fruits. Toutes les infos sont accessibles sur le site de la mairie.

Vers le Pont de Sèvres, avant/après - CR SAEM Val de Seine aménagement

Rives de Seine, un éco-quartier

La visite a continué par le parc de Billancourt dont la surface sera à terme de 7 ha (actuellement 2,6). Le parc offre des grands espaces dégagés pour profiter du soleil et des arbres pour offrir aussi par endroit de l’ombre. Il offre aussi une agréable pièce d’eau qui a également une fonction utilitaire car les eaux venant des noues de l’allée Doisneau s’y déversent. Cette pièce d’eau est le centre de toutes les attentions car le niveau d’eau est trop bas, par conséquent l’eau est trop chaude et des algues prolifèrent…

Par ailleurs, l’ensemble du parc a également vocation à être entièrement sous les eaux en cas de fortes crues… Afin d’éviter ce sort aux immeubles.

Cette visite se termine. Mais nous apprenons encore que la ZAC avait reçu le Grand Prix National Ecoquartier pour réseau de chaud et froid qui fera à terme appel à la géothermie. A terme, 65 à 75 % de l’énergie consommée par le quartier sera produite de façon renouvelable dans le quartier ce qui est une première à cette échelle.

Voilà qui conclut cette agréable visite d’un quartier qui accueillera un jour environ 15000 habitants et à peu près autant de salariés.

Pour davantage d’informations : info@saem-valdeseine.fr et le site de la SAEM : http://www.ileseguin-rivesdeseine.fr/

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Eric Trochon

Eric Trochon

Boulogne à pied, à vélo, en trottinette et en bateau depuis 2011