Baroufs à Chiogga, succès au TOP
Pô, pô, pô, pô ! Les bras, les yeux, les mots, tout s’agite à Chioggia, petit village de pêcheurs de la province de Venise. Au port, rien d’autre à faire pour les femmes qu’attendre leurs époux, leurs frères ou leurs promis. Ou plutôt si, se toiser, se narguer et se mesurer verbalement dans les cris et les excès  pour semer  la zizanie dans tous ces esprits qui s’ennuient, en attente de retrouvailles et d’épousailles.  « Ne te le dis, la Lucetta, qu’elle a mangé la courge grillée du Tòffolo l’al’colo ! ! » Quand Tita Nane, le bel amoureux, va l’apprendre, au retour de la pêche, quel  barouf va naître à Chioggia


Cette pièce, écrite par Carlo Goldoni à la fin du XVIIIe, repose sur une ambiance de querelles, de commérages et de jalousies intestines que se lancent au visage, dans l’ennui de l’attente amoureuse, deux familles effervescentes…  Revue par Jean-Paul  Manganaro (le traducteur) et Frédéric Maragnani (le metteur en scène) la langue de Goldoni retrouve aujourd’hui une nouvelle saveur sur la scène d’Olivier Meyer, au Théâtre de l’ouest parisien : Les « Capulet et les Montaigu » – sans la tragédie – revisités par la banlieue criarde et habillés par les Deschiens, qui auraient aussi zappé leur séance d’orthophonie. Tout un programme. Et, un sacré pari lancé et réussi par un homme assez fou pour entraîner douze comédiens, tous aussi fous et talentueux, à malmener la langue de Molière et à la faire retentir avec exubérance et amour.
C’est vrai, il faut s’habituer au verbiage excentrique, se laisser porter par la musicalité du langage heurté, dyslexique et baroque, avant de plonger tête baissée dans cet univers hors des mots ou seul l’emporte le sentiment tragicomique de la vie. Passé  ce premier étonnement, l’argot de Goldoni trouve toute sa résonnance. Il occupe l’espace et devient un décor, un personnage supplémentaire avec sa propre identité. Tous, du metteur en scène aux acteurs, ont réussi ce tour de force, s’effacer derrière la puissance paroxystique des éclats de voix pour magnifier ce sentiment si simple qu’est l’amour. Du classique d’une modernité tonitruante et revigorante.
Barouf à Chioggia de Carlo Goldoni. Mise en scène : Frédéric Maragnani. Traduction : Jean-Paul Manganero. Avec : Leslie Bouchet, Bartholomew  Boutellis, Luc Cerutti,  Jean-Paul Dias, Karl Eberhard, Christine Gagnieux, Marion Lécrivain, Tom Linton, Roberto Magalhaes, Amélie Jalliet, Crystal Shepherd-Cross et Philippe Vieux.
• TOP : 1, place Bernard-Palissy à Boulogne-Billancourt. Jusqu’au 16 octobre. Du mardi au samedi à 20 H 30, le dimanche à 16 h. Réservations : 01 46 03 60 44 www.top-bb.fr

 

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