La scène du Top a décidé de nous enchanter cette saison en revisitant les grands classiques du théâtre français. Un bonheur encore ces « 3 Folles journées ou La Trilogie de Beaumarchais » adaptées de deux comédies musicales (à l’époque on disait « vaudeville »), Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, et d’un drame moral, La Mère coupable.

En une même soirée – et un peu plus de trois heures de scène qui passent comme dans un souffle -, la troupe de comédiens de la Compagnie Eulalie, guillerette et vivace, nous entraîne avec fraîcheur à Séville, pour y revivre l’épopée de la famille Almaviva. Soit, 20 ans de baisers volés et de rebondissements, d’amours et de jeunesse en fuite, de trahisons et de politique…

Transformé en troubadour des années 70, l’éternel persifleur Figaro, cheveux décolorés et pantalon « pat d’eph », moque avec finesse les comédies musicales actuelles vides de textes. Insatiable séducteur, le fringant comte Almaviva, joue les Chevalier blanc en chemise à jabot pour les beaux yeux de Rosine. La belle orpheline évanescente, convoitée et enfermée par le docteur Bartholo, son tuteur vieillissant et jaloux, siffle ici comme un routier pour appeler l’amour.
C’est mieux que drôle, c’est sincère et jamais ennuyeux. Les comédiens sont autant servis par le texte que par la mise en scène espiègle de Sophie Lecarpentier. Un jeu de lumières insoupçonnable, qui grandit et rétrécit les comédiens, annonce en ombre projetée les rapprochements et les éloignements des protagonistes. Comme un prolongement des dialogues et des sentiments intérieurs, le vieillard se fait enfant fragile face à la femme ogresse prête à le dévorer, l’ennemi devient ami…
Jamais perruques n’ont été mieux utilisées pour changer l’âge des interprètes. Tour à tour barbon branlant, adolescent sautillant, servante revêche ou adolescente délurée. Tout ici se fait l’écho des mots et du jeu d’image qu’hommes et femmes utilisent depuis la nuit des temps pour tromper l’autre ou pour mieux se convaincre.

« Sait-on gré du superflu, à qui nous prive du nécessaire ? » dit ainsi Beaumarchais pour parler de l’amour. Courez vite au théâtre, la vie est sur scène dans une transe exquise.

Trois folles journées Photo TOP Marthe Lemelle

 

• « 3 Folles journées ou La Trilogie de Beaumarchais », d’après Augustin Caron de Beaumarchais.
Adaptation : Frédéric Cherboeuf et Sophie Lecarpentier.
Mise en scène : Sophie Lecarpentier.
Musique originale : Bertrand Belin.
Avec : Valérie Blanchon, Stéphane Brel, Frédéric Cherboeuf en alternance avec David Migeot, Florent Guyot, Guillaume Marquet, Solveig Maupu, Alix Poisson et Julien Saada.
Lumières : Orazio Trotta.

The following two tabs change content below.