Du samedi 16 février au dimanche 14 avril 2019, l’exposition intitulée «  Boulogne a 700 ans  » a lieu au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville. Pourquoi Boulogne fête-t-elle ses 700 ans aujourd’hui  ? À la soirée de l’avant-première de l’exposition, le vendredi 15 février, Franck Ferrand, auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation de l’histoire de France, connu notamment comme animateur d’émissions radiophoniques sur l’histoire, vient expliquer l’origine de Boulogne au public si nombreux ce soir dans les salons d’honneur de l’Hôtel de Ville.

Pédagogique et ludique – deux axes de l’exposition  : Boulogne a 700 ans

Monsieur Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne-Billancourt, a d’abord tenu le discours d’ouverture de la soirée en présentant l’exposition et en soulignant la «  valeur de l’unité  » de notre ville qu’il voulait mettre en avant, car «  quelles que soient l’origine ou la religion, on est tous descendants de boulonnais  » qui étaient à l’origine des paroissiens d’un hameau «  Menus  », rebaptisé «  Boulogne-sur-Seyne  » il y a 700 ans.

Pierre-Christophe Baguet donnant le discours d’ouverture de la soirée, entouré de ses adjoints.

Pierre-Christophe Baguet donnant le discours d’ouverture de la soirée, entouré de ses adjoints.

L’exposition éclaire en effet l’histoire de cette paroisse et de son église, Notre-Dame de Boulogne, fondées pendant la première moitié du 14e siècle, avec leurs splendeurs et misères. Pour «  découvrir la racine de la cité  », les Boulonnais d’aujourd’hui sont invités à visiter cette exposition préparée selon deux objectifs d’après Monsieur Baguet  : être «  pédagogique et ludique  ». La famille qui est au centre de la politique de notre ville, et « l’art de vivre boulonnais  » que Monsieur le Maire souhaite valoriser seront reconnus dans la conception de cette exposition qui met à la disposition du public diverses activités récréatives et interactives, réalisées grâce au partenariat avec Studio Différemment et Realcast. Le rez-de-chaussée de notre mairie se transforme ainsi en «  time machine  », ouverte gratuitement 7 jours / 7 à tout le monde  !

Les tablettes interactives sont mises gratuitement à disposition afin de mieux apprécier le panorama des paysages autour de Boulogne-Billancourt sous l’Ancien Régime.

Les tablettes interactives sont mises gratuitement à disposition afin de mieux apprécier le panorama des paysages autour de Boulogne-Billancourt sous l’Ancien Régime.

Guidés par un casque, les visiteurs peuvent suivre l’évolution de la rénovation de l’église pendant 12 minutes dans l’espace de réalité augmentée.

Guidés par un casque, les visiteurs peuvent suivre l’évolution de la rénovation de l’église pendant 12 minutes dans l’espace de réalité augmentée conçu par la start-up Realcast

 

Boulogne à l’époque médiévale, « Menus-les-Saint-Cloud »

 

Revenons à la soirée de l’avant-première. Monsieur Ferrand prend la parole à la suite de Monsieur le Maire, et raconte certains moments-clés de l’histoire de la commune de Boulogne en mêlant des anecdotes et des digressions aux dosages ingénieux. Il commence par surprendre le public en remarquant que le fleuve qui s’écoule en contournant notre ville pour entrer dans la capitale n’est pas la Seine, mais l’Yonne. En effet selon la définition géographique, le débit de ce dernier est supérieur au niveau de leur confluence et par conséquent «  Boulogne-sur-Seine  » devrait être appelée «  Boulogne-sur-Yonne  ».

M. Ferrand discute avec une auditrice à la sortie de la conférence.

Franck Ferrand échange avec une auditrice à la sortie de la conférence.

Après cette découverte amusante, il a amené le public dans la forêt très riche en chênes rouvres qui lui a donné le nom de «  Rouvray  ». Au moyen âge, le terrain où nous nous trouvons actuellement était couvert de cette forêt de Rouvray qui s’est rétrécie progressivement comme peau de chagrin suivant les époques. Une prairie apparaît au bord du fleuve, nommé par sa forme «  Longchamp  ». Boulogne a alors été appelé «  Menus  », loin de l’image d’une grande ville actuelle.

Au 11e siècle, des abbayes, entourées de vignes, de prés, de fermes, s’installent partout en Europe sur les terrains offerts par les membres des familles royales. En 1134, Louis VI, beau-père de la fameuse Aliénor d’Aquitaine, préoccupé par sa santé, fonde l’abbaye royale de Montmartre, et lui fait le don des terrains agricoles alentour, y compris Menus, pour faire dire les messes. On sait que les vins de «  Menus  » ont été consommés à l’abbaye ce qui fait imaginer le paysage de Boulogne à l’époque. C’était un humble hameau dépendant de la paroisse d’Auteuil. Le terrain de Longchamp resta possession royale jusqu’à ce que Saint Louis le donne, en 1255, à sa sœur bien-aimée Isabelle de France, pour construire une abbaye et fonder l’ordre des clarisses. Plus tard, dans ce monastère près de Paris, Philippe V fait entrer dans l’ordre sa fille cadette, Blanche, à l’âge de 6 ans en 1319, et il y meurt 3 ans après.

Naissance de « Boulogne-sur-Seyne » – fondation d’une église en copie de la basilique de Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer et de sa paroisse

 

Lettre d’amortissement de Jehanne de Repentie, l’abbesse de Montmartre, considérée comme acte de naissance de « Boulogne-sur-Seyne ».

Lettre d’amortissement de Jehanne de Repentie, l’abbesse de Montmartre, considérée comme acte de naissance de « Boulogne-sur-Seyne ».

C’est le père de Philippe V, Philippe IV le Bel, qui a conçu l’idée de créer une église consacrée au culte de la Vierge, et qui a changé le sort du petit village de Menus. Il séjourna à Boulogne-sur-Mer en 1304 après avoir failli être tué dans la bataille décisive de la conquête de Flandre. L’un des lieux de pèlerinage les plus fameux au Moyen Age, la chapelle miraculeuse de Boulogne-sur-Mer attirait alors de nombreux croyants et l’on organisait une confrérie de pèlerinage même à Paris pour s’y rendre. Philippe IV pense donc présenter ses remerciements à Notre Dame pour lui avoir sauvé la vie et lui avoir donné la victoire contre les Flamands. En janvier 1308, il y repasse pour marier somptueusement sa fille Isabelle, 12 ans, au roi d’Angleterre Édouard II. Pendant son séjour, le roi va tous les jours prier à la basilique de Notre-Dame. Il y voue un culte tellement fervent de la Vierge qu’il commence à faire chercher un terrain propice dans la région parisienne pour y édifier une église dédiée à Notre-Dame et ainsi éviter les dangers de la route vers le pèlerinage.

Philippe V réalise enfin ce projet après la mort de son père, en décidant de bâtir l’église aux «  Menus-les-Saint-Cloud  », à côté de l’abbaye royale de Longchamp où il va souvent voir sa fille. Justement les habitants des Menus se plaignaient d’être trop éloignés de l’église paroissiale et du curé pour recevoir les sacrements sur leur lit de mort ou pour les baptêmes des nouveaux nés. Alors le roi fait concéder à l’abbaye de Montmartre un «  terrain de cinq arpents  » pour construire une nouvelle église paroissiale. Jehanne de Repenti, l’abbesse de l’époque, rédige alors une lettre datée de 1320 pour abandonner ses droits, et c’est dans cette lettre que le nom de «  Boulogne-sur-Seyne  » (en latin Bolonia suprae Sequanem) est inscrit pour la première fois. On peut découvrir ce précieux parchemin, l’acte de naissance de «  Boulogne  » dans l’exposition, écrit en latin, dont la transcription moderne est proposée au public en versions papier ou numérique.

Avec le soutien du roi, la nouvelle paroisse obtient l’indépendance, et en 1330, l’évêque de Paris, à la demande du pape Jean XXII, vient y célébrer sa première messe. Elle est appelée «  Boulogne la petite  » par rapport à Boulogne-sur-Mer. Doté de fonts baptismaux et d’un cimetière, le village se développe comme lieu de pèlerinage au cours du 14e siècle, tandis que l’église, copiant assez fidèlement la basilique de Notre-Dame à Boulogne-sur-Mer, n’a été achevée qu’en 1469, 150 ans après la pose de la première pierre par Philippe V. Monsieur Ferrand explique ce retard par la guerre de 100 ans, la peste, etc.

La carte du nord du Boulogne sous l’Ancien Régime incite aux visiteurs la comparaison avec la carte actuelle.

La carte du nord du Boulogne sous l’Ancien Régime incite aux visiteurs la comparaison avec la carte actuelle.

Voyageons dans le temps, et réfléchissons à l’avenir

Sous l’Ancien Régime, Boulogne devient une ville de grande industrie – la blanchisserie – et la résidence de riches bourgeois. L’église a été saccagée à la Révolution, mais l’édifice a été conservé. L’histoire des chantiers de la rénovation au 19e siècle est bien détaillée dans l’exposition avec une maquette manipulable et des panneaux chronologiques.

Avec une maquette manipulable en bois, le public peut imaginer l’église d’avant et d’après les travaux.

Avec une maquette manipulable en bois, le public peut imaginer l’église d’avant et d’après les travaux.

 

L’église restaurée, la commune de Billancourt rattachée, la ville de Boulogne-Billancourt continue à se développer au cours du 20e siècle avec les industries automobiles, le cinéma, etc. Monsieur Ferrand clôt sa conférence par les mots suivants  : «  Quand on sait que l’on a 700 ans, on n’a pas peur de l’avenir.  » Or quel avenir nous attend nous et nos enfants dans cette ville  ? Prenons notre temps pour y réfléchir en profitant de cette occasion pour faire une balade historique à l’Hôtel de Ville  ! !

L’Église de Notre-Dame a été rénovée au cours de la 2e moitié du 19e siècle, et l’exposition met en lumière les travaux importants successifs entrepris par les différents architectes.

L’Église de Notre-Dame a été rénovée au cours de la 2e moitié du 19e siècle, et l’exposition met en lumière les travaux importants successifs entrepris par les différents architectes.

« Boulogne a 700 ans » - Une exposition pédagogique et ludique ouverte à tous dans l’Hôtel de Ville du 16 février au 14 avril 2019.

« Boulogne a 700 ans » – Une exposition pédagogique et ludique ouverte à tous dans l’Hôtel de Ville du 16 février au 14 avril 2019.