Depuis le conseil municipal du 2 avril qui a confirmé la crise ouverte sur la question du Théâtre de l’Ouest Parisien, les initiatives individuelles et collectives se multiplient pour la sauvegarde du théâtre et la reconduction de son équipe. Des courriers adressés au maire aux pétitions, les artistes et les spectateurs se mobilisent. L’e-bb en a rencontré quelques-uns.

Les listes s’allongent, entremêlant les noms d’artistes, de personnalités boulonnaises, et de parfaits inconnus. Depuis quelques semaines, deux pétitions, l’une initiée par Pierre Gaborit et l’autre par des spectateurs du TOP, ont été mises en ligne, attirant à ce jour 1 200 signataires. Ils y expriment leur incompréhension, leur indignation, mais aussi leur reconnaissance envers l’équipe du théâtre.
« Je l’ai signée dès que je l’ai reçue » annonce Nathalie, spectatrice assidue. « Comment une ville comme Boulogne pourrait-elle se passer du théâtre ? » Une question sans réponse, pour nombre de Boulonnais.

Le Théâtre de l'Ouest Parisien était devenu une référence

Le Théâtre de l’Ouest Parisien était devenu une référence

« Nous avons été stupéfaits d’apprendre la nouvelle » témoigne Marie-Odile Jalabert. Cette enseignante à la retraite continue d’organiser pour le Parchamp des sorties régulières au théâtre. La programmation « extraordinaire, » la proximité avec le collège et l’accueil réservé aux élèves expliquent l’engouement de l’établissement, qui y réserve entre 600 et 700 places par an. « Il est important d’ouvrir les enfants au théâtre, mais c’est en général onéreux. Au TOP, les élèves paient leur place 10 euros, bien souvent avec le Pass 92. Cela permet d’assister à du vrai théâtre, dans des conditions excellentes. Que nous soyons 5 ou que nous soyons 30, tout est fait pour nous ; l’équipe nous accueille, le directeur est toujours là… » Une qualité d’accueil telle que l’enseignante a fait des émules parmi ses collègues du XVIème arrondissement tout proche, qui emmènent désormais leurs classes au TOP.
Madame Jalabert retrouve aujourd’hui nombre d’anciens élèves parmi les spectateurs de la salle, « et même parmi les ouvreurs ! » souligne-t-elle. Pour elle, la fermeture du TOP aura des conséquences évidentes sur l’offre culturelle des jeunes de Boulogne : « Il est très compliqué d’organiser des sorties à Paris le soir, et beaucoup de théâtres parisiens ne sont pas aussi ouverts aux jeunes » regrette-t-elle.

Corinne Laffite, directrice du collège Maïmonide-Rambam, partage le même sentiment : « Grâce au TOP, les élèves ont accès à cet art majeur qu’est le théâtre. » Cette enseignante, qui avait monté en partenariat avec le TOP un atelier théâtre, souligne « l‘accueil particulièrement chaleureux et favorable grâce auquel nos professeurs ont voulu s’investir en-dehors des heures de cours. »

Clément Hervieu-Léger -  Dr Marthe Lemelle TOP

Clément Hervieu-Léger – Dr Marthe Lemelle TOP

Un climat ressenti autant par le public que par les professionnels. David Gerry, Mathilda May, Arnaud Denis, Nathalie Grauwin, Philippe Lanton, Isabelle Le Nouvel, Coralie Zahonero… sur les pétitions en ligne, les artistes témoignent de l’accompagnement de l’équipe au long de leur travail.
« Chaque fois que je viens au TOP, j’ai le sentiment d’être à la maison. Il est très rare aujourd’hui d’être accueilli comme le sont les artistes au TOP ; ma compagnie tourne beaucoup et il n’y a pas tant d’endroits où règne cette atmosphère de travail, de convivialité, cette forte relation avec un public extrêmement fidèle et retrouvé de saison en saison » raconte Clément Hervieu-Léger. Le jeune pensionnaire de la Comédie Française a créé au TOP trois spectacles en cinq ans, L’épreuve (2012), Yerma (2014) et Les cahiers de Nijinski (2015).
Michel Boujenah, qui s’est produit au TOP une demi-dizaine de fois, confirme : « Le directeur est quelqu’un qui va au devant des artistes avec beaucoup d’attention, beaucoup de fraternité, c’est un homme bien et c’est un plaisir d’aller dans ce théâtre et d’y jouer, de rencontrer le public. »
En les écoutant tous deux, on prend la mesure du rôle joué par le TOP dans le circuit culturel français. « Olivier Meyer et toute son équipe ont réussi à en faire un lieu extrêmement identifié, à tel point que la presse nationale et en particulier les hebdomadaires viennent à Boulogne, ce qui donne de la visibilité aux spectacles » explique Clément Hervieu-Léger. Le parcours de ses propres spectacles l’illustre bien : il était en tournée avec Guillaume Gallienne au moment où celui-ci écrivait Guillaume et les garçons, à table ! Il était venu le voir répéter au TOP et y avait fait la connaissance du directeur. « Quand nous avons monté avec Daniel San Pedro la compagnie des Petits Champs, Olivier Meyer est le premier directeur de théâtre à nous avoir dit : ‘Allez y.’ On n’imagine pas combien cette confiance donne des ailes aux artistes ! » Une confiance mutuelle et fructueuse, puisque chacun de ces spectacles a été repris depuis. Dernier en date, le Nijinski sera donné au théâtre National de Chaillot l’an prochain.
Une expérience partagée par Michel Boujenah : « Dans mon cas il n’avait rien vu encore de mon spectacle et pour cause : j’étais en train de l’écrire ! Il m’a dit : ‘Viens au TOP jouer en avant première’. Le spectacle – Ma vie rêvée – que je viens de jouer 4 mois cette année au théâtre Edouard VII, était tout neuf quand je l’ai joué au TOP, il avait 8 représentations ! Cela m’a énormément aidé que l’on me fasse confiance comme ça. Le TOP n’est pas une salle très grande et ça aide énormément les artistes, c’est le genre de salle dont nous avons aussi besoin » explique-t-il.

Jean-Yves Duparc - Nathalie Grauwin et Olivier Meyer présentent le Bourgeon  de Feydau  - Photo Anne Carbonnet

Jean-Yves Duparc – Nathalie Grauwin et Olivier Meyer présentent le Bourgeon de Feydau – Photo Anne Carbonnet

De cet essor, les Boulonnais sont bien conscients.
« Le succès croissant de la salle légitime cet investissement que nous attendons depuis des années, le théâtre a fait la preuve de sa valeur auprès des Boulonnais ! » insiste Nathalie.

Robert Créange va dans le même sens. L’ancien élu de Boulogne-Billancourt fréquente le théâtre depuis sa création – « j’ai même siégé au conseil d’administration, au début. » Aujourd’hui, il salue sa programmation et la qualité d’un théâtre « ouvert à tous les publics : dans une ville, l’activité culturelle est un aspect qui doit être privilégié. Le théâtre est un lieu de réflexion nécessaire, si on veut éviter que le fossé se creuse entre les générations et les catégories socio-professionnelles. » Il a signé la pétition lancée par Pierre Gaborit, et s’apprête à diffuser, avec les parti communiste dont il est membre, un communiqué de soutien au théâtre et à son directeur. « Les mesures prises dernièrement interdisent tout travail de prospective sérieux, dans ces conditions, nous comprenons la décision du directeur et nous le soutenons » résume-t-il.

Les commerçants, enfin, insistent sur l’attractivité du lieu. « On fait vraiment la différence entre les soirs de représentation et les autres : les gens arrivent à l’avance et flânent dans les rues, entrent dans les boutiques… » raconte l’une.

Michel Boujenah - DR Renaud Corlouer

Michel Boujenah – DR Renaud Corlouer

D’ailleurs, autour de la place Bernard Palissy, les établissements arborent des enseignes évocatrices : L’intermittent, Le Café du Théâtre… sans compter l’usage qu’en font les agences immobilières. « Le TOP est un point de repère dans le quartier » confirme Angelo Lagy, du Clocher du Village. Le petit restaurant connaît bien les spectateurs du théâtre. « Les soirs de représentation, il nous arrive de faire pour eux un service complet avant le début du service. Qu’on ferme le théâtre temporairement pour travaux, oui, mais pour toujours, non ! C’est un établissement qui devrait vivre deux fois plus au contraire ! Beaucoup de Boulonnais le fréquentent ; si on le ferme, les gens vont perdre l’habitude de venir ici, et pour le relancer, après, ce ne sera pas évident. »

« La mort d’un théâtre, c’est toujours horrible, quel qu’il soit et où qu’il soit, surtout quand ce théâtre fonctionne bien » déclare Michel Boujenah. « Au TOP il y a une vraie vie et c’est très important, surtout aujourd’hui. Il ne faut pas imaginer que la culture est secondaire dans la période que l’on traverse » conclut-t-il.
Cette fermeture, les Boulonnais ne s’y résignent pas, à l’instar de Jacques Djian, qui vit à Boulogne depuis deux ans. Cet avocat est tout de suite devenu un fervent spectateur, et un fervent soutien : « Je serais désolé que la municipalité remette en cause l’existence même du TOP. Pour moi la culture est ce qui nous sépare de la barbarie ! »
Une conception proche de celle de Jean-Louis Barrault, rappelée par Clément Hervieu-Léger : « Il disait que le théâtre est le lieu de faire l’expérience de notre commune humanité et le TOP est ce lieu là… »

Les liens vers les pétitions :

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