Le premier film en compétition présenté ce matin au Festival qui donne des ailes illustre à tel point l’esprit du festival qu’on croirait qu’il a été écrit pour lui !

Bran Nue Dae repasse lundi 4 avril au Pathé

Bran Nue Dae (2010), de la réalisatrice australienne d’origine Arrernte et Kalkadoon (peuples aborigènes du centre de l’Australie) Rachel Perkins, nous montre que l’optimisme est affaire de regard posé sur le monde. En l’occurrence, le monde tragique des Aborigènes à la fin des années 60, en pleine période d’acculturation, ou plus exactement de dé-culturation.
Willie et sa mère vivent dans la petite ville édénique de Broome, sur la côte nord. Willie est amoureux de la troublante Rosie, chanteuse courtisée par le guitariste bellâtre du groupe local. Mais pour le jeune Willie il n’existe qu’une seule alternative : devenir prêtre ou alcoolique. Sa mère choisit pour lui et le confie à un séminaire loin de Broome, à Perth. Là, en compagnie de jeunes aborigènes de son âge, il est pris en main par un épouvantable séminariste allemand, prompt à infliger des châtiments corporels, terrorisant les enfants à coups de menaces infernales contre leurs péchés véniels. Willie s’enfuit et tombe sur un groupe de vagabonds aborigènes alcooliques, prêts à tout pour une barre chocolatée.
Tous les ingrédients sont réunis pour un film noir, et en fait la noirceur est déjouée, par une fantaisie sans égale, portée par l’idée, semble-t-il, que le cinéma peut recréer un monde beau et euphorique contre une réalité que la beauté et l’euphorie ont désertée.

Et voici donc Willie, le séminariste aux trousses, embarqué dans un road movie à l’australienne, accompagné d’un oncle de fortune et de deux hippies déjantés. Le vagabond embobine à coups de références incertaines au Dreaming, les étapes sont une ode délirante au bush australien, de la tenancière esseulée de la station-essence aux nuages de mouches, des points d’eau pure noircie par les feuilles d’eucalyptus à l’entrain des pubs. Il y a des rebondissements, des réminiscences, la dignité ancestrale de l’oncle sous le chapeau canaille, des scènes d’amour et de liberté, de la sur-dramatisation rococo-kitsch (si !) et des chansons enjouées, très Grease, qui disent la terre, l’amour, et la fierté d’être aborigène dans un pays pillé.

Si tout finit par des chansons, le finale renvoie Beaumarchais, pourtant adepte des coups de théâtre en série, à ses chères études, tant il est dit désormais que la fiction est reine et résolue au happy end. Et vous savez quoi ? ça marche !

Bran Nue Dae repasse lundi 4 avril à 11h30 au cinéma Pathé : avis à ceux qui le peuvent, le film en vaut la peine.