Voilà un roman qui a tout du roman d’apprentissage puisqu’il nous propose de suivre son personnage central à l’aube d’une renaissance. Soudain larguée à la soixantaine, Esperanza entreprend peu à peu de revivre. C’est une histoire de résilience après l’évidence brutale de la disparition du tuteur, le compagnon qui part « avec tout ce qu’on dit pour justifier qu’on se barre et qu’on ne donnera rien à l’autre car on veut tout pour soi ». Le ton est donné dès le début du roman, pas de tricherie, pas de pathos, aucun apitoiement, il s’agit juste de décrire une situation clinique sans plus s’attarder. « Ne compter que sur soi et ne compter pour personne », tel est le constat de la narratrice sur sa situation au début du roman.

 

Un roman qui a tout du roman d’apprentissage puisqu’il s’agit d’apprendre à revivre

 

On suit alors ce personnage qui se raconte à travers son cheminement quotidien, ses doutes et ses interrogations. Dans cet univers bourgeois feutré, Esperanza trouve la force de se mettre en mouvement. La victoire passe par l’écriture qui est une nouvelle naissance à soi et dans le regard de l’autre.
Ainsi se raconte une autre histoire, celle de Soleil, rencontre de la vraie vie devenue Cerise, l’héroïne du premier roman de l’auteure qui naît à la création artistique. Le traumatisme d’enfance, la figure du géniteur et le rapport à la mère sont à peine évoqués comme s’il fallait glisser sur une toile cirée et ne pas s’appesantir. Pour la narratrice qui est aussi chroniqueuse radio à l’écoute des témoignages de la vie des autres, l’écriture serait un processus de transformation. «  Peu à peu Soleil devient Cerise, un beau fruit d’été bien rouge, charnu et juteux avec en son centre un petit noyau dur que personne ne voit ». Le roman ne s’attarde pas sur la blessure toujours transfigurée, il s’émerveille de l’éclosion à la vie. Soleil ne détient-elle pas la clé ultime du personnage – « Je me suis fait appeler Soleil, pour sortir de la nuit ».

 

La victoire passe par l’écriture, les émotions reviennent à travers la danse, la musique, la peinture

 

Esperanza est engagée dans une reconquête d’elle-même et de la vie. Ses émotions reviennent à travers la danse, la musique ou la peinture. Le personnage de Rosalie, l’âme-soeur femme peintre est une autre figure de la création artistique présente dans le roman. Les pages décrivant ce « bleu pâle original de ses peintures qui porte une force d’attraction irrésistible » sont d’une justesse extraordinaire. «  Cela pourrait être mièvre un bleu pâle, c’est cousin du bleu ciel, bleu layette ou bleu Sainte Vierge… et bien non son bleu révèle l’épaisseur du blanc en le traversant ».

Château d’arbre – Carla Querejeta-Roca – technique mixte

Marie Laure Voisard est passionnée de peinture, cela se sent aussi bien dans la description d’un rêve où elle nage dans une mer rouge, «  un rouge magnifique, le rouge de certaines estampes d’Hokusaï. La mer ne scintille pas, elle est mate…Ce n’est ni un rouge vermillon, ni un rouge carmin, c’est le rouge de la vie, dense et profond ».
Si le premier sujet du roman peut être l’interrogation sur le mouvement intérieur à l’origine d’une création artistique, l’écriture dans le cas présent, l’autre sujet du roman est une mise en scène de la rencontre, autre aléa de la vie qui révèle des surprises. Le couple est un autre objet du roman, qu’il s’agisse du couple frère sœur particulièrement bien esquissé, de l’amitié masculine si peu crédible ou du couple mythique si attachant dans les dernières pages.

Le couple
Bronze Pauline Ohrel

Faut-il souligner combien les personnages féminins chargés de noms éblouissants Soleil, Cerise, Rosalie, Esperanza s’accordent avec les noms des personnages masculins Paul, Pierre, Bastien, Louis qui résonnent dans une tonalité plus grave comme des figures d’ancrage. Cette force contenue souvent discrète et pudique entre en résonance avec l’épanchement magnifique de figures féminines qui sont les vraies figures de la création.

 

Ce roman se lit d’une traite comme le récit fluide d’une expérience

 

Ce roman se lit d’une traite comme le récit fluide d’une expérience qui transporte le lecteur aux côtés de la narratrice dans la quête irrésistible de sa voie propre. Plus qu’un roman d’apprentissage, c’est sans doute un roman d’initiation.
Marie-Laure Voisard, boulonnaise livre ici son premier roman. Coach professionnelle, elle est également engagée dans la vie artistique locale en tant que présidente du jury des membres de Carré sur Seine pour l’année 2019-2020, association dont elle est membre depuis plusieurs années.

Elle sera présente au Salon du livre de Boulogne-Billancourt les 7 et 8 décembre 2019

Roman disponible sur Amazon, prix : 14,90 euros