Mercredi 13 mai, le romancier Christian Roux était à la librairie Les mots et les choses pour présenter son dernier polar, Adieu Lili Marleen (éd. Rivages).

Christian Roux à la librairie Les mots et les choses

Christian Roux et Benjamin Cornet

Ça commence comme une apostille à l’Outsiders de Howard Becker : derrière son pupitre, un pianiste de jazz, un vrai, écrase ses remords à interpréter Round midnight pour des mandibules en action. « Un Français quand ça bouffe, ça bouffe » Julien, le héros donc, est pianiste dans une boîte parisienne vaguement interlope. Et, à des fins alimentaires, il n’hésite pas à jouer sans fin l’Arnaque : « Les clients ne réagissaient qu’à ce qu’ils reconnaissaient. En gros, ils payaient dès lors qu’ils pouvaient fredonner la mélodie qui, malgré le brouhaha des conversations et les bruits internes de leur mastication, était parvenue à se frayer un chemin jusqu’à leur néocortex, et que ce dernier était parvenu à l’identifier puis à le classifier sous le label ‘déjà entendu.’ » Un pianiste désabusé, un bar un peu louche, des clivages de classes, les ingrédients du roman noir sont réunis.

Adieu Lili MarleenMais Christian Roux va relever la sauce d’une manière aussi inattendue que poignante : suivant des péripéties que l’on ne révèlera pas, l’intrigue – des dettes de jeu et un trafic de coke – se noue à une histoire de vengeance vieille de 70 ans, et entraîne le lecteur sur la piste de toute une musique disparue, détruite et martyrisée par les bourreaux du IIIème Reich. Cette musique, pour l’auteur lui-même musicien, a été « l’autre envie du livre. » A la librairie Les mots et les choses ce soir-là, il évoque en détail le sort de ces œuvres considérées comme dégénérées, des partitions qui survécurent à leurs auteurs suppliciés, et « cette chape de silence qui s’est abattue après. » C’est l’épigraphe du livre : « Si le silence après Mozart est encore du Mozart, le silence après les camps, c’est encore les camps. »

Romancier, compositeur et scénariste, l’auteur a défendu ce soir-là avec beaucoup de sincérité son rapport au roman noir : à contre-courant d’une vague qui fait du polar le support d’un « voyeurisme autorisé par leur conclusion en conte de fées – les méchants sont punis, les bons sont bons, » Christian Roux revendique la complexité des êtres et des situations. « J’aime les losers décalés ou les gens qui ont de grosses difficultés à s’insérer dans la société. Pour moi, ce sont ces gens-là les vrais héros, ceux qui essaient juste de s’en sortir. » Il façonne des personnages âpres, au creux desquels gît la dignité humaine.

Christian Roux à la librairie Les mots et les choses

La vie par la voix fait chanter l’assistance

Dans l’assistance, des chanteurs de la chorale La vie par la voix avaient préparé une surprise à celui qui les a accompagnés durant 15 ans : au terme de l’échange, les feuilles sont passées de main en main, et les visiteurs de la librairie ont entonné Lili Marleen, cette chanson au passé ambigu qui donne son nom au titre, composée par un nazi, popularisée par Marlene Dietrich, et reprise par les alliés…