Réunis en conseil extraordinaire, les élus ont examiné le 13 juillet 2013 un schéma d’orientation pour les sports de plein air, élaboré conjointement par l’ACBB et le TCBB.

C’est dans une ambiance un peu particulière que s’est déroulé ce conseil : particulière par son public, issu en général des clubs sportifs – Jean-Pierre Epars en tête – et venu en masse assister à l’événement ; particulière aussi parce que, un samedi matin d’été, un élu mariait à tour de bras dans la salle voisine, les cris de joie des familles se mêlant alors aux emportements des tribuns ; particulière enfin parce que, une semaine auparavant, le conseil municipal s’était réuni sans qu’aucune allusion ne soit faite à ce nouveau conseil. On va voir que ça n’a pas plu à tout le monde, et de fait, il manquait la moitié de l’opposition, alors qu’à peu près tous les élus de la majorité étaient présents.

Le conseil municipal presque au complet

Le conseil municipal presque au complet

Pour se mettre en jambes, Pierre-Christophe Baguet a fait projeter le film de la cité musicale, présenté lors de la conférence de presse du jeudi précédent. Le rapport ? un message positif et simple à comprendre : les choses bougent, la majorité a les moyens de ses ambitions et les projets sont mis en œuvre. Juillet aura été riche de balises en ce sens, de la signature du PPP le 11 au permis de construire du R4 devant la presse le 24, en passant par ce CM du 13. Très satisfait en ce début de conseil, le maire a répété une erreur déjà formulée le 4 juillet, en prétendant que le Conseil Général allait investir 540 millions d’euros dans la cité musicale. Comme l’a corrigé Patrick Devedjian, le Département investit 170 millions d’euros dans la construction du site, le reste correspondant à un loyer couvrant les frais de fonctionnement.

Trois sites pour les sports de plein air

Puis le maire a introduit l’ordre du jour de curieuse manière, en se félicitant de la présence de l’opposition ( !) avant d’expliquer qu’il n’avait pu inscrire la délibération au conseil du 4 juillet, celle-ci n’étant pas encore prête. On observe d’ailleurs que tous les documents sont datés du 5.

pascal louap

pascal louap

Pascal Louap, maire-adjoint au Sport, a ensuite présenté la délibération. Il est revenu sur la politique sportive de la Ville depuis 2008, mettant en avant l’augmentation des gymnases, la modernisation des infrastructures, l’acquisition du complexe Marcel Bec, la création de classes à horaires aménagés, un contrat olympique et paralympique passé avec l’ACBB, et 44 % d’augmentation des subventions aux clubs en 5 ans.
En commandant un schéma d’orientation pour les sports de plein air aux deux plus gros clubs sportifs de la ville, il entendait désormais remanier l’offre en la matière, et plus précisément pour le rugby, le football, l’athlétisme, la pétanque et le tennis. Pour ce faire, trois sites ont été retenus :

– Le Gallo avec 11 courts de tennis, un terrain pour le rugby, un terrain pour le foot, un terrain pour l’athlétisme, des clubs houses et vestiaires pour chacune de ces section, une salle collective, une salle de musculation, une tribune, un parking pour les cars et un parking souterrain, le tout sur 4,4 ha. ;
– Les Glacières avec un boulodrome de 1000 m² et club house, un petit terrain pour le foot et le rugby, et le maintien des courts de tennis en accès libre ;
– Le parc de Billancourt, avec l’aménagement d’un terrain et de vestiaires pour le foot et le rugby.
A noter que tous les terrains des sports d’équipe seront en synthétique, ce qui garantit leur pérennité mais présente des inconvénients pour les joueurs : brûlures en cas de chute, et surtout, perte de l’habitude de jouer sur « terrain lourd » comme en compétition.

À ceci, la Ville a ajouté deux terrains de street basket sur les Glacières et Billancourt, un projet de skate park de trois bols sur Billancourt et un complexe multisports pour le handball, le badminton, le volley ball et le basket sur l’île Seguin.

Une opposition « indignée par le procédé » et critique sur le contenu

On pourrait rapporter les prises de parole de l’opposition dans le détail, mais disons en gros qu’il y a eu trois angles d’attaque : l’échéance du mandat, l’imperfection du projet, la concentration des équipements et l’atteinte portée aux espaces verts.

Le stade Le Gallo accueillera 4 sports

Le stade Le Gallo accueillera 4 sports

A ceci s’est ajouté le contexte même de ce conseil extraordinaire, qui a rendu furieux les élus d’opposition. Dès le 9 juillet, Agnès Bauche, Rosaline Laureau et Dorothée Pineau dénonçaient dans un communiqué « une manœuvre au mépris de l’institution municipale, » destinée à détourner l’opinion du jugement rendu par le tribunal administratif sur l’île Seguin. En conseil, Éric Vincent (UPBB) et Judith Shan (@lternance) s’en sont formalisés à leur tour : Éric Vincent était particulièrement furieux de recevoir une convocation le 5 juillet au soir sur ce sujet, alors qu’il avait interrogé le maire en vain sur un projet de terrain de sport sur le parc de Billancourt lors du conseil du 4. « Ceci atteste le peu de respect que vous portez aux élus municipaux » a-t-il jugé, tandis que le maire lui répondait « Vous êtes là, c’est le principal. » Judith Shan, de son côté, a rappelé que les derniers mots du maire le 4 avaient été pour donner rendez-vous aux élus au feu d’artifice du 13 juillet. « Donc, si je comprends bien, le feu d’artifice, c’est maintenant ! » a-t-elle ironisé. Plus ennuyeux pour le maire fut la déclaration de Jean-Michel Cohen (UPBB) : « J’ignorais qu’il y avait un conseil ce matin, j’ai pu me libérer à la dernière minute. Personne ne m’a convoqué, à part Madame Cardetas [élue de son groupe, ndlr]. » Incrédule, Pierre-Christophe Baguet a annoncé qu’il allait faire vérifier l’accusé de réception. De source bien informée, celui-ci a révélé que personne n’était présent au domicile de Monsieur Cohen lorsque le conseil a été livré. Il a donc été remporté en mairie sans avis de passage. De fait, un élu n’a donc pas été convoqué.

Le schéma d'orientation dans son ensemble

Le schéma d’orientation dans son ensemble

Or c’est justement un ancien adjoint au Sport, ce qui nous permet d’embrayer sur les critiques apportées au projet. Jean-Michel Cohen et Gérard Askinazi (UPBB), Guy Baroli et Rosaline Laureau (indépendants) ont jugé le projet imparfait : une trop forte concentration d’activités sur Le Gallo, promesse de nuisances pour les riverains voire pour les sportifs ; l’opposition éclatante ici entre « sportifs des clubs et sportifs en liberté » (R. Laureau, sur le projet en général et en particulier sur la gestion des courts de tennis en libre accès sur les Glacières, sujet également évoqué par Martine Even) ; les Glacières trop mises à contribution (avis partagé par JM. Cohen qui y avait à l’époque un projet différent, et par Judith Shan) ; et surtout, une préparation insuffisante pour la mise en œuvre de l’ensemble : le CESEL a-t-il été consulté ? a demandé Rosaline Laureau, tandis qu’Éric Vincent, au nom de son groupe, présentait une proposition d’amendement. Celui-ci prévoyait la constitution d’une commission ad hoc composée d’élus à la proportionnelle (11 en tout), pour mener l’audition de toutes les parties concernées : les clubs auteurs du schéma, bien sûr, mais aussi toutes les sections de l’ACBB, le milieu scolaire, et les riverains des différents sites.
Le cas particulier du skate park  – pris en compte à la suite d’une pétition de jeunes Boulonnais – a été abordé par Judith Shan et Rosaline Laureau, qui ont toutes deux plaidé pour la création d’un véritable stade de glisse, animée par un comité de pilotage. Rosaline Laureau s’est également demandé pourquoi on ne prévoyait pas d’aménagement sur l’île Monsieur, dévolue aux sports nautiques mais où il reste de l’espace libre.
Enfin, les élus UPBB et Rosaline Laureau ont violemment dénoncé la perspective électorale qui, d’après eux, motivait et le conseil surprise, et l’énormité des investissements (38 millions) après 5 ans de stagnation. Florilège : « Votre politique sportive est un échec, » « Vous nous présentez une opération hémorragique, » « Avez-vous prévenu les riverains que les compétitions sont hebdomadaires ?, » C’est à croire que vous commencez votre réflexion seulement maintenant alors que votre mandat a commencé depuis plus de 5 ans. »

Pour le maire, « le projet n’est pas parfait, mais il répond à une demande collective »

pierre-christophe baguet

pierre-christophe baguet

Face à ce feu nourri et porté par les applaudissements de la salle, qui avait copieusement hué l’opposition, le maire n’a pas gardé son calme longtemps. « Je dénonce la violence de ceux qui se sentent en faute ! » s’est-il exclamé, avant de retracer l’historique des terrains Renault et de Le Gallo pour illustrer son propos : pour les terrains Renault, la faute en revient entièrement aux signataires du compromis de 2003, qui ont permis à Renault de valoriser ses terrains au prix du bureau et du logement, soit huit fois plus cher que la valeur de terrain industriel qu’ils avaient jusqu’alors. Pour Pierre-Christophe Baguet, ce compromis qui cédait tout de même 50 % des terrains à la collectivité, a été obtenu sans négociation, sans demander, notamment, « les 12 ha de Marcel Bec en cadeau. » Il a par ailleurs rappelé que dès 1999, avec Marc Fusina, il avait soulevé la question du sport sur ces terrains.
Pour Le Gallo, Pierre-Christophe Baguet a rappelé les différentes tentatives de sa majorité pour installer des courts de tennis ailleurs (Billancourt, les Glacières), sans jamais obtenir le soutien de l’opposition. Il a donc fallu maintenir les tennis sur le site. C’est là que « le rugby est arrivé façon scud. » Sur la perte du stade du Saut du Loup, le maire n’en a pas voulu à Jean-Michel Cohen, qui avait apparemment averti Pascal Louap dès le début du mandat, mais il tient une rancune tenace à son successeur au Sport, Thierry Solère, qui lui aurait tout gâché. Aujourd’hui, a-t-il estimé, « c’est peut-être du bricolage, mais il faut contenter tout le monde. »
Comme l’opposition protestait, il en a rajouté une couche, reprochant à l’ancienne majorité d’avoir manqué un gymnase homologué à 50cm près (Maître-Jacques), d’avoir « foutu en l’air le terrain de sport » de Thiers-Vaillant avec le collège Auriol, avant de lancer « Je n’ai de leçon à recevoir de personne, après 5 ans d’acharnement pour rattraper les bêtises et les non choix de l’équipe précédente ! »
Au passage, il a rejeté l’amendement en disant « On a un consensus, on ne va pas passer à côté une deuxième fois. »

Pressé de conclure, il est passé au vote sous les applaudissements, négligeant de soumettre au conseil ledit amendement de l’opposition. Furieux, les élus UPBB ont quitté la salle après avoir voté contre la délibération, Guy Baroli a voté contre, Judith Shan et Martine Even, faute d’avoir obtenu un vote par division, se sont abstenues, Agnès Bauche et Rosaline Laureau se sont abstenues, Marie-Hélène Vouette, Marc Fusina et Jean-Michel Tisseyre ont voté pour, et la majorité a voté pour. Lorsque, après le vote, le maire a finalement présenté l’amendement, toute l’opposition l’a voté, sauf les élus UPBB qui estimaient cette procédure contraire au règlement intérieur. Dans un communiqué de presse envoyé dans l’après-midi du 13, ils ont dénoncé « un coup de force organisé en catimini. »

Note aux amateurs de sport municipal : retrouvez l’intégralité du débat et la chaude ambiance de la salle sur cm.boulbi.fr !