Le dernier conseil municipal de l’année est toujours intéressant : on y fait les bilans, on y envisage les suites, on y débat de nouvelles orientations. Traditionnellement, c’est le conseil des rapports et des comptes-rendus d’activité, toujours très attendus.

Le conseil du 15 décembre dernier a en partie dérogé à la règle en n’inscrivant à l’ordre du jour que certains rapports. Manquait visiblement à l’appel le « CRACL, » compte-rendu d’activité de la SAEM en charge des terrains Renault. Chaque année, la présentation du CRACL par le maire, qui est président du conseil d’administration de la SAEM, est l’objet d’une passe d’armes avec l’opposition. Pour mémoire, ce compte-rendu porte sur l’année antérieure, avec parfois convocation d’éléments encore plus anciens et parfois quelques allusions à l’année en cours. Mais le gros du CRACL 2011 devait porter sur l’année 2010, tout comme le CRACL 2010 portait sur l’année 2009, etc.

agnès bauche

Il n’a peut-être pas échappé à nos lecteurs que l’aménagement de l’Ile Seguin en particulier est au cœur d’un débat polyphonique entre politiques, riverains, associations, architecte et médias. On en a peut-être oublié. Depuis quelques mois, et plus précisément le vote de la révision simplifiée du PLU, l’île est même le champ de bataille évident des forces en présence au conseil municipal.
Le choix du maire de ne pas présenter le CRACL en la circonstance ne pouvait donc pas ne pas être remarqué. C’est Agnès Bauche (UPBB) qui s’est étonnée de ce point, à l’issue de la présentation par le maire d’un certain nombre de rapports (intercommunalité, délégations de service public, syndicats intercommunaux).

Pierre-Christophe Baguet

En réponse à cette remarque, le maire a procédé en deux temps : il a expliqué les raisons de cette non présentation, puis il a improvisé une synthèse de compte-rendu.
Premier temps : le maire a expliqué que la loi autorisait les présidents de SAEM à présenter leur CRACL jusqu’en mars, à l’instar du budget pour les collectivités locales. Pour le maire, présenter les deux ensemble relève d’une « vraie cohérence. » C’était le cas sous le mandat précédent, puisque CRACL et budget étaient présentés en décembre. Élu en mars 2008 alors que le budget avait été voté en décembre 2007, le nouveau maire a décidé de reporter à mars le vote du budget. C’est donc le cas depuis mars 2009. En revanche, jusqu’à cette année, il avait maintenu la présentation du CRACL en décembre. Mais un nouveau paramètre entre en ligne de compte cette année, sous forme de contestation du programme d’aménagement de l’Ile Seguin.
Le maire a donc expliqué que le CRACL était prêt, mais qu’il ne le présenterait qu’en février, afin de se donner le temps de revoir le programme avec Jean Nouvel : « Que n’aurais-je entendu si je vous avais présenté un CRACL à 310 000 m² ce soir ? » a-t-il fait valoir, « On aurait dit que je n’écoute pas les Boulonnais. »
En toute rigueur, le CRACL portant sur l’année 2010, il n’aurait pu faire figurer une densité de 310 000 ou 337 000 m² que comme une hypothèse puisque la révision du PLU n’a été adoptée qu’en juin 2011. Surtout, ce qui importe le plus dans le CRACL est le rapport financier. Pour l’île, en 2010, il n’y aurait probablement pas eu grand chose à dire de toute façon. Mais cette petite phrase du maire a eu le don d’enflammer la séance, comme on va le voir plus loin.

Projet de rénovation des tours General Electric - CR D. Perrault

Second temps : pendant que le projet Nouvel est révisé, des choses avancent tout de même. Le 16 décembre, le Conseil Général a voté le principe d’un partenariat public-privé pour édifier sur la pointe avale de l’île un pôle musical, qui n’inclura donc pas le conservatoire de Boulogne Billancourt, déplacé sur le Trapèze. Coût de l’opération du Conseil Général : 150 millions d’euros. Une coquette somme, comme l’a souligné le maire. Sur la pointe amont aussi, les choses bougent. La SAEM a passé un contrat avec la société suisse d’emballage et de transport d’œuvres d’art et d’expositions Natural Le Coultre, qui devrait s’investir dans le pôle d’art contemporain. Cela signe-t-il la fin du projet d’implantation d’un port franc de Natural Le Coultre au Luxembourg ? mystère.
Au centre de l’île, l’équation pour le maire et Jean Nouvel consiste à équilibrer finances, calendrier et qualité du programme. Tout sauf une sinécure. Si le maire a mis un point d’honneur à démonter la communication du G8 , les associations unies contre le projet de tours (qui ne seraient pas 8 mais 4 avec des tensions internes, qui n’auraient pas déposé 6 recours mais un recours au nom de 6, etc.), il a lourdement insisté sur le fait qu’il avait bien entendu que « les Boulonnais ne sont pas contents des tours. »
Sur le Trapèze, pendant ce temps, tout va bien : d’après le maire, en trois semaines, les 80 000 m² de bureaux dans les tours du Pont de Sèvres sont déjà réservés, alors que leur réhabilitation par Dominique Perrault n’a pas encore commencé, et 56 000 m² de bureaux, sur les 80 000 en cours de construction sur le Trapèze, sont également réservés.

Ces annonces ont suscité les applaudissements de la majorité, et des premiers rangs de l’assistance du conseil municipal. Ils ne furent sans doute pas de trop pour aider le maire à affronter la suite.

Cette suite que, contrairement à notre habitude, nous n’allons pas vous raconter, mais vous donner à voir et à entendre, tant tout effort de retranscription nous a semblé vain. C’était un de ces soirs où nos élus avaient décidé de se donner en spectacle, avec un rythme et des réparties dignes des meilleurs numéros de music hall.

jean-pierre fourcade

Ce furent d’abord Jean-Pierre Fourcade (UPBB) et Marie-Hélène Vouette (@lternance) qui rompirent avec les applaudissements : le premier a pris acte de l’exposé du maire, le félicitant de l’avoir indirectement félicité pour le succès de l’aménagement du Trapèze, tout en regrettant que le maire n’ait pas prévu une communication formelle sur le sujet, inscrite à l’ordre du jour. « Vous vous seriez épargné beaucoup d’inconvénients, » a-t-il estimé. Ce mot de communication était appelé à un bel avenir dans les minutes qui suivirent. En effet, dans la bouche de Monsieur Fourcade, elle désignait d’une part un document inscrit à l’ordre du jour et figurant comme tel au procès verbal, et d’autre part un échange de propos au sein de l’assemblé municipale, entre majorité et opposition.

marie-hélène vouette

Repris par Pierre-Christophe Baguet, le mot n’allait pas tarder à changer de sens, pour désigner, face à une Marie-Hélène Vouette exaspérée, des discours à l’intention des médias et de l’opinion publique. Ce n’est pas la première fois que Madame Vouette reproche au maire de s’adresser à la presse avant de passer par le conseil municipal : ce fut le cas en juillet 2008, au moment de l’annulation du projet d’aménagement de l’île Seguin, puis en juillet 2010, lors de la conférence de presse avec Jean Nouvel. Cette fois-ci, rebondissant sur un mot malheureux du maire qui déclarait « s’être expliqué de tout cela dans des journaux de qualité » en réponse à des journalistes qui lui téléphonaient, elle a lancé : « Donc si un conseiller municipal veut une information, il faut vous téléphoner ? » Sur le fond, elle a une nouvelle fois reproché au maire sa méthode de travail, qui consiste à placer le conseil municipal devant le fait accompli. Prenant l’exemple de l’aller-retour du conservatoire, elle a appelé de ses vœux un groupe de travail composé d’élus pour l’aménagement de l’île.
La suite ici :


Boulogne Billancourt 15-12-2011 Clash autour du… par e-bb

thierry solère

C’est ensuite Thierry Solère (RPBB) qui a pris la parole, inaugurant un dialogue de sourds de 10 minutes entre le maire et lui, l’un reprochant à l’autre de débiter « des contre-vérités, » l’autre reprochant à l’un de « ne pas écouter, » les deux se jetant à la tête des propos et engagements antérieurs au sujet de tours situées un peu partout à travers le département. Cet échange en dit long sur les relations entre le maire et son ex-premier adjoint, faites de défiance, de rancœur et de défis mutuels. Tout y est passé, dans un climat de tension palpable où tout l’enjeu était de ne pas perdre ses nerfs.
Dans la salle, l’assistance était partagée entre incrédulité, rire et désolation, passant volontiers d’un état à un autre. Car, pour drôle que la scène ait été, elle n’engageait pas moins le maire de Boulogne Billancourt et un vice-président du Conseil Général.


Boulogne Billancourt 15-12-2011 Clash autour du… par e-bb

Rappel : vous pouvez suivre la vidéo intégrale du conseil municipal sur le site de la ville.