Outre le Sport et la Solidarité internationale, le conseil municipal du 30 mars portait également sur des dispositions d’urbanisme et d’animation locale sur lesquelles nous revenons à présent.

Bientôt la traversée de l’île Seguin ?

gauthier mougin

La délibération n°12, présentée par Gauthier Mougin, adjoint à l’Urbanisme, visait à relier Boulogne Billancourt à Meudon via l’île Seguin. Plus exactement, un pont jeté depuis Meudon, le pont Seibert, atteint déjà l’île mais était jusqu’à présent fermé aux piétons et réservé aux camions. Afin de faciliter l’accès – à pied ou grâce à des moyens de locomotion douce – des Boulonnais à la station du T2 et l’accès des Meudonnais au jardin de l’île à l’approche de l’été et de l’ouverture du Cirque en chantier de Madona Bouglione et du restaurant provisoire, il a donc été convenu entre la SAEM, Meudon, Boulogne Billancourt et GPSO, d’aménager ce pont pour le rendre pratiquable :

  • La SAEM se chargera des travaux d’aménagement,
  • GPSO se chargera de l’entretien et de l’éclairage du pont et de ses abords (deux compétences communautaires),
  • Meudon contrôlera l’accès à l’île depuis sa berge

Judith Shan

Si la disposition a plutôt été bien accueillie (seul le groupe UPBB ne prenant pas part au vote), elle a toutefois suscité quelques remarques.
Judith Shan (PS) a estimé que ce projet répondait aux demandes déjà anciennes des associations. Elle aurait préféré que la traversée de l’île puisse se faire à partir de 2013 par les ponts Seibert (berge de Meudon) et Daydé (depuis Boulogne Billancourt), ce qui permettait de tracer une ligne droite, plutôt que par le pont Barani (à l’autre bout de l’île, un km plus loin). Le retard de l’aménagement ne le permet pas, le pont Daydé étant réservé aux camions jusqu’à nouvel ordre. Par ailleurs, tout comme Jean-Michel Tisseyre (@lternance) qui est intervenu juste après, elle a regretté que les horaires du jardin, qu’il faudra donc traverser pour aller d’un pont à l’autre, ne soient pas en adéquation avec ceux de la vie quotidienne des habitants. Comme l’a rappelé Jean-Michel Tisseyre, le jardin ferme à 19h l’hiver et à 20h l’été, compromettant la traversée pour les actifs qui arriveraient du T2 plus tard. Tous deux ont donc demandé si les horaires d’ouverture pourraient correspondre à ceux du tramway.

pierre-christophe baguet

Légèrement agacé, le maire a commencé par expliquer à Judith Shan qu’elle « ne représent[ait] pas les associations, mais la population. » Il a ensuite réaffirmé que le Pont Daydé était destiné aux travaux et à l’acheminement des matériaux du cirque et du restaurant. Quant aux horaires, il s’est opposé à tout élargissement, compte-tenu des coûts de gardiennage. Selon lui en effet, mais on n’a pas compris pourquoi, si l’on étendait les horaires d’ouverture de ce jardin, il faudrait faire de même pour tous les parcs et jardins de GPSO, qui a la compétence espaces verts. En conclusion, il a déclaré « Je note votre impatience, aux uns et aux autres, de voir l’île ouverte à tous. Je saurai vous le rappeler, » allusion probable quoique pas tout à fait pertinente à l’enquête publique alors en cours pour la révision du PLU de l’île Seguin.

Quel avenir pour le terrain Thiers/Vaillant ?

La délibération n°13, également présentée par Monsieur Mougin, portait sur l’aménagement du terrain qui jouxte le collège Jacqueline Auriol.

Le terrain Thiers-Vaillant vu d'avion : google maps n'est pas à jour !

D’après l’adjoint, le choix d’implanter le collège au centre de la parcelle représentée sur la photo, ne permet plus « une pratique sportive satisfaisante ni l’implantation d’équipements sportifs aux normes » sur le terrain restant, qui accueillait auparavant le skate park et un terrain de foot. D’où l’idée de « valoriser la parcelle » auprès d’un promoteur qui devrait développer sur ces quelque 5 000 m², un programme immobilier comprenant des bureaux, des logements et des commerces sur 12-13 000 m² SHON* (soit une construction à R+5), ainsi qu’un parking souterrain ouvert aux riverains. Le petit morceau de terrain inexploitable pris entre le collège et la caserne des pompiers (rue Gallieni) pourrait alors être aménagé en jardin public avec un accès par la rue Thiers.
Cette délibération a provoqué une levée de boucliers :

martine even

Martine Even (@lternance) s’est inquiétée du sort du skate park, démantelé depuis l’ouverture du collège, ainsi que de la nature des logements prévus.
Jean-Pierre Fourcade (UPBB) s’est fermement opposé à l’implantation de bureaux sur cette parcelle et a suggéré d’y installer plutôt les courts de tennis dont les riverains des Glacières ne veulent pas sur leur parc.
Marc Fusina (@lternance) a abondé dans son sens, s’opposant dans tous les cas à la disparition du terrain de sport.
Ces prises de parole ont eu le don d’énerver tout à fait Pierre-Christophe Baguet, qui était déjà assez tendu depuis le début du conseil. « Je vous trouve assez extraordinaires ! » a-t-il lancé à la cantonade, avant de s’emporter contre l’ancien maire, Jean-Pierre Fourcade. En décidant d’installer le collège au centre de la parcelle, c’est lui qui en a « hypothéqué l’aménagement et les pratiques sportives du quartier » en empiétant sur le terrain de football qui n’est plus aux normes. D’après Monsieur Baguet, déplacer les fondations du collège avant le début des travaux aurait coûté 5,5 millions d’euros supplémentaires. Il s’est donc trouvé devant le fait accompli. Quant aux 12 courts de tennis (dont 6 semi-enterrés), ils ne tiendraient pas sur cette parcelle**, alors même que le nouveau petit jardin devrait, lui, apporter de la satisfaction dans le quartier qui manque d’espaces verts. « Vous êtes dans des postures politiques, c’est vous qui êtes responsables de cette situation ! » a-t-il lancé pour finir aux représentants de l’ancienne majorité municipale.

marc fusina

Rebondissant sur ce dernier argument de la surface nécessaire, Marc Fusina (@lternance) a appelé à une réflexion globale à mener sur les arbitrages à prononcer en matière d’équipements sportifs : la ville en manque cruellement et dès lors, d’après lui, on pourrait se demander si le tennis, qui requiert une telle surface pour faire jouer deux personnes, doit bel et bien être une priorité.

Pour notre part, on ne peut que réitérer le constat appelé par le conseil municipal d’octobre 2010 sur « la sécurisation » des espaces publics : il y a une disjonction tout à fait regrettable entre la vision des responsables politiques, quels qu’ils soient, et le mode de vie des habitants et en l’occurrence des jeunes habitants. Il est certainement dommage que le terrain de football de la rue Thiers ne soit plus aux normes, mais d’expérience, ça ne dérange pas les jeunes. Quand on joue au foot de manière informelle, ce qui est le cas de la plupart des jeunes Boulonnais, il suffit d’être 5, moins ou beaucoup plus, d’avoir une balle – même pas un ballon ! – et quelques dizaines de mètres carrés pour imiter Ronaldo. Les cages peuvent être figurées par des cartables ou des canettes, voire (mamans, ne regardez pas !) des blousons en boule, on se moque pas mal des tracés et des surfaces de réparation, mais on préfère tout de même jouer sur des espaces ouverts comme les Glacières ou la rue Thiers, c’est-à-dire dans un parc ou près d’un collège, plutôt que sous les fenêtres d’habitants qui supportent assez mal les cris et le bruit des rebonds. Des espaces de liberté pour les jeunes, pas trop aménagés, pas aux normes, sont un accessoire indispensable du bien vivre ensemble et on aimerait bien que nos élus s’en rendent compte.

*SHON : Surface hors œuvre nette  : en gros, on désigne par là les mètres carrés habitables ou utilisables pour des activités. A distinguer donc de la surface totale, qui prend en compte les escaliers, les  sas, les colonnes d’évacuation…
** Chaque court de tennis occupe une superficie d’environ 670 m² tout compris. Logiquement, 6 courts de tennis collés les uns aux autres occuperaient donc environ 4 000m². Ce ne serait donc pas tout à fait impossible de les installer là, à condition de renoncer au club house et à une partie des vestiaires prévus dans le projet actuel.