Coco FronsacJusqu’au 6 janvier prochain, Coco Fronsac expose chez Voz’Galerie, une série de ses œuvres intitulée « Chimères et Merveilles. »
« Le pays des chimères est en ce monde, le seul digne d’être habité… » a écrit Jean-Jacques Rousseau, dans La Nouvelle Héloïse… C’est à le découvrir que nous invite cette artiste, que l’e-bb est allé interviewer dans son atelier, situé dans une proche banlieue parisienne

Coco Fronsac, issue d’une longue filiation artistique

e-bb.- Pourquoi êtes vous devenue artiste ?
Coco Fronsac – Je pense que c’est à cause de mon appartenance à une famille qui, depuis des générations, s’illustre dans le domaine artistique.
Mes arrière-grands-parents étaient bijoutiers céramistes, mes grands-parents créaient des motifs de tissus pour les soyeux de Lyon. Dans son atelier de céramique, mon grand-père, Lucien Neuquelman, créait des petits personnages, les Figurines de Paris, qu’on peut mettre en parallèle avec les personnages de Peynet ; quand j’étais petite, j’ai appris avec lui la technique du tournage, à laquelle, d’ailleurs, j’aimerais me remettre. Ce même grand-père, après avoir vendu son atelier, s’est remis à la peinture, et en particulier, à ses premières amours, le pointillisme ; il a fait une belle carrière jusqu’à sa mort en 1988. L’animateur Julien Lepers, lui-même petit-fils du peintre Claude Rémusat, collectionnait ses tableaux.
Mes parents, après avoir fait les Beaux Arts, ont exercé également des professions artistiques, ma mère comme décoratrice d’intérieur et mon père comme décorateur pour la télévision et le cinéma. Quant à moi, formée aux Arts Appliqués de Paris, lithographe, passionnée d’arts premiers et de surréalisme, je suis une  artiste protéiforme.

« J’aime comme ma grand-mère, les photos anciennes et les arts primitifs« 

e-bb – Parlez nous de ces « Chimères et Merveilles » que vous exposez chez VOZ Galerie
Coco Fronsac – J’ai créé cette série il y a sept ans et elle représente une étape dans mon travail, que je pourrais qualifier de celle de la « maturité » et d’un aboutissement.
Elle trouve son origine, en partie, dans le fait que j’ai été très influencée par ma grand-mère ; c’était une grande collectionneuse de photographies et, comme elle, j’aime les photos anciennes, je suis très sensible à l’âme des objets et à leur vécu… et en partie également, dans mon amour et mon admiration pour les arts primitifs, particulièrement ceux d’Océanie, d’Alaska, des Yup’ik Eskimo.

Coco Fronsac
À partir de ces influences, un évènement m’a amenée à peindre comme je le fais, sur des photos anciennes. J’ai trouvé un jour, dans un livre sur les masques Yup’ik (N.B. Les Yup’ik sont un groupe de peuples Eskimo d’Alaska et de Russie extrême orientale), une photo qui datait de 1850. Elle représentait un chamane guérissant un enfant ; l’homme tenait ce dernier dans ses mains, de grandes mains sculptées en bois, son visage était couvert d’un masque incroyable, et il portait un grand manteau de fourrure. J’ai éprouvé un grand choc et j’ai connu une forte expérience émotionnelle.

Les masques que peint Coco Fronsac existent vraiment : dadaïsme et surréalisme sont les points de départ de son inspiration

« Chimères et Merveilles » est un essai de retranscription de l’émotion procurée par l’image du chamane et de l’enfant. Mais, si, sur la photo de 1850, le chamane portait le masque, moi je fais porter des masques aux personnages des photos ; j’interviens en couleur sur des photos en noir et blanc. Mais les masques que je peins sur les photos sont extrêmement réalistes, ils existent vraiment, je ne les invente pas, ce qui fait que mes œuvres sont comme des études documentaires. D’ailleurs, je répertorie sur des fiches extrêmement précises, tous les détails, même les plus infimes, que l’on trouve sur chacune d’elles.

e-bb – Comment travaillez vous ?
Coco Fronsac – Je trouve les photos aux Puces, en particulier à celles de Vanves, mais également dans des poubelles, car c’est fou ce que les gens jettent… Je récupère ainsi des témoignages et des souvenirs qui auraient disparu. Je précise que je travaille uniquement sur des photos de famille anonymes.
Avant de modifier une photo, je la reproduis pour la garder, par respect et pour que les personnages continuent à vivre… Et lorsque je peins les masques sur les visages, je garde toujours les yeux, car ils sont le miroir de l’âme.Coco Fronsac
Dans chaque œuvre, j’essaye de concilier ce que j’aime, des masques primitifs avec leur dimension chamanique, des artistes que j’admire, des mots, puisque chaque œuvre a un titre, la botanique, les animaux… dadaïsme et surréalisme étant le point de départ de mon travail et de mon inspiration. Car les masques des chamanes Yup’ik ne sont pas seulement des objets, ils dégagent quelque chose que les grands collectionneurs, les surréalistes, André Breton, ont tout de suite perçu.

e-bb – Comment vous définissez-vous ?
Coco Fronsac – Je n’aime pas que l’on me définisse seulement comme plasticienne. C’est restrictif. Je touche à de nombreux domaines ; je suis peintre, je suis brodeuse parce que je fais du crochet que j’incorpore dans mes créations, je suis « découpeuse » parce que je découpe, je suis sculpteur parce que je sculpte de petits objets. Je suis une manuelle… Protéiforme ? Polymorphe ? Je ne sais si ces adjectifs me conviennent.

Coco Fronsac

Les Dormeurs – Tout ça ne tient qu’à un lit – 1985-2017

Mais ce que je sais, c’est que je suis artiste simplement, et depuis trente ans, artiste à plein temps.

Jusqu’au 28 décembre à la
Voz-Galerie 41 rue de l’Est
92100 Boulogne-Billancourt

Une visite guidée en présence de l’artiste aura lieu le 9 décembre à 15 heures