Jusqu’au 30 novembre, la Voz’Galerie nous présente une de ces expositions étonnantes dont elle a le secret : 7 photographes, issus de contrées et d’univers différents, s’attèlent à la représentation de la nature morte en lui appliquant chacun une technique.

Cyanotypes par Alexander Hamilton

Cyanotypes par Alexander Hamilton

Ils sont Français, Chinois, Écossais, Japonais ou Américains et ont pour point commun de soumettre l’objet, ce modèle privilégié des natures mortes, à des traitements photographiques originaux, au sens artistique mais aussi chimique du terme.

C’est sur cette base que l’exposition se décline, nous menant tour à tour aux univers de David Emitt Adams, Alexander Hamilton, Caï Hongshuo, Philippe Kohn, Iris Legendre, Sébastien Redon-Levigne et Ryuji Taira.

Des pratiques les plus contemporaines aux plus anciennes de la photographie, c’est une célébration ou une mise en question de l’objet – à laquelle n’échappe pas la photo elle-même -, et un hommage rendu aux pères fondateurs de la captation d’image, de 1842 à nos jours.

 

Bouquets de nerfs - Sébastien Redon-Lavigne

Bouquets de nerfs – Sébastien Redon-Lavigne

S’y côtoient les fragiles corolles des Highlands, gracieuses autant que graciles, presque fossilisées dans les cyanotypes d’Alexander Hamilton, qui y allie la technique du photogramme (la plante est directement appliquée sur un support enduit d’une substance chimique qui, au contact d’UV, révèle son empreinte bleu cyan), et les lames puissantes de Sébastien Redon-Lavigne, saisies par une chambre Kodak des années 20 avant d’être développées par impression pigmentaire (tirage numérique obtenu par la projection de minuscules gouttes d’encre). L’effet est saisissant tant l’objet annule les 2 dimensions de la photo pour s’imposer à nos yeux, prêt à trancher.

Les plantes sont également le modèle de prédilection de Ryuji Taira, qui restitue au travers de ses bright shadows l’univers bucolique de son enfance. De nouveau, le support est d’importance, puisque l’artiste imprime ses platinotypes sur un délicat papier artisanal japonais. Les papillons sont plus fragiles que jamais, tandis que les boules de pissenlits, au cœur d’une coupelle, acquièrent pratiquement un caractère hiératique. Cette mise en scène de l’objet rejoint quelque peu le travail de Philippe Kohn, qui le métamorphose par le seul travail du cadrage et de la lumière. C’est en pratiquant un tirage argentique artisanal sur du papier Cartoline que le photographe superpose ainsi un objet et son double inattendu.

Au plus près de la nature, sur papier japonais - Ryuji Taira

Au plus près de la nature, sur papier japonais – Ryuji Taira

Au rebours de ces scénographies, David Emitt Adams se soumet à l’objet qui l’attend. Parcourant le désert de l’Ouest américain, il y relève ces nouveaux éléments du décor auxquels on n’échappe plus : des canettes abandonnées, usées par le sable, la rouille et le soleil, au fond desquelles il imprime, au moyen du collodion humide, les vues grandioses du paysage environnant. A demi-enfouies dans le sable, les canettes sont autant de Cassandre, reflétant sur leur face aveugle la beauté d’un monde dont elles attestent le progressif saccage. Vous avez dit « nature morte » ?
La mort s’invite d’une façon bien plus ludique chez Caï Hongshuo, qui nous propose une série de danses macabres.
Les mises en scène du photographe sont traversées par des rayons X, qui révèlent squelettes de petits animaux, de poissons et d’hommes avec un humour noir (on pense au pendu, aux squelettes énamourés ou à l’oiseau crucifié).

 

Ce que reflète l'objet abandonné dans le désert - David Emitt Adams

Ce que reflète l’objet abandonné dans le désert – David Emitt Adams

L'autre face du portrait de famille - Iris Legendre

L’autre face du portrait de famille – Iris Legendre

Au sous-sol, un autre monde nous attend, avec l’installation d’Iris Legendre, plongée dans la pénombre. L’artiste, révélée lors de la dernière lecture de portfolios par ses curieux portraits en bocaux, travaille sur le thème de la famille et de l’hérédité. Ici, la matière première est la photo de famille ancienne, d’où sourdent des dizaines d’épingles. On croirait une séance de fétichisme noir, mais pour l’artiste, la vision est inverse : ce seraient les photos elles-mêmes qui génèreraient ces enflures, ces tumeurs au sens littéral, révélant l’envers du corps et les menaces – parfois héréditaires – qui l’environnent.

Au terme du parcours, on ne peut être qu’impressionné, par la découverte de cette multitude de techniques parfois vieilles de deux siècles, appliquées – c’est l’essence de la photographie – aux supports les plus variés, au service de sept esthétiques fascinantes, des plus apaisantes aux plus perturbantes.

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