compostelleRien ne semble épuiser l’intérêt des lecteurs pour les récits de marche vers Saint-Jacques de Compostelle, plus on en lit et plus on a envie d’en lire, et c’est là sans doute la première des grâces accordées par ce voyage.

Mais si beaucoup de livres évoquent le côté spirituel de ce vieux chemin de pèlerinage, aucun ouvrage n’abordait  jusqu’ alors la gastronomie des terroirs traversés. C’est chose faite avec ce beau livre : Compostelle, recettes du chemin aux éditions La Martinière, qui propose au lecteur de suivre, en citations littéraires et spirituelles, en magnifiques photos et en recettes emblématiques, 25 grandes étapes du Chemin, sur la voie la plus fréquentée et sans doute l’itinéraire le plus ancien, celui qui part du Puy-en-Velay – pays de la lentille verte -,  jusqu’à  Compostelle, dont la célèbre coquille Saint-Jacques se porte aussi autour du cou du pèlerin.

Les auteurs, François Desgrandchamps, chirurgien épris de littérature et de cuisine, et Anne-Marie Minvielle, journaliste spécialisée dans le  tourisme et la randonnée et auteur de plusieurs ouvrages sur le patrimoine français et étranger, ont uni leur passion pour le chemin jacquaire et leur curiosité pour les  produits du terroirs. Sophie Brissaud, journaliste gastronomique, a donné forme à une cinquantaine de recettes emblématiques des étapes du Chemin.

Entre deux reportages, Anne-Marie Minvielle, Boulonnaise et collaboratrice occasionnelle à l’e-bb, apporte un éclairage supplémentaire à cet ouvrage.

e-bb : Comment, et à qui est venue l’idée de ce livre qui allie le caractère spirituel du voyage à Compostelle et  la gastronomie des terroirs traversés ?

Anne-Marie Minvielle : J’ai suivi moi-même à pied le Chemin de Compostelle il y a quelques années, lorsqu’il était moins médiatisé et que l’on pouvait dormir sous les étoiles dans la campagne…. Ô bonheur !  J’ai même emprunté plus récemment la voie du Nord par le tunnel de San Adrian, une merveille et moins fréquentée….

Étant béarnaise de famille, l’itinéraire du pèlerinage (GR 65 + Camino Francès) m’était familier. J’ai bien connu l’écrivain Jean-Noël Gurgand qui relança la mode du pèlerinage de Compostelle vers les années 1980 avec son ouvrage « Priez pour nous à Compostelle ».  Dix ans plus tard, un article que j’ai écrit pour le journal Le Monde sur le sujet a suivi l’engouement grandissant pour le pèlerinage. 215 000 pèlerins par an suivent maintenant ces lieux, faisant vivre les gens locaux.

Lorsque François Desgrandchamps m’a demandé d’écrire sur la gastronomie du Chemin, j’ai d’abord été interloquée… Cela me paraissait incompatible pour un pèlerin. Mais en fait, en étudiant dans le détail  les terroirs traversés, je me suis aperçue que la plupart du temps, c’étaient les moines de Cluny, de Roncevaux ou d’ ailleurs qui avaient les premiers implanté ces produits (liqueurs, plantes, ail, poireaux, tomates, pommes, vignobles, etc… ), les Croisés qui avaient ramené les asperges, les Missionnaires les piments d’Amérique latine, et que ces produits naturels  étaient partie prenante des paysages traversés et de l’économie locale.

Connaissant bien la randonnée,  j’ai donc découpé le trajet en 25 parcours tant en France qu’en Espagne. Ils sont définis suivant les terroirs traversés, leurs produits et leur histoire. Le défi était relevé, le pari tenu. Il existe des dizaines et des dizaines de livres sur Compostelle, mais ce sujet est le premier à être abordé et a demandé une grosse somme de documentation et de recherches…

Anne Marie Minvielle sur le chemin   DR

Anne Marie Minvielle sur le chemin DR

e-bb : Vous avez fait  ce chemin, avez-vous goûté aux plats proposés dans votre livre ?

A-M. M. La cuisine est une chose à laquelle on pense souvent durant la marche. On a faim, on souhaite ramener une « recette- souvenir » et, plus facilement, la réaliser au retour, en évoquant l’étape traversée. J’ai goûté les recettes concoctées en collaboration avec Sophie Brissaud, tout en recherchant les citations qui émaillent l’ouvrage. Côté espagnol, cela n’a pas été si facile. La Olla podrida, sorte de pot-au-feu qu’aimait Sancho Pansa comme je l’ai appris, se fait encore de nos jours dans le moindre  des restaurants espagnols. Le thé de l’Aubrac se cultive maintenant dans le jardin botanique du village d’Aubrac…

e-bb : Ces recettes sont-elles compatibles avec le côté sportif du chemin, comment se nourrit-on pendant ce voyage ?

A.-M.M : Sur le Chemin même, il n’est pas question de faire ces plats, tout au plus de mettre quelques spécialités faciles à transporter dans le sac à dos… comme la saucisse de Burgos ou  la viande séchée de Léon par exemple… et les hospices ne sont pas réputés pour leur gastronomie. Il y a le problème du poids et du temps….  On est plus côté fruits secs, soupe et bidon d’eau… Raison de plus pour découvrir ces plats au retour ou avant d’entreprendre  le pèlerinage.

Je viens de faire le poulet à la Rioja, un régal et l’autre jour, à Estella, j’ai découvert la chocolaterie qui faisait les « Conchas », madeleines arrondies arrosées de chocolat…