On fait un petit saut en arrière dans le temps, par cet été qui se fait attendre, pour examiner quelques délibérations adoptées lors du bref conseil municipal (17 points à l’ordre du jour seulement) du 12 mai dernier. Après les questions orales, place à l’Office du Tourisme, à une nouvelle résidence HLM, et à la destinée de l’école Billancourt.

HLM et PLI

geneviève dubost

La délibération n°4, présentée par Geneviève Dubost, maire-adjointe aux Finances, comportait deux volets : d’une part, donner la garantie de la ville pour des emprunts contractés par une société immobilière pour la construction de 38 HLM sur le Trapèze, et d’autre part, d’accorder une subvention de 470 000 euros (soit 5000 euros par logement) à la même immobilière pour un second chantier de 94 HLM, également sur le Trapèze. Moyennant quoi, la Ville dispose ainsi d’un droit de réservation : 10 logements pour le premier chantier, et 14 logements pour le second, dont 12 T4 et 2 T3, de ces grands logements dont on manque cruellement.
Il convient cependant de préciser un point : les logements réservés à la Ville dans le second programme sont de type PLI. Comme Martine Even nous l’avait expliqué l’an dernier, les « prêts locatifs intermédiaires » ne sont pas des logements sociaux, mais des logements au loyer inférieur au loyer libre, qui s’échelonne de 19 et 39 euros du m² à Boulogne Billancourt, a-t-il été rappelé ce soir-là par Céline Sicard. Les logements en question devraient coûter 15 euros du m² par mois à leurs locataires, être attribués par la commission municipale sans plafond de ressources.

marc fusina

Si la délibération a été adoptée à l’unanimité, elle a toutefois fait l’objet de quelques remarques, émanant de Martine Even et Marc Fusina (@lternance) : tous deux ont reconnu les difficultés rencontrées par toutes les catégories pour accéder à un logement à Boulogne Billancourt. Cependant, a rappelé Madame Even, les PLI ne sont pas comptabilisés parmi les logements sociaux, or la Ville ne compte pour l’instant que 13 % de HLM. Elle a donc regretté le choix des PLI. A son tour, Marc Fusina a demandé pourquoi opter pour les PLI à 15 euros le m² alors que les HLM de type PLS valent 12 euros du m² à Boulogne Billancourt et seraient, eux, pris en compte comme des logements sociaux.
Le maire a expliqué que leur choix avait été guidé par la question contraignante du plafond de ressources : de nombreux ménages boulonnais auraient un plafond un tout petit peu supérieur au plafond d’attribution d’un PLS (le HLM le plus cher, ndlr), et néanmoins insuffisant pour trouver à se loger dans le privé. La catégorie PLI, privilégiée dans ce programme, leur est destinée.

Fonctionnement de l’office du tourisme

La délibération n°5, également présentée par Geneviève Dubost, portait sur une convention de remboursement de charges entre la Ville et l’Office du Tourisme.
Créé l’an dernier, l’Office du Tourisme de Boulogne Billancourt fonctionne grâce à une taxe de séjour, dont le montant cette année s’est élevé à 360 000 euros. La Ville perçoit la taxe et verse une subvention d’un montant équivalent à l’Office, ce qui couvre les activités d’animation et de promotion, le loyer et les frais de personnel.

éric vincent

Cela a été l’occasion pour Eric Vincent (UPBB) de rappeler la réserve de son groupe quant à l’instauration d’une taxe de séjour. Renvoyant ce débat au passé, il s’est interrogé sur un premier bilan et sur les objectifs assignés à l ‘Office du Tourisme.
A cette double question, le maire a répondu comme suit : tout d’abord, il s’est félicité de l’instauration de cette taxe, qui fait peser le financement de l’Office du Tourisme par les visiteurs, et non par les contribuables boulonnais, comme c’était le cas du temps du service municipal BB Tourisme. Ensuite, il a expliqué que la Ville disposait d’un patrimoine touristique remarquable, que l’Office, sous la conduite du conseil d’administration qui comprend hôteliers et professionnels du tourisme, va faire valoir de mieux en mieux (des opérations de type Eductour ont cette vocation). Il s’agit, selon lui, de « structurer les actions de l’Office. » Enfin, il a constaté que la capacité hôtelière de la ville était insuffisante.

 

Payer ses impôts locaux par carte bancaire

geneviève dubost

 

La délibération n°6, présentée par Geneviève Dubost, portait sur une innovation de taille : il sera désormais possible de payer ses impôts locaux en ligne, par carte bancaire, sur le site de la Ville. D’après l’adjointe, cela devrait permettre d’améliorer le délai de recouvrement des créances de la Ville. Et pour le contribuable, ce devrait être plus facile. Boulogne Billancourt fait partie des 8 collectivités ayant accepté de tester ce nouveau dispositif, dit « TIPI »

L’avenir de l’école Billancourt en question

gauthier mougin

Les délibérations 7 et 8 ont été présentées ensemble par le maire-adjoint à l’Urbanisme, Gauthier Mougin. Elles portaient en effet toutes deux sur le groupe scolaire Billancourt. Expliquant que « l‘évolution des réglementations, notamment celles liées à la sécurité des personnes, à l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, et celles en relation avec le développement durable et les économies d’énergie (réglementation thermique 2012 et Grenelle II) rend impossible une simple rénovation des bâtiments anciens,«  Monsieur Mougin proposait par la délibération n°7 de lancer un concours de maîtrise d’œuvre pour la reconstruction d’un nouveau groupe scolaire. Afin de faciliter les travaux et la vie des élèves, il s’agissait, par la délibération n°8, de programmer leur transfert dans le collège désaffecté du Vieux Pont, et donc de lancer un concours de maîtrise d’œuvre pour l’aménagement du collège : cantine pour les petits, mise à niveau, réorganisation de la cour pour les enfants de maternelle et de primaire…

Cette double délibération a occasionné l’un des deux gros débats de la soirée. Dans la salle, des parents d’élèves brandissaient des panneaux contre la destruction de l’école. Parmi les élus du conseil, les prises de parole furent nombreuses et motivées. L’un des points litigieux portait sur la vente annoncée en conseil d’école d’une partie du terrain à un promoteur immobilier. Comme le projet ne figure pas dans la délibération, la question a été posée en commission. La réponse de la rapporteuse, Christine Lavarde, fut un aveu par litote : « La ville ne doit pas s’interdire de valoriser une partie de la parcelle. »
Selon la personnalité des élus, les réactions ont varié :

thierry solère

Réaction politique, pour Thierry Solère (UMP), qui inaugurait ce soir-là son statut d’opposant : favorable à la rénovation du patrimoine scolaire ainsi qu’à l’opération à tiroirs permettant de transférer les élèves au Vieux Pont le temps des travaux, il a en revanche alerté le maire sur le mécontentement de la communauté scolaire, parents et enseignants. Destinataire, comme tous les élus du conseil, d’une lettre des enseignants de l’école, il a estimé que la délibération n’était « pas précise » et donnait aux parents et aux enseignants des sujets d’inquiétude dont il lui avait été fait part durant sa campagne aux élections cantonales. « Ce n’est pas aux architectes et aux programmistes de décider ce qu’on va en faire » a-t-il déclaré, invitant le maire à reporter l’adoption de la délibération afin de « ne pas passer en force. »

Judith Shan

Réaction technique, pour Judith Shan (PS), qui a tout d’abord demandé à voir les études de faisabilité technique comparées, de la réhabilitation de l’école d’une part, et de sa destruction-reconstruction de l’autre. Enchaînant sur la question de la vente du terrain, elle a demandé confirmation de l’annonce faite en conseil d’école de la vente de 20 % de la surface pour la construction de 5 villas. Elle a ensuite demandé à ce qu’on lui confirme que la cour de récréation de l’école élémentaire serait réduite, alors même que les effectifs doivent augmenter de trois classes, cette disposition ne pouvant s’appuyer que sur un constat d’inutilité du domaine public concerné : « la cour de récréation est-elle considérée comme inutile par la municipalité ? » a-t-elle demandé. Enfin, elle a voulu savoir dans quel cadre s’inscrirait la nécessaire révision du PLU pour la construction de ces villas.
Passant à la délibération n°8, elle a de nouveau demandé communication de l’étude de faisabilité. Rappelant par ailleurs la présence d’amiante non virulente dans les locaux du Vieux Pont, elle a demandé à voir la fiche de synthèse du dossier technique établi sur le sujet, afin d’avoir la certitude de l’innocuité du matériau.

martine even

Réaction indignée pour Martine Even (@lternance), qui a accusé le maire de « tenir deux discours, un en conseil d’école et un en conseil municipal. » De nouveau en cause, le projet à mots couverts de la vente d’une partie du terrain. Madame Even a également demandé des précisions quant à la hauteur du nouveau bâtiment et au nombre d’étages que les enfants auraient à monter. Sur la délibération n°8, elle a insisté sur la nécessité d’une adaptation des locaux du Vieux Pont à des enfants beaucoup plus jeunes que des collégiens et a demandé des précisions sur les conditions de transport vers et depuis ce collège (qui se situe de l’autre côté de l’avenue du Général Leclerc par rapport à l’école, ndlr).

agnès bauche

Réaction lyrique pour Agnès Bauche (UPBB), qui, « Boulonnaise depuis 62 ans, » a invité ses collègues à se retourner sur un siècle d’histoire boulonnaise vécue dans les murs de cette école, de la fin de la Grande Guerre à la mort d’André Morizet, des certificats d’études au développement de Billancourt. « En matière d’urbanisme, notre ville a toujours regardé vers l’avenir, mais elle ne doit pas pour autant piétiner le passé » a-t-elle ajouté, avant d’énumérer les pertes irrémédiables causées par des délibérations irréfléchies. « Il faut entrer dans l’ère du respect des bâtiments qui ont une âme, et classer cette école au patrimoine des Boulonnais » a-t-elle proposé. Par ailleurs, de même que Judith Shan opposait l’architecture durable de l’école primaire à « l’architecture jetable » de la maternelle, qui a à peine 16 ans, Madame Bauche a demandé si les lois du Grenelle appelaient réellement à la destruction des bâtiments centenaires, et si, inversement, elles se féliciteraient de la destruction d’une maternelle si récente, construite sous la responsabilité des mêmes élus (Guy Baroli était déjà adjoint aux Affaires scolaires en 1994, et Pierre-Christophe Baguet adjoint à la Jeunesse, ndlr). En conclusion, sous les applaudissements des parents présents dans la salle, elle a appelé le maire à « ne pas être le Terminator de l’école Billancourt et le bétonneur des cours de récréation. »

jean-pierre fourcade

Réaction à froid, enfin, de Jean-Pierre Fourcade (UPBB). L’ancien maire a émis le souhait que l’école Billancourt connaisse le même traitement que l’école Thiers, réhabilitée et modernisée sous son second mandat. Notant que la délibération n°7 ne prévoyait même pas le maintien des façades de l’école, il a annoncé que son groupe, sans surprise, voterait contre la délibération. Par ailleurs, au regard du coût et de la difficulté du projet, il a ouvertement regretté que l’opposition, et particulièrement les anciens élus de sa majorité, responsables de la réhabilitation de Thiers et de la construction de Maître Jacques, n’aient pas été associés à la réflexion : « nous avons une petite expérience de ces opérations, qui aurait sans doute permis d’éviter quelques ennuis » a-t-il fait remarquer.

pierre-christophe baguet

Face à cette avalanche de prises de parole, le maire, Pierre-Christophe Baguet, a essayé de répondre à tout. Curieusement, il a commencé par déclarer qu’il n’avait « pas du tout honte » alors que la discussion n’avait pas porté sur ce terrain. Ensuite, son maître-mot a été la sécurité : sécurité des locaux, des enfants, et des finances, en substance, ont structuré une réponse virulente à l’encontre de ses contradicteurs. Judith Shan et Martine Even ont été accusées de tenir, elles aussi, un double discours au sujet de la sécurité. Il a annoncé que Marie-Laure Godin, adjointe du quartier du collège du Vieux Pont, avait travaillé à la sécurisation du parcours, et rappelé que lui-même, adjoint aux Affaires scolaires de 1995 à 2001, était à l’origine d’une étude qui avait abouti à la réhabilitation de Thiers et établi la nécessité de réhabiliter Billancourt. Il a énuméré les problèmes de l’école : des réseaux électriques hétérogènes qui doivent être entièrement refaits, l’isolation thermique, des « pertes d’air, » un circuit périlleux pour les chariots de la cantine de la maternelle et, au total, le coût de fonctionnement le plus élevé des écoles de la ville (mais Billancourt est aussi une des plus grandes écoles). Il a ensuite minimisé l’opposition de la communauté scolaire en faisant de la lettre des enseignants une pétition d’une vingtaine de parents ( !), et en taxant les parents présents de récupération politique. Sur la délicate question de la vente du terrain, sa position a rejoint celle rapportée par Christine Lavarde : le terrain sera vendu, peut-on déduire de son propos, cette initiative étant défendue au motif que « Ce n’est pas normal que le contribuable paie tout, » comme cela a été le cas pour Maître Jacques. La construction en hauteur, a-t-il enfin rappelé, n’est pas une innovation, les écoles des années 30 comptant déjà 3 à 4 étages : « nous pouvons aussi reprendre les idées des années 30, c’est aussi respecter le patrimoine de la ville ! » a-t-il insisté.
En conclusion, il s’est voulu ouvert, appelant les élus de tous bords à réfléchir et travailler ensemble, promettant de poursuivre la concertation avec la communauté scolaire, et promettant « d’adapter le programme et de [s’]adapter. »

A suivre…