Après avoir envisagé les questions orales et les délibérations immobilières et financières, place tensions frontalières, aux crèches et aux écoles primaires, objets de débats passionnés lors du conseil municipal de mai.

guy-rené baroli

La délibération n°6, présentée par Guy Baroli, adjoint aux Affaires scolaires, portait sur le mode de restauration de la première école primaire du Trapèze, dite « B2B ». Monsieur Baroli a expliqué que la municipalité avait dû prévoir 2 classes supplémentaires par rapport au projet initial, qui en comptait 16. Peut-être pour cette raison, la municipalité a estimé qu’il n’était plus possible d’aménager la cuisine au sein de l’établissement, qui exploite déjà son terrain au maximum (avec, notamment, une cour de récréation sur le toit). Restait donc le recours à une restauration dite « en liaison froide », c’est-à-dire cuisinée ailleurs et réchauffée sur place. Entre autres inconvénients, soulignons le sujet sensible des frites : pas de frites possibles avec la liaison froide…
La Ville a décidé de recourir à un prestataire extérieur pour alimenter les 540 élèves de cette école qui ouvrira à la rentrée, ce qui a suscité plusieurs remarques :

JP Fourcade

Jean-Pierre Fourcade (UPBB) a regretté que la Ville recoure à un prestataire extérieur plutôt que d’utiliser la capacité sous-employée d’une grosse cuisine municipale, sise rue de Sèvres. Il a en effet estimé qu’au regard du coût de cette prestation (200 000 euros l’an prochain, puis 330 000 euros lorsque l’école fonctionnera à plein régime), il eût mieux valu utiliser en priorité les services de la cuisine municipale, quitte à passer un appel d’offres le cas échéant, lorsque les projets de réfection de l’école Billancourt notamment seraient engagés.

martine even

De son côté, Martine Even (@lternance), a insisté sur la nécessité d’une bonne formation du personnel en charge de cette liaison froide. Elle a souligné la « technicité » de ce mode de restauration qui, mal maîtrisée, cause des désagréments auprès des enfants. Une vision de sauce grumeleuse et tiédasse s’est alors imposée à l’auteure de ces lignes.

pierre-christophe baguet

Successivement, Guy Baroli et Pierre-Christophe Baguet ont défendu leur point de vue. Monsieur Baroli a affirmé à Madame Even que l’appel d’offres intègrerait cette dimension de formation, et que le personnel serait donc tout à fait apte à assurer cette restauration dans les meilleures conditions. A Monsieur Fourcade, il a répondu que la cuisine municipale était capable de fournir 1 000 repas de plus qu’elle n’en prépare aujourd’hui. La solliciter pour la restauration quotidienne de cette école réduirait sa marge à environ 400 repas, ce qu’il juge insuffisant « en cas de gros problème » dans la ville.

pas de frites pour B2B - CR friterie-raymond.fr

D’où le choix de passer tout de suite un contrat avec un prestataire extérieur. A cela, le maire a ajouté que la responsabilité de cette situation incombait à la précédente municipalité, qui avait sous-estimé l’espace nécessaire à la restauration, dans cette école comme dans la nouvelle école Maître-Jacques, inaugurée à la rentrée dernière. Par conséquent, a-t-il expliqué, et bien qu’ayant supprimé la cuisine, l’école sera contrainte d’assurer deux services, ce qui occasionne des coûts d’encadrement supplémentaires. A un autre niveau, il est lui aussi revenu sur l’utilisation de la cuisine centrale de la rue de Sèvres, expliquant qu’elle serait mise à contribution dès l’an prochain pour alimenter l’école des Glacières, le temps d’effectuer le transfert du collège du Vieux Pont sur son nouveau terrain, et très prochainement pour alimenter l’école Billancourt.

christine bruneau

La délibération n°8, présentée par Christine Bruneau, adjointe au Développement durable, annonçait la transformation de l’association Arc de Seine Energie en Grand Paris Seine Ouest Energie, et l’adhésion de la Ville, et de toutes les communes de GPSO. Créée il y a deux ans à l’initiative de la communauté d’agglomération Arc de Seine., et avec le soutien de l’Union européenne, cette association, qui dispose d’une permanence ouverte au public dans la Maison de la Nature, à Meudon, enverra un conseiller une fois par semaine dans chaque ville de GPSO (rappelons que GPSO regroupe 7 villes), afin d’apporter des informations et de l’aide aux particuliers et aux entreprises dans ce domaine, mais également de former le personnel municipal, en vue de conforter et de rendre plus efficace la politique de l’énergie à l’échelle de la Ville. Outre l’adhésion à cette association, il s’agissait d’y envoyer deux représentants. Marie-Hélène Vouette (@lternance) a demandé si l’opposition pourrait y être représentée. Réponse négative, les délégués de la ville de Boulogne Billancourt au conseil d’administration seront Christine Bruneau et Vincent Graffin, conseiller municipal délégué à l’Environnement.

béatrice de villepin

La délibération n°9 était présentée par Béatrice de Villepin, conseillère municipale déléguée au Quartier n°7 (Les Princes-Marmottan). Elle porte sur le sujet polémique du stade Jean Bouin, et plus précisément du projet d’agrandissement du stade, défendu par le Stade Français et le Ville de Paris. Ce stade, où s’entraîne l’équipe de rugby du Stade Français (ceux [et celles]  qui ne suivent pas le rugby n’ont pu échapper, au moins, à la troublante publicité pour les matelas assurée par une des stars – boulonnaise – de l’équipe), se situe, faut-il le rappeler, à quelques encablures du paisible Parc des Princes. D’actions en justice en manifestations, les riverains et les opposants à ce projet, parmi lesquels le maire du XVIème arrondissement, Claude Goasguen, le groupe Verts de la mairie de Paris, les Verts de Boulogne Billancourt et les majorités successives de Boulogne Billancourt, se mobilisent pour annuler et, en tout état de cause, retarder la mise en œuvre de ce projet.
Dans ce contexte, une association de défense des riverains a été fondée en 2007, le « Collectif pour la défense du stade Jean Bouin omnisports et de son environnement », dont la Ville de Boulogne Billancourt est membre fondateur. Par « défense du stade », comprendre : « pour que rien ne bouge et que le stade ne soit surtout pas agrandi ». L’objet de la délibération portait donc sur le renouvellement de cotisation pour la Ville (200 euros par an), et l’inscription de cette cotisation au budget primitif.

marie-hélène vouette

Ce sujet, tout comme celui de la piscine Molitor, de Roland Garros et du Parc des Princes, les gros équipements sportifs à la frontière de Boulogne Billancourt et de Paris, fait l’objet d’un clivage au sein du conseil municipal, entre la droite et la gauche. Ce soir-là encore, Marie-Hélène Vouette et Marc Fusina (@lternance), sont montés au créneau pour dénoncer « la politique rigide » de la majorité en la matière, qui « ne produit aucun résultat« . Ils ont appelé à changer de stratégie : condamnant au passage l’implication de la Ville dans une association comme le Collectif de Défense, « dont l’objet principal est d’agir contre la commune voisine », ils ont suggéré au maire de jouer la carte de la coopération et du dialogue avec le Maire de Paris, plutôt que de poursuivre sur une voie contentieuse, jugée improductive. A cet égard, Marc Fusina a estimé que « les intérêts de Boulogne-Billancourt ne sont pas les intérêts du XVIème arrondissement« , faisant allusion à tout un tas de dossiers sportifs en délicatesse avec la Ville de Paris. Entre autres, la possibilité à terme pour Boulogne Billancourt d’utiliser des lignes de nage pour les pratiques scolaires à la piscine Molitor lorsque celle-ci aura été refaite, et l’utilisation d’un terrain de rugby au cœur du Bois de Boulogne, le stade Mortemart.

pierre-christophe baguet

Face à ces attaques, Pierre-Christophe Baguet a défendu sa position. Il a énuméré les nuisances occasionnées par cette concentration d’équipements sportifs en bordure de Boulogne Billancourt, considérant que le projet de réfection du stade Jean Bouin visant à accueillir 20 000 spectateurs allait encore aggraver les choses. Il a rappelé que le Collectif, dont il était membre fondateur en tant que député, et qu’il subventionne d’ailleurs sur sa cassette parlementaire, comme il l’avait déclaré lors du conseil municipal de septembre dernier, n’avait jamais engagé d’action en justice contre la Ville de Paris. La Ville de Boulogne Billancourt en revanche, en tant que personne morale, a déjà déposé un recours contre le permis de démolir du stade Jean Bouin, délivré par la Ville de Paris. Il a laissé entendre que le Maire de Paris restait sourd aux arguments développés par Boulogne Billancourt, mais qu’il s’obstinait néanmoins à tenter de maintenir le dialogue, bien conscient des enjeux rappelés par Monsieur Fusina.
Au terme de cet échange, le groupe @lternance a voté contre cette délibération.

gauthier mougin

La délibération n°12, présentée par Gauthier Mougin (adjoint à l’Urbanisme), portait sur une modification du Plan Local d’Urbanisme (le PLU). En l’occurrence, il s’agissait d’annuler un projet de crèche de 40 ou 45 berceaux* prévu au pied de la résidence des Toits de Boulogne, entre la Route de la Reine et la rue de Paris. La première question est : quel rapport avec le PLU ? C’est simple, la résidence des Toits de Boulogne est un espace privé. Pour accéder à la crèche, il convenait donc de créer une servitude de passage dans cet espace privé, qu’il fallait donc inscrire au PLU. Plus de crèche, plus de servitude, ce qui explique cette nouvelle modification du PLU. La deuxième question est : pourquoi supprimer une crèche par les temps qui courent ? Monsieur Mougin a avancé trois arguments :

  • le coût du projet, qui reviendrait d’après lui à 150 000 euros par berceau, soit 6 millions d’euros au total ;
  • la mauvaise configuration de l’espace retenu, qui contraindrait à aménager la cour de la crèche côté rue ;
  • le nombre suffisant de crèches dans ce quartier de la Ville.

Cette annonce a été mal reçue par les deux groupes d’opposition.

JP Fourcade

Jean-Pierre Fourcade (UPBB) le premier, est revenu sur les conséquences financières pour la Ville. Pour bien comprendre l’enjeu, il faudrait retracer l’historique du chantier des Toits de Boulogne, qui remonte à 2004. Un prochain article devrait nous éclairer sur ce très gros chantier. En attendant, et schématiquement, il faut comprendre que la mise à disposition de la Ville de ces 1 000 m² pour y installer une crèche avait été négociée au début du projet. C’est pourquoi Monsieur Fourcade ne s’est pas satisfait de la déclaration de Monsieur Mougin annonçant que l’annulation du projet de crèche n’aurait pas de conséquence financière pour la Ville : convenant que le prix avancé de 150 000 euros par berceau était déraisonnable, il a cependant considéré que si la Ville n’y perdait pas, le promoteur, de son côté, y gagnait l’usage de 1 000 m² supplémentaires. Il a donc regretté que la Ville n’ait pas conservé cette surface pour y aménager un équipement moins coûteux qu’une crèche, et néanmoins utile à la vie du quartier.

marc fusina

Marie-Hélène Vouette et Marc Fusina (@lternance), de leur côté, ont réagi à l’argument selon lequel le nombre de structures de garde dans le quartier serait suffisant. D’une part, ont-ils rappelé, on connaît un déficit des structures de garde sur la ville que cette décision ne va guère arranger et d’autre part, a ajouté Monsieur Fusina, le projet des Toits de Boulogne en lui-même comprend 260 logements supplémentaires, en accès à la propriété. On peut en déduire que les nouveaux arrivants seront jeunes, avec un nombre d’enfants non négligeable qui aurait à lui seul justifié le maintien du projet.

agnès bauche

Agnès Bauche (UPBB) a quant à elle réagi au coût supposé du projet, qu’elle juge étonnamment élevé. Elle a rappelé que 150 000 euros était pratiquement le prix d’un studio à Boulogne Billancourt, alors que l’on parlait en l’occurrence du coût d’un berceau.
Se fondant sur une déclaration du maire lors du conseil municipal précédent, qui affirmait que la Ville déboursait chaque année 8 800 euros de couches par enfant en crèche, elle s’est alors livrée à un calcul amusant d’où il ressortait que, en imaginant que la Ville achète à l’unité les paquets de couches les plus onéreux du marché (environ 20 euros le paquet de 50 couches contre 7 euros chez un hard-discount), à 8 800 euros par an et par enfant, cela revenait à imaginer une situation relativement cauchemardesque où les enfants des crèches boulonnaises useraient 95 couches par jour (et 280 en cas de fourniture chez un hard-discount).

le cauchemar du puériculteur : 95 couches par enfant et par jour ...

Au-delà du franc succès remporté par ce calcul digne des pires problèmes de robinets, Madame Bauche en est venue à sa conclusion : « Des chiffres peuvent être mal fondés et pourraient amener à des décisions elles aussi mal fondées. »
Le maire a peu apprécié la démonstration : reconnaissant son erreur sur les couches, due à un mauvais chiffre, il a en revanche confirmé son calcul quant au coût des berceaux, répétant qu’un tel investissement, engagé avec de l’argent public, n’était pas raisonnable. A cela, a-t-il répété, s’ajoutait la mauvaise configuration du lieu, apparemment commune à nombre de crèches installées au pied de propriétés privées. Il a promis que si une autre occasion se présentait dans le quartier, à des coûts moindres, il la saisirait évidemment pour construire une nouvelle crèche. Il a également rappelé que, depuis son élection (2008), le nombre de berceaux à travers la ville, dans des structures publiques et privées, avait augmenté de 21 % et qu’il menait donc une politique extrêmement volontaire dans ce domaine.

* Lorsque le projet de crèche a été présenté en conseil municipal, en 2007, il était question d’installer 45 berceaux. Lors de la délibération du 6 mai, ce nombre était tombé à 40.

A suivre…