Ces dernières semaines, il a fait très froid, en Europe… Comme en hiver. L’Union européenne compte toujours plus de trois millions de sans-abri, victimes du froid. Lundi 13 février 2012, après plusieurs jours de gel aigu, les députés ont demandé une nouvelle fois à la Commission européenne de donner suite à leur demande de stratégie pour les sans-abri.

Qu’en est-il à Boulogne Billancourt, comment aider les démunis qui restent à la rue ?

Comprendre le Plan Grand Froid

On pense naturellement à l’application du plan Grand Froid. Ça sonne bien, organisation et contrôle, c’est rassurant. Mais sans les bénévoles qui s’en occupent, le plan Grand Froid ne serait qu’un grand mot.

Première chose à savoir, le plan Grand Froid est activé par le préfet d’après les informations données par la MÉTÉO. Il est décliné en trois niveaux :

  • Niveau 1 : < 0° la nuit et > 0° le jour (température « ressentie, c’est-à-dire en tenant compte du vent)
  • Niveau 2 : <-10° la nuit <-5° le jour
  • Niveau 3 : <-10° jour et nuit. Le niveau 3 commande l’ouverture de gymnases pour accueillir les sans-abri le jour aussi. Cette année, il n’a pas été décrété dans les Hauts de Seine.

On sale pour faire fondre la glace, mais on n'a pas raison du froid

Pourtant dehors, il a fait bel et bien froid et pendant deux longues semaines. Dur pour la population sans logement qui augmente et évolue. Dur quand le foyer vous renvoie la journée dans la bise.

Le profil de la population sans-abri a changé, les conditions d’accueil n’ont pas suivi : Il y a maintenant plus de jeunes, plus de femmes, des femmes jeunes avec enfants… Mais on manque de foyers mère-enfants, et de places pour femmes seules…
Cette réalité peine à être prise en compte, voire tout simplement reconnue. Je me souviens de la réponse stupéfaite d’une assistante sociale ailleurs dans les Hauts de Seine auprès de qui je tentais d’obtenir un logement stable pour une mère SDF avec ses quatre enfants (de 3 à 12 ans) : « Mais comment se fait-il qu’on ne lui ait pas placé ses enfants ? » Et pourtant, c’était d’avoir galéré ensemble qui les avait gardés en bon état moral… et même bons élèves, quand ils ont pu retourner de façon continue à l’école.

A Boulogne Billancourt, pendant les grands froids, 11 lits ont été ouverts dans les centres d’accueil, mais les hôtes n’étaient pas des coutumiers de la ville. 6 femmes ont été logées par le 115 à la Colombe, 6 rue Victor Griffuelhes. Parmi ces pensionnaires en court séjour (une semaine ou deux), deux travaillent régulièrement. Imaginez celle qui arrive tous les jours à l’hôpital où elle travaille avec sa valise… c’est toute sa maison.
Les autres personnes exposées au froid ont été logées à l’Olivier, 20 rue de Meudon. Ce sont des centres d’hébergement de longue durée, destinés à la réinsertion, et dont les places sont attribuées sur dossier de l’assistance sociale.

Ces deux centres et l’ancien foyer Emmaüs du 12 rue Diaz sont gérés par l’association Aurore (Tel : 01 46 08 02 84). Cette association fait aussi dans l’hébergement d’urgence mais pas à Boulogne.

« Nos SDF de Boulogne » sont-ils hébergés dans la ville ? Non, le 115 décide des places à attribuer… Certains centres sont plus aimés que d’autres. On préfère toujours une chambre à deux ou quatre que l’énorme centre de Nanterre (145 places) impersonnel où l’alcool et la violence constituent un cadre assez habituel.
Dans l’univers de la rue, l’alcool est trop souvent le seul remède contre l’ennui, le chagrin, la peur du lendemain et toutes les vieilles douleurs. Il donne l’impression de se désaltérer, il nourrit, il est antidépresseur, calmant et soporifique. Un faux ami ravageur, contre lequel luttent aussi les bénévoles en maraude.

Des associations sur le terrain

Mais la rue l’hiver, ce n’est pas que le froid. Toutes les aides personnelles en nature, couvertures, nourriture… sont bienvenues. Mais si vous craignez pour une personne dans la rue, une seule solution : téléphonez au 115.
La totalité des solutions d’hébergement est centralisée à ce poste. Entre 19 et 21H, le 10 février, le téléphone a sonné 137 fois… C’est souvent un peu occupé. Prenez patience. Et surtout, sachez qu’aucun foyer n’acceptera une personne sans abri qui se présente à la porte sans avoir été annoncée par le 115.

Aller au contact des sans abri, leur apporter un réconfort tant physique que moral, les soigner, les transporter dans un centre d’hébergement, exécuter les missions du 115… C’est l’affaire principalement de deux associations à Boulogne Billancourt :
La Croix rouge maraude à Boulogne Billancourt le samedi soir de 19H à 24H
L’ordre de Malte France assure 3 maraudes par semaine à Boulogne Billancourt et aussi des consultations médicales itinérantes et les transports dans les lieux d’hébergement coordonnés par le 115.

Si vous souhaitez vous impliquer davantage, prenez contact avec l’une de ces deux associations : le docteur Guy Lessieux, de l’Ordre de Malte France, confirme que la clé de ce bénévolat, c’est un grand professionnalisme. Ce qu’il raconte rappelle ce reportage de BFM.

Le témoignage du docteur Lessieux

Guy Lessieux et johnny

Le SAMU social a été fondé le 22 novembre 1993 par le Docteur Emanuelli. L’ordre de Malte France assume cette mission à Boulogne Billancourt depuis 1997. Guy Lessieux raconte quelques-uns de ses protégés :

« Pendant plusieurs semaines, nous avons essayé de convaincre un homme qui ne parlait pas de prendre une boisson chaude. Jamais un regard, pas un mot, tête obstinée vers le mur. Et un jour, je lui ai proposé du chocolat. Il s’est assis et a dit : « J’adore le chocolat ». Après ce long chemin, nous étions devenus amis. »

« Une dame, toujours allongée, dont on ne voyait pas le visage, sous son fichu, refusait tout. Un soir, elle a dit « j’ai mal au thorax ». Elle n’a pas voulu d’ambulance, alors j’ai effectué ma consultation dans la rue caché par un drap tenu par mes amis, et j’ai découvert un formidable zona. Je lui ai donné du Zovirax® en pommade et comprimés oraux ainsi que du paracétamol contre la douleur. Plusieurs jours après, elle m’a dit : »Ca va mieux, mais qu’est-ce qu’il m’a fait mal le traitement ! » Elle avait réduit les comprimés en poudre et les avait appliqués directement sur les lésions… Thérapeutique à très haute concentration ! ! ! Elle a guérit rapidement. Les services sociaux ont fait un prodige et peu de temps après cette aventure, elle a obtenu un logement où elle nous a conviés à un apéritif de vin blanc et pain servi avec soin. Chez elle, elle a continué à dormir par terre. Elle a demandé à me parler en particulier : « Je voudrais des comprimés pour dormir ». A bon ? vous n’arrivez pas à dormir ? « Non, je veux dire, pour dormir définitivement. » « Vous comprenez, docteur, j’ai connu la galère toute ma vie, et maintenant que j’ai obtenu TOUT, je n’ai plus besoin de rien. »

Vous voyez qu’il faut aider dans une grande progressivité. On ne réchauffe pas brutalement un cœur gelé, comme un membre…

En 2011, l’Ordre de Malte a assuré 74 soirées en Samu social, 46 soirées en Samu social médicalisé + 179 consultations médicales et 1180 actes médicaux. Il assure des consultations bénévoles de pédicurie. Les activités d’accueil mobilisent 39 bénévoles.
Par ailleurs, si vous changez de lunettes, pensez à apporter les vieilles paires à l’ordre de Malte (contact : antoinedevirieu@orange.fr – 06 82 15 34 85). Vous pouvez faire même avec vos vieilles radios argentiques, en contactant guy.lessieux@wanadoo.fr. L’année dernière, l’Ordre de Malte a récupéré 1645 kg de clichés argentiques, (et avec seulement 60 kg, on soigne un lépreux pendant un an).

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