Quand, comme l’auteure de ces lignes, on n’est pas sportif pour deux sous (et encore), la tenue du semi-marathon Christian Granger dimanche dernier n’avait a priori pas de quoi retenir l’attention.

Et pourtant, vers midi, quel spectacle dans la rue, cette valse de jolies jambes qui s’égayent à travers la ville, par deux ou trois paires ! Emergeant d’imperméables rutilant sur d’inimitables tuniques acidulées, elles règlent peu à peu leur pas élastique au rythme de la vie flâneuse qui les entoure, emportant dans leur élan un bras au bout duquel balance une bouteille d’eau.

CourirLes coureurs non encore revenus de leur course n’occupent pas l’espace comme les autres passants, ils donnent l’impression de flotter dans un nuage d’heureuse fatigue. On en retrouve, au détour d’une rue, détendant leurs muscles au ras du sol auprès de ce qui demain redeviendra un anonyme objet du mobilier urbain : borne, muret, banc, pas de porte, buisson même… D’un trottoir à l’autre, dans un sens ou dans l’autre, ils établissent des correspondances qui nous échappent un peu, brassard au vent, indifférents à la curiosité que suscite inévitablement pour le quidam cette subite prolifération d’individus aux allures de lollipop.

Et alors ils accomplissent un miracle, celui de vous donner envie, à vous qui n’envisageriez pas une seconde de leur ressembler ou même de les suivre, de lire Courir, le roman de Jean Echenoz qui respire le souffle calme et cadencé d’Emile Zátopec.