La Dame de Pique, boisson alcoolisée à base de cognac, de vin et d’épine noire (petite prune), est une tradition charentaise. C’est une boisson fraîche et très fruitée. Nous sentons tout de suite le goût des prunelles. C’est un alcool léger. Le cognac est bien présent, mais tout en subtilité.
Romuald Vincent, boulonnais et petit-fils de son créateur, a décidé de la sortir de l’ombre. L’e-bb l’a rencontré…

Romuald Vincent Cr photo DR

Romuald Vincent
Cr photo DR

D’où vient la boisson alcoolisée la Dame de Pique et pourquoi ce nom ?
Romuald Vincent : 
C’est une tradition familiale à base d’épine noire. Ma famille utilisait son infusion à des fins médicamenteuses.

Travaillant dans le cognac, mon grand-père, qui venait d’épouser ma grand-mère, a imaginé un alcool spécialement pour elle. Il n’avait pas énormément d’argent, mais de bonnes connaissances dans le domaine, ce qui lui permit de créer cette boisson. Depuis 60 ans, ma famille a continué à la produire sans jamais vraiment la commercialiser.

Cela faisait longtemps que je voulais faire connaître ce produit si cher à mes yeux. Le décès de mon grand-père il y a deux ans m’a décidé à passer le cap. C’est lui qui m’a transmis cette passion pour le travail du cognac et de l’épine noire : je le regardais faire quand j’étais enfant.

Pour moi, cette boisson mérite d’être connue. Je la vois comme un héritage familial et je fais tout pour qu’elle reste dans la famille.

A l’origine, une légende charentaise et une histoire de famille

La Dame de Pique est une légende charentaise que me racontait mon grand-père quand j’étais petit. C’est, de plus, un clin d’œil au poker. Enfin, je souhaitais que le nom de la marque reste français à l’export. Grâce au logo, je pense que notre nom peut être compris dans le monde entier.

Votre entreprise est toute nouvelle. Comment vous êtes-vous organisé dans la création de la Dame de Pique  ?
R.V : 
J’ai d’abord travaillé sur l’esprit design que je voulais donner au produit. Il y a tellement d’alcools sur le marché français qu’il fallait que mon produit se distingue tant par son goût que par son look. Je devais donner envie aux gens de faire le premier pas vers cette boisson inconnue.

On a créé deux formats. Une petite bouteille de 15 cl conçue pour la gent féminine – bien qu’elle puisse également plaire aux hommes – avec son galbe féminin et sa légèreté, puisqu’elle est faite en aluminium et non pas en verre. La Dame de Pique contient une base de cognac, présente pour ses saveurs, mais qui se trouve en retrait dans le but de donner quelque chose de plaisant et accessible. De plus, la petite bouteille évoque davantage la flexibilité qu’on peut retrouver avec les bouteilles de bières vers lesquelles on se tourne assez intuitivement, même si son fini est beaucoup plus élégant. Le fait que ces bouteilles soient vendues par trois favorise son côté convivial. Enfin, puisque notre boisson est chère à produire, elle a un certain coût. Le petit format permet aux consommateurs de tester le produit avant d’investir dans une plus grande bouteille.

Les habits noirs de la Dame de Pique

Dame de Pique

La bouteille de 70 cl

Nos bouteilles sont noires. Cela est dû au verre fumé anti-UV que nous utilisons pour les grandes bouteilles de 70 cl dans le but de faire durer le produit qui contient très peu de traitements. Les concernant, elles sont plus standard. Nous avons néanmoins choisi un bouchon en verre plutôt qu’en liège, parce que ce dernier peut contaminer la boisson, et pour permettre à la bouteille d’être facilement rebouchée si le consommateur décide de ne savourer qu’un verre de Dame de Pique à l’apéritif, par exemple.

Cela fait un an et deux mois que l’entreprise existe. Tout cela s’est fait par étapes. Comme j’avais le temps, j’ai pu avancer progressivement et faire des études de marché en région parisienne auprès de cavistes et de restaurateurs qui ont tous été unanimes en faveur du produit. De ce fait, j’ai pu lancer une  production plus conséquente que ce que la cave familiale nous permettait de faire.

Plus concrètement, qu’est-ce que cette boisson ? Comment est-elle produite ?
R.V : 
L’épine noire est le nom charentais commun pour désigner le prunelier qui est l’espèce sauvage du prunier commun sélectionné par l’Homme. Le prunelier donne des petites prunelles très âpres qu’on ne peut consommer qu’aux premières gelées qui permettent aux sucres de se concentrer. On les récolte à la main sur les terres de ma famille entre octobre et novembre en fonction du climat et on le fait macérer dans des vieux barils de cognac déjà vieilli depuis à peu près deux ans. Cette macération dure environ six mois.

Au printemps, les pruneliers fleurissent. On en cueille alors les pousses que l’on transforme en levure afin de faire muter une base vinifiée – fournie par les viticulteurs avec qui je travaille -, c’est-à-dire de stabiliser le vin avec un alcool plus fort, ici la liqueur de prunelles.

Du cognac et des prunelles à l’état sauvage

C’est très long et fastidieux à produire, mais c’est ce qui fait son goût. Puisque nos récoltes se font à l’état sauvage, nous sommes forcément limités à une micro-production : l’année dernière, on a produit 3 000 L de boisson. On est également tributaire des spécificités de chaque cuvée puisque chacune d’entre elles est naturelle et dépend donc de la saison et du lieu des plantations par exemple. Mais ceci est intéressant et nous choisissons de le mettre en avant.

Comment conseilleriez-vous de consommer la Dame de Pique ?

Dame de Pique

La collection de la Dame de Pique au parc Albert Kahn

R.V : Premièrement, je dirais que le produit se suffit à lui-même. A 12 degrés, il est très doux. Pour vous donner une idée, la petite bouteille correspond à la consommation d’alcool d’un grand verre de vin. Néanmoins, certains barmen l’utilisent dans d’excellents cocktails.

La Dame de Pique est meilleur frais, même si ses arômes sont décuplés à température ambiante. Cela dépend des goûts de chacun ! En revanche, je le déconseille frappé, car les glaçons risquent de se diluer dans l’alcool.

A la maison, on peut le consommer comme apéritif avec du foie gras ou du melon par exemple, ou en digestif léger avec un dessert sucré ou chocolaté, des glaces ou des sorbets. Il peut également être utilisé en réduction en cuisine pour des sauces ou le canard laqué par exemple. La palette est très large ! La Dame de Pique est un produit flexible et ouvert.

Vous pourrez retrouver la Dame de Pique à Boulogne dans les boutiques Cérès, La Compagnie du terroir et du goût, La poignée de raisins et Vins et Compagnie, ainsi que dans des bars parisiens tels que Le Syndicat, Le Pas de Loup et La Française.
Petit format : environ 18€ les trois bouteilles
Grand format : environ 25€

Plus d’informations sur le site de Dame de Pique.

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Passionnée par l'actualité, la lecture et le théâtre, j'espère devenir journaliste culture. Merci à l'e-BB de me laisser l'opportunité d'écrire mes premiers articles !