Jusqu’au 29 octobre, le rez-de-jardin de l’Hôtel de Ville accueille l’exposition De boue et de larmes, dans le cadre du centenaire de la Première Guerre Mondiale.

C’est une exposition exceptionnelle qui lance à Boulogne-Billancourt la commémoration du Centenaire de la Grande Guerre.

Un salon Belle Époque, décoré aux images martiales de la Victoire

Un salon Belle Époque, décoré aux images martiales de la Victoire

Collectées par Michaël Draï, Raphaël Confino et Jean-François Vernier, de la société Instant 3D spécialisée dans la création d’exposition stéréoscopiques, ce sont quelque 120 photographies du front qui attendent les visiteurs. Prises par des photographes de l’armée, en Allemagne et en France, ces images restituées en trois dimensions nous plongent dans la réalité des tranchées. « L’imagination la plus féroce ne peut concevoir un tel enfer » témoigne, en voix-off, l’un des nombreux poilus dont la correspondance est mise en valeur. Et on ne peut que lui donner raison : aux images de propagande soigneusement mises en scène – dont une partie de cartes qui préfigure sans le savoir les Joueurs de skat d’Otto Dix -, répondent les photos volées de la réalité du front. Des tombes de fortune, des débris, des corps en tas, en miettes, dans des paysages d’apocalypse que le temps a aujourd’hui pansés. Il faut entendre les témoignages sur les arbres qui volent en éclats, pour comprendre qu’on n’est pas sur la lune. « Que la guerre est jolie ! » écrivait, désespéré, Apollinaire…
La qualité des images est incroyable, et l’on croit palper la boue lourde et grasse qui envahit tout – « On meurt de la boue comme des balles » témoigne un autre soldat. Sur les 100 000 clichés commandés par le ministère des armées à des fins de propagande, 20 % relèvent du procédé stéréoscopique, qui confère aux images profondeur et relief.
La scénographie conforte encore le propos, en guidant le visiteur à travers trois espaces : un salon belle époque au coquet papier peint, une salle de projection, et les environs d’une guérite de fortune.

Salon de coiffure improvisé - Quennevières - boyaux de l’œuf - CR InstantD3

Salon de coiffure improvisé – Quennevières – boyaux de l’œuf – CR InstantD3

Ce soir, aux côtés de Joseph Zimet, Directeur général de la Mission du Centenaire, Robert Créange accueillait les visiteurs. Plus que d’autres encore, le Secrétaire général de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, se sent concerné par le Centenaire. Son oncle paternel, qui le recueillit après la déportation de ses parents, s’est longtemps occupé de l’association Ceux de Verdun. « Je trouve cette exposition très bien faite, et elle a le mérite de n’être pas trop longue pour un public scolaire » explique Robert Créange. Depuis ce matin, fidèle à son souci de transmission, il assure les visites guidées pour les élèves de CM2 de la ville. « La première expérience, avec des élèves de Billancourt, a été très positive. Certaines photos sont rudes, mais elles contribuent à leur donner l’horreur de la guerre. J’ai fait mienne depuis longtemps la formule de Henri Barbusse, ‘Guerre à la guerre’ ! » Quatorze classes sont d’ores et déjà inscrites pour ces visites, mais il ne faut pas croire que l’exposition s’adresse exclusivement aux scolaires.

Toute personne curieuse de ce temps déjà si lointain devrait venir y passer trente minutes, ne serait-ce que pour répondre à cette question, posée à l’entrée de l’exposition : « A quoi sert un monument aux morts ?«