À Boulogne-Billancourt, le Musée des Années 30 consacre, de façon permanente, un étage à ce qu’il présente comme « l’art colonial », celui exercé par les artistes voyageurs français dans nos colonies de l’époque.

Afrique noire – Louis Bouquet
Dr Musée des Annèes 30 Boulogne-Billancourt

Aujourd’hui, de l’autre côté de la Seine, au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, une exposition temporaire concerne l’art des colonisés, ou, plus exactement la façon dont le musée a rassemblé des pièces maîtresses de cet art, depuis sa fondation, il y a vingt ans.

La préparation de cette ambitieuse exposition avait commencé en 2014, donc avant le discours de novembre 2017 dans lequel le président Macron affirma, devant les étudiants de l’université de Ouagadougou, sa volonté que soient réunies d’ici à 2023 «  les conditions pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique  ». En conséquence, le 4 juillet dernier, le ministre français de la Culture a annoncé la restitution prochaine de 26 pièces réclamées par les autorités du Bénin (ancien Dahomey). Il s’agit d’une partie du trésor du roi Béhanzin, saisie en 1892 lors de la prise de son palais d’Abomey par l’armée française. Aujourd’hui, des conservateurs du Musée du Quai Branly figurent officiellement au conseil scientifique de l’établissement béninois qu’il faut créer de toutes pièces pour accueillir cette restitution. Néanmoins, une certaine perplexité règne dans les milieux concernés en raison du risque «  boîte de Pandore  », à concilier avec le principe d’inaliénabilité du patrimoine muséal que le ministère de la Culture est censé protéger. Commandé par E. Macron et remis le 18 novembre 2018, un rapport contribue à cette perplexité. Rédigé par l’historienne française Bénédicte Savoy et l’universitaire sénégalais Felwine Sarr, ce rapport prévoit le retour à terme d’une bonne partie des quelque 90 000 objets d’art d’Afrique subsaharienne se trouvant dans les collections publiques françaises, majoritairement quai Branly.  

Statuette double
• Référence du cliché : prod00276_01

• Titre : Appui-tête
• N° inventaire : 70.1999.9.1
• Usage de l’objet : Appui-tête
• Auteur de l’oeuvre : Maître des coiffures en cascade
• Date de l’oeuvre : 19e siècle
• Matériaux et techniques : Bois sculpté, métal
• Dimensions : 18,5 x 19 x 8 cm
• Pays : Congo, république démocratique
• Continent : Afrique
• Ethnie : Luba du petit royaume de Kinkond
• Copyright : © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Hughes Dubois
• Photographe : Hughes Dubois

  Des conservateurs s’expriment sur écran

 

«  Il faut regarder l’histoire et le contexte  », a prudemment déclaré Yves Le Fur, commissaire principal de l’exposition, interrogé sur ces «  restitutions  » lors d’un vernissage réservé à la presse avant l’ouverture des couloirs au public. Le débat sur l’opportunité de telles mesures étant plus que jamais d’actualité, les organisateurs avaient été bien inspirés de vouloir montrer dès 2014 en quoi les acquisitions du musée respectent une convention de l’Unesco ratifiée par la France en 1997, convention contraignant les musées à «  enquêter  » sur les œuvres qu’ils acquièrent, notamment sur leur traçabilité et les conditions de leur collecte.

Le «  parcours pédagogique  » de l’exposition comprend des arrêts devant des écrans sur lesquels des conservateurs expliquent leurs intentions et exposent leurs méthodes de travail. Un intéressant métier que celui de ces conservateurs, parfois missionnés pour une enquête sur place par le Comité d’acquisition du musée  ! Leur art consiste aussi à savoir comment remporter le morceau pendant une vente aux enchères.

En vingt ans, 77 082 items sont entrés quai Branly  : 15 857 objets d’art et 61 225 œuvres graphiques ou photographiques. Environ 60 % de ces items sont des dons. En effet les donateurs ne manquent pas, par amour de l’art ou dans l’espoir de laisser leur nom sur la base de données du musée, laquelle indique quelque 350 000 provenances.  Parfois, ces candidats donateurs peuvent enjoliver les choses. Tout en rendant hommage aux plus désintéressés, Emmanuel Kasarhérou, second commissaire de l’exposition, confiait plaisamment à la presse  : «  Il faut savoir faire le tri, vérifier de belles histoires  !  » 

• Date de l’oeuvre : Avant 1931
• Matériaux et techniques : Bois, fer, alliage cuivreux, perles de verre
• Dimensions : 69 x 18,5 x 18 cm
• Pays : Plaine du Séno
• Continent : Afrique
• Ethnie : Dogon
• Copyright : © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Claude Germain
• Mentions obligatoires : Sculpture acquise grâce au soutien de la société des Amis du musée du quai Branly du musée du quai Branly – Jacques Chirac
• Photographe : Claude Germain

 500 œuvres et documents à l’appui                                              

La grande affiche annonçant l’exposition dans les stations de métro parisien et boulonnais reproduit une statue féminine issue du pays Dogon au XIXe siècle. Cette statue – «  bois, fer, alliage cuivreux, perles de verre  » – fait partie des quelque 500 œuvres et documents présentés dans l’exposition. Les conservateurs ont aussi réuni des photos et des peintures d’artistes contemporains, jugés dignes de figurer dans leurs collections. On remarque notamment le travail du Togolais Paul Kodjo, né en 1939, qui fut le correspondant en France du quotidien ivoirien «  Fraternité-Matin  », de 1967 à 1970, avant de s’illustrer par ses photos de studio et d’extérieur en Afrique.

My friend the bushman – Kwame Akoto Acrylique sur toile achat de 2017 – Dr Musée Quai Branly-Jacques Chirac

 

Dans la salle consacrée à la peinture africaine, j’ai bien aimé «  My friend the bushman  », du Ghanéen Kwame Akoto, né en 1960  : un «  acrylique sur toile, achat de 2017  ». Le sujet est couvert d’un branchage vert vif, du meilleur effet. Était-ce intentionnel  ? Ce tableau est en harmonie avec la célèbre «  façade végétalisée  » du musée  !

The following two tabs change content below.
Jean de La Guérivière

Jean de La Guérivière

Il a choisi Boulogne pour sa retraite, en 2000, après une carrière de journaliste au service International du quotidien Le Monde. Ses séjours à la rédaction parisienne avaient alterné, en famille, avec des postes de correspondant à New-Delhi, Alger et Bruxelles. Il a publié deux romans et neuf essais, principalement aux éditions du Seuil.