Pécheurs -Volcan  cr Jean-Marie Dugas

Pécheurs -Volcan
cr Jean-Marie Dugas

Jusqu’au 30 juillet prochain, à la VOZ’Galerie  Jean-Marc Dugas expose ses photos de Bali, qui loin des clichés figés et des photos de touristes, sont des instantanés de vie et de véritables œuvres d’art, s’apparentant à des miniatures. traditionnelles balinaises.

Il a expliqué son travail lui-même, lors d’une visite commentée devant un groupe d’amateurs attentifs. Bien inséré dans cette île où il est allé quatorze fois, y passant, chaque fois, à peu près un mois, y allant souvent à l’occasion de nombreuses cérémonies, l’artiste a d’abord présenté un Hobo, une chambre photographique encombrante, dont il ne se sépare pas depuis 1994.

L’appareil a été ainsi nommé en référence aux  « hobos » américains, des travailleurs saisonniers qui grimpaient dans

JM Dugas avec son Hobo

JM Dugas avec son Hobo

les trains clandestinement, du temps de la Grande Dépression ; puis le terme s’est étendu à une figure mythique, celle d’un personnage épris de liberté, vivant en dehors d’une société aliénante et contraignante, dont l’un des représentants les plus connus est l’écrivain et poète Jack Kerrouac.

Jean Marc Dugas a également expliqué la façon dont il procède ; à partir de tirages en noir et blanc, il laisse le soin à des peintres balinais de recolorier l’image. Ces artistes coloristes,   I Nyoman Ngertu, I Made Sudeja, Ida Bagus Putra Wiradnyana, colorent à la façon des anciens, le réel figé de la photographie, comme ils coloraient les dessins à l’encre de chine, de la nuance la plus claire à la plus sombre. Le photographe ne leur donne aucune instruction de couleur ; il n’a qu’une demande :  « Peignez la réalité », laissant à chacun la liberté d’exprimer sa réalité.

À la suite cet exposé, il a emmené les visiteurs à la découverte de paysages magnifiques, d’une culture attachante, et d’une philosophie de vie à méditer, en commentant les différentes œuvres qu’il expose chez VOZ. Beaucoup de celles-ci représentent des scènes de la vie religieuse, car la religion occupe une très grande place à Bali, où il y a plus de temples que de maisons, où 85 % des habitants sont hindouistes, ce qui est exceptionnel en Indonésie, plus grand pays musulman du monde. Pendant les manifestations religieuses, il existe d’ailleurs des policiers religieux, les « pecalang » (prononcer « petchalang »), qui prennent le relais de la police normale et ne badinent pas avec la loi… On découvre la prière du matin au dieu qui garde la source, car l’eau très importante à Bali…, l’arrivée d’une procession sur l’esplanade intérieure d’un temple, où les chiens ont droit de cité, car seule la pensée impure est à proscrire dans une enceinte sacrée, pensée impure dont les chiens sont dépourvus puisqu’ils ne

Danseuses balinaises cr JMDugas

Danseuses balinaises
cr JMDugas

pensentpas… les cérémonies d’offrandes portées sur la tête, que l’on fait bénir avant de les ramener à la maison pour les manger en famille… une cérémonie traditionnelle, sorte de baptême, pendant laquelle un bébé, âgé de plus de quatre mois et dix jours, peut enfin poser les pieds par terre, ce qui lui était interdit jusque là… des danses traditionnelles dont on connaît la magnificence et la beauté, même si l’on n’est jamais allé à Bali…

Jean Marc Dugas a présenté aussi des « ogho-ogho », effigies qui représentent le mal de l’année écoulée. Le dernier jour de l’année, elles sont promenées dans les rues, battues et brûlées ; le lendemain est un jour de silence absolu et de méditation, pendant lequel l’aéroport international est fermé, et les touristes consignés dans leur hôtel. L’île doit paraître déserte pour que les démons, s’ils passaient au-dessus d’elle, aient l’impression qu’elle est vide et passent leur chemin…

D’autres photos sont consacrées aux cérémonies funéraires. Là un véhicule de crémation à l’intérieur duquel le corps est

Ogho Ogho  cr JMDugas

Ogho Ogho cr JMDugas

emmené, pendant qu’à chaque carrefour, les porteurs le secouent dans tous les sens, pour que l’âme du défunt ne retrouve pas son chemin jusqu’à son ancienne demeure, et ne vienne pas perturber les vivants… Ou encore une crémation collective, rendue nécessaire par le fait qu’un balinais se doit d’assurer une belle crémation à ses parents, mais que cela coûte très cher ; il faut en effet inviter au moins cinq cents personnes, payer des statues, des offrandes, des prêtres, et risquer de s’endetter pour des décennies. Les Balinais peuvent donc enterrer leurs défunts temporairement puis les déterrer, lorsque se présente une occasion de crémation collective. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces cérémonies se déroulent dans une atmosphère de joie et de gaîté car pour les Balinais, la crémation est une libération.

Jean Marc Dugas donne également une place importante à la vie quotidienne… une vendeuse de fruits qui a disposé sa marchandise en forme de volcan (l’île est de nature volcanique et possède un volcan toujours en activité, le mont Agung)… un vendeur de noix de coco… des combats de coqs très prisés des habitants… des canards dans une rizière qu’ils protègent en la débarrassant des parasites dont ils se nourrissent…

Un voyage extraordinaire dans un pays souriant et attachant que l’on peut découvrir jusqu’au 30 juillet prochain.

Visite commentée de l’exposition : les samedi 7 juin et 5 juillet à 15h00  –  Réservez votre place.

VOZ’Galerie – 41 rue de l’Est – 92100 Boulogne-Billancourt www.vozgalerie.com 1