Jusqu’au 19 novembre, la galerie Mondapart consacre une exposition au travail de Denis Rivière sur le sac en plastique, bientôt objet rare, et déjà…. objet d’art.

Épais et impénétrable, ou au contraire si fin qu’il se déchire traitreusement, le sac poubelle commun présente une robe opaque et irisée, d’où émane parfois une odeur suspectement douceâtre. La marque, indélébile, de sa nature pétrolière. L’emballage de nos déchets est lui-même issu de résidus peu glorieux. Il faut un œil d’artiste, et un esprit démarqué des conventions, pour y déceler un potentiel plastique, au sens esthétique du terme.

Saisir la plasticité du sac

Telle est l’entreprise de Denis Rivière. Là où nous voyons le plus disgracieux des utilitaires, le revers ô combien prosaïque de nos prétentions hygiénistes, le plasticien voit un objet rare, bien que produit en série. Le sac réfléchit la lumière ou la laisse traverser entre les mille replis suscités par son contenu. Flexible, il se montre protéiforme pour mieux emballer nos déchets, et opposer sa masse aux regards.

Préciosité du traitement

Denis Rivière

Le sac poubelle, nature morte post-moderne, par Denis Rivière

L’exposition de Mondapart présente 10 ans de travail autour de ce sac : des huiles sur toile, essentiellement, de la miniature au grand format, mais aussi quelques découpages en bois, empilant à l’envi les formes opulentes et chatoyantes qui renferment nos déchets. Par un raffinement précieux, le peintre travaille des fonds moirés, en arabesques fleuries, authentiques faire-valoir du sujet.
Cette préciosité va plus loin encore, lorsque Denis Rivière perce le contenu des sacs. Forcément, la tentation est trop grande ! Et que dégorgent ces sacs ? Non pas les déchets organiques macérés dans leur jus qui font la nausée du passant. Non. Si l’artiste s’intéresse au rebut, c’est avec coquetterie, douceur et humour. Pas de sacs éventrés sur des contenus sordides ici, mais des respirations évocatrices. De celui-ci s’échappent des fleurs encore fort vivaces. De celui-là, de la lingerie féminine. D’un autre, c’est un alerte poupon en celluloïd.

Un memento mori revisité ?

Il y a contre-pied, certainement, mais pas inversion pour autant. Au sous-sol de la galerie, le sac se trouve mis en scène, au premier plan de paysages irrémédiablement transformés par l’homme. Quelle place pour le poupon dans un paysage de derricks boueux ? Qu’est-ce qui est réellement mis en balance, au travers de ce lourd sac suspendu devant des glaciers qui fondent ? On comprend alors l’implication de Parangone, agence boulonnaise spécialisée dans le développement durable. Et l’on se demande si, derrière ce renouvellement baroque de la nature morte à l’ère post-moderne, Denis Rivière n’aurait pas glissé, à sa façon, une nouvelle forme de memento mori.

Denis Rivière

Un remerciement qui interpelle : Thank you – Denis Rivière 2012.

Un tour du monde en sacs de caisse

Denis Rivière

Exotisme du sac souvenir, Rainbow Snake – Denis Rivière

Dans une seconde partie, l’exposition présente une série de sacs de caisse au format nature morte. Ils viennent du monde entier et Denis Rivière s’est attaché à restituer toute leur singularité. Fini les surfaces gris pétrole, place à une mosaïque de couleurs plus ou moins translucides.
Du sac venu de la seule boutique de l’île de Pâques à son congénère d’Alep, en passant par l’aborigène aux armes du serpent arc-en-ciel, la série reflète au travers de cet humble objet un monde de pratiques et d’identités visuelles au diapason des sociétés. Le sac d’emballage est bien un support, parfois presque un manifeste, et même une éclipse, à l’instar de ce sac de la Mère Poular, crânement enfoncé dans le sable de la baie.

Denis Rivière, le sac (était) Plastique, à la galerie Mondapart jusqu’au 19 novembre.