Les « maîtres » et les « maîtresses » du roman policier sont souvent anglo-saxons ; comme si l’art de distiller l’angoisse et de jouer avec nos nerfs, se déclinait essentiellement en anglais…Et pourtant, qui sait qu’à Boulogne, ville tranquille, vit une spécialiste du suspense, concoctant des intrigues tortueuses que publient les éditions RamsèsVI, fondées par son mari il y a peu ? Pour en savoir plus, e-bb est allé interviewer M.A.Graff, l’auteure, et Stéphane Paturel, l’éditeur.

e-bb. Stéphane Paturel, vous êtes un éditeur atypique, tout jeune dans le monde de l’édition et fondateur d’une maison d’édition uniquement numérique ? Qu’est-ce qui fait l’originalité de votre démarche ?

Stéphane Paturel, directeur de Ramsès VI

S. Paturel. Notre objectif était de publier initialement des romans policiers grand public, et de trouver un canal de distribution, différent des circuits habituels comme les boutiques pour ouvrages papier. L’idée était aussi de proposer aux lecteurs, des épisodes sous format numérique et envoyés à un rythme hebdomadaire, chaque mercredi.
La durée de vie d’un livre papier est très courte, deux à trois mois chez les libraires, qui sont de plus, submergés par une pléthore d’ouvrages ; en fait un nouvel auteur n’a pas le temps de s’imposer. Notre structure d’édition correspond donc à de nouveaux besoins et nous permet de nous différencier en sortant du lot.

e-bb. Que vous demande comme investissement votre maison d’édition, créée il y a seulement un an et demi ?

Le Voisin (2010) : une jeune infirmière découvre son voisin sans connaissance et contusionné dans l'escalier. Le lendemain, il disparaît.

S. Paturel. Beaucoup de persévérance comme dans beaucoup de domaines ; mais cette persévérance nous est particulièrement nécessaire car nous partons de rien. Il nous faut persuader notre interlocuteur, l’amener à nous écouter et à commencer à lire les ouvrages que nous proposons. Cette première lecture est la plus importante, car avec le recul, nous nous sommes aperçus que les gens rachetaient assez volontiers les ouvrages suivants. En un mot, nous devons toucher un public aussi large que possible, qui accepte de lire un premier ouvrage.

e-bb. La lecture sur écran est-elle plus difficile que celle d’un livre papier ?

S. Paturel. Elle est différente et cela dépend des lecteurs ; les plus jeunes ont plus l’habitude de lire sur des supports électroniques et cela aura un impact sur l’achat des livres. Mais en France actuellement, ce type de lecture ne semble pas fortement démocratisé, même s’il tend à se répandre : je prends le métro tous les jours et je vois apparaître des liseuses électroniques. Par contre, nous sommes allés aux USA cet été et dans l’avion, de nombreux passagers américains avaient ces liseuses. Le développement de ce mode de lecture est en fait lié à un développement de l’offre.

e-bb. Vous êtes une maison d’édition numérique et vous proposez pourtant au lecteur deux formats, électronique ou papier. Pourquoi conserver ce dernier ?

S. Paturel. Pour l’instant, c’est le vecteur par excellence. De plus, ce n’est pas le lecteur qui imprime, c’est nous ; et nous avons choisi une présentation qui permet de constituer une belle collection que l’on a envie d’avoir chez soi ; ce plaisir esthétique n’est pas possible avec la lecture sur écran.

e-bb. Avez-vous choisi le nom Ramsès VI, par admiration pour l’Égypte ancienne ?

S. Paturel. Pas du tout ! nous avions décidé de créer un nom à partir des initiales du prénom des six membres de notre famille, celui de ma femme, de nos quatre enfants et du mien ; et nous nous sommes aperçus que cela faisait Ramsès ! Mais cela n’a rien à voir avec les pharaons (ndlr à titre d’information, onze pharaons ont porté le nom de Ramsès...)

e-bb. Pourquoi ne publiez-vous que des romans policiers ?

S. Paturel. Nous voulions d’abord produire un livre tout public ; nous avons tous lu des romans policiers ; Maurice Leblanc et son Arsène Lupin, Agatha Christie avec Hercule Poirot et miss Marple, font partie d’une culture commune (ndlr Un roman sur quatre vendus actuellement est un roman policier. Et en nombre de livres lus, les romans policiers dépassent les romans d’un autre genre, selon une enquête du Ministère de la Culture datant de 2010.).Et puis notre premier auteur, ma femme M.A. Graff, écrit des romans policiers.

e-bb. M.A. Graff, pourquoi ce choix d’écrire des romans policiers ?

M.A Graff - tous droits réservés

M.A. Graff. J’en ai lu beaucoup et cela joue certainement dans mon choix d’écrivain ; mais il y a aussi le plaisir de tenir le lecteur en haleine. On fait sortir le lecteur de lui-même en inventant un monde trompeur : le méchant n’est pas celui que l’on croit et personne n’est tout noir ou tout blanc. J’aime éveiller l’intérêt du lecteur et en même temps jouer avec lui, en semant les fausses pistes, avant de lui dévoiler la solution finale. C’est très gratifiant car je me dis « il va penser cela », et il se crée alors une sorte d’interaction avec lui.

e-bb. J’aime bien dans votre approche, le procédé du feuilleton ; cela rappelle par exemple « Les Mystères de Paris » d’Eugène Sue, parus dans le Journal des Débats de 1842 à 1843.

M.A. Graff. L’idée vient en effet de là. Mes romans sont conçus par chapitres qui se terminent de manière à enclencher la lecture du suivant, selon un procédé classique qu’on appelle « cliff hanging » (fin à suspense). Un chapitre se termine par un rebondissement qui amène à lire le suivant. Le premier roman à épisodes, paru dans la presse, fut « La Vieille Fille » de Balzac ; Balzac a été suivi par de grands auteurs, Alexandre Dumas, Maurice Leblanc, Gaston Leroux ; Conan Doyle lui-même, a commencé en publiant des aventures de Sherlock Holmes, organisées sous forme de nouvelles, dans le Strand Magazine. J’ai donc conçu mes romans pour pouvoir les livrer par épisodes, et les lecteurs apprécient de pouvoir retrouver une histoire qui se développe au fur et à mesure.

e-bb. Justement, qui sont vos lecteurs ?

Sang Bleu (2011) : Au pays d'Agatha Christie, il ne fait pas bon renouer avec les vieilles familles

M.A. Graff. Il n’y a pas de profil type. Mes lecteurs sont des 14-15 ans, des retraités, des mamans d’enfants qui fréquentent les mêmes écoles que les miens, puisque nous sommes boulonnais depuis longtemps et que nos 4 enfants sont scolarisés à Boulogne.
Je suis ravie d’avoir des lecteurs aussi différents, mais, en même temps, quand on me demande à qui je m’adresse, je ne sais que répondre ; du coup, à l’occasion d’un Salon du livre comme celui de Boulogne Billancourt, je suis classée dans la catégorie jeunesse. Ce qui ne m’a pas empêchée, au Salon de l’année dernière, d’être sollicitée par un public très varié.
La seule chose que je puisse dire en fait, est que mes romans s’inscrivent dans une littérature de divertissement. Ce ne sont pas des romans noirs comme Millenium (Trilogie du suédois Stieg Larsson ndlr) ou les ouvrages de l’écrivain américain Harlan Coben..

e-bb. Sur votre site, vous écrivez que dans vos romans, se mêlent une histoire psychologique et un thriller. Qu’entendez-vous par là ?

M.A. Graff. L’aspect psychologique est important ; un crime est lié à une histoire d’amour car on ne tombe pas amoureux par hasard, et on ne commet pas de crime par hasard. Les crimes dans mes romans, doivent trouver leur justification dans les caractères des protagonistes ; et je ne peux donc pas brosser ces caractères à grands traits. Mes personnages ont une histoire personnelle, ils ont un vécu émotionnel que je décris.

e-bb. Une dernière question : quels sont les auteurs qui vous ont influencée ?

M.A. Graff. Mes influences sont assez variées J’aime bien les maîtres du genre, Mary Higgins Clark, Conan Doyle que j’ai déjà cité ; j’aime bien aussi la manière dont Stephen King provoque l’angoisse chez son lecteur. Daphné du Maurier est également une auteure que j’admire, parce qu’elle excelle à distiller une atmosphère inquiétante et oppressante qui m’a beaucoup marquée, lorsque j’ai lu son roman « Rebecca. » Et comme j’apprécie de mettre de l’humour dans mes romans, car je trouve que cela manque actuellement, je me suis pas mal inspirée de l’écrivain irlandais Oscar Wilde, en utilisant le comique de situation…

J’ai quitté M.A. Graff un peu rassurée. Certes elle amoncelle les cadavres exquis virtuels dans son appartement de Boulogne, mais elle le fait avec humour et pour nous divertir…

Vous pouvez la retrouver sur le site www.editions-ramses6.com

Vous pouvez également la rencontrer, lors de dédicaces dont nous donnons quelques dates et dont les horaires sont indiqués sur le site des éditions RamsèsVI :

8 novembre chez « Violette et François, » rue d’Aguesseau
20 novembre au Collège « Les Oiseaux » (Paris 16ème)
4 décembre au Salon du Livre de Boulogne Billancourt

Déjà parus : Mystification, Revenant, Le Voisin, Sang-Bleu, Pocker face. Il est pour l’instant difficile de les trouver en librairie (ça va venir !), mais vous pouvez les commander sur le site de Ramsès VI (frais de port offerts) ou auprès des librairies en ligne FNAC et Amazon.