C’est la dernière née des galeries boulonnaises, et ce n’est pas la moins originale. Exclusivement sur Internet, à vocation internationale et promouvant des artistes du monde entier, la KOCHI Gallery fraie son chemin. Rencontre avec son fondateur, Emmanuel Tiberghien.

Benjamin Capdevielle, Mickey Porn (2012). Aérosol, acrylique et collage sur toile (120 x 100 cm) - CR KOCHI

Benjamin Capdevielle, Mickey Porn (2012). Aérosol, acrylique et collage sur toile (120 x 100 cm) – CR KOCHI

À l’image de sa galerie – « Serious Art Gallery Not Taking Itself Too Seriously » – le jeune homme affiche la couleur : diplômé de l’ESSCA et de l’INSEAD, après plusieurs années passées dans une banque d’investissement au Japon puis à Hong Kong, il n’est pas exactement issu du sérail. « On assiste à une explosion du marché de l’art dans le monde » décrit-il, « à Hong Kong il s’ouvre une galerie par semaine. Mais, si l’art est omniprésent, il conserve l’image d’un domaine fermé, réservé à des happy few. »

C’est cette image qu’Emmanuel Tiberghien veut changer. Lui-même collectionneur passionné, il défend le principe d’un art abordable, dans un marché transparent. Les œuvres proposées ont une cote appréciable, et sont vendues entre 100 et 10 000 euros, ce qui correspond en la matière au midmarket. « C’est l’avantage d’Internet, qui dépasse toutes les frontières, idéelles et géographiques. À la KOCHI Gallery, nous garantissons en outre des prix transparents, contrairement à une certaine pratique qui consiste à ajuster le prix en fonction du profil du client… » Dépasser les frontières, c’est l’un des sens portés par le nom de la galerie, qui, en japonais, signifie notamment ici.

Emmanuel Tiberghien, fondateur de la KOCHI Gallery

Emmanuel Tiberghien, fondateur de la KOCHI Gallery

Le souci d’accueillir des visiteurs nouveaux venus dans le monde de l’art est perceptible dans la présentation des artistes : le ton est léger et complice, mais délivre un contenu exhaustif, qui permet au néophyte de se sentir à l’aise. Un exemple ? L’évolution du street art, version express : « Today, there are companies specialized in detaching Street Art works from public spaces. « Stolen » works from the street thereafter often find a place in the auction market. Yes, that is true... »

Les influences du galeriste sont visibles dans sa sélection. La KOCHI Gallery met en avant trois champs – la bande dessinée en planches originales, l’urban art et la photographie, associée au collage.

Cobra, dessin animé culte - Cobra, Cobra under attack (1982-1983). Celluloïd de production et son crayonné collé au celluloïd représentant Cobra en mauvaise posture (23 x 26.5 cm) - CR COCHI

Cobra, dessin animé culte – Cobra, Cobra under attack (1982-1983). Celluloïd de production et son crayonné collé au celluloïd représentant Cobra en mauvaise posture (23 x 26.5 cm) – CR KOCHI

Des supports variés qui, aux dires d’Emmanuel Tiberghien, ont plus de rapports qu’il n’y paraît : « L’Urban art, c’est la dénomination anoblie du Street art. A l’origine, ses artistes se sont beaucoup inspirés des comics américains, tant pour le style graphique en à-plats de couleurs, la référence aux héros, mais aussi la scénographie, découpée en espèces de vignettes. Quant à la photographie, elle est associée dès les années 40 au collage pour recomposer des scènes et montrer une nouvelle image de la réalité. » A cet égard, la synthèse serait apportée par un artiste comme Florent Touchot, qui colle des personnages de BD sur ses toiles.

On est surpris par la part accordée aux mangas : « C’est original dans une galerie, mais je pense que ces supports ont leur place. Il s’agit de dessins et de celluloïds réalisés pour des dessins animés japonais, qui proviennent directement des studios de production. Pour moi, une galerie d’art ne doit pas seulement proposer des artistes reconnus ; ces dessins sont des œuvres uniques et historiques, ils procèdent d’un travail manuel et sont moins chers qu’une planche originale. »
En consultant le catalogue de la KOCHI Gallery, on se rend à l’évidence : la cohérence est là en effet, assurée par des effets d’écho d’artiste à artiste, et d’œuvre à œuvre. Elle renvoie à une culture commune et récente, ancrée dans le visuel.

Florent Touchot, Corto (2013). Collage et affiches marouflées sur toile (92 x 65 cm) - CR KOCHI

Florent Touchot, Corto (2013). Collage et affiches marouflées sur toile (92 x 65 cm) – CR KOCHI

Dans sa démarche, la galerie place au cœur son travail avec les artistes, avec l’ambition affichée de les aider à s’exporter davantage. D’où le parti-pris de lancer le site d’abord en anglais. L’expérience internationale d’Emmanuel Tiberghien lui a apporté une lecture assez fine du marché : « A côté du marché des enchères et des galeries, très fort en France et en Chine par exemple, où Christie’s bat des records, le monde de l’art se dématérialise peu à peu. Il n’est pas anodin que, depuis un an, Amazon lui dédie un espace. » Le rapport à l’art varie également d’un pays à l’autre : « En Asie, les productions artistiques ont une identité très forte, si bien qu’il n’y a pas de globalisation possible. Il y est également difficile de promouvoir des artistes occidentaux. En revanche, l’art contemporain chinois et japonais se développe et peut aisément s’exporter. » Parmi les services proposés par la galerie, on trouve la mise en relation directe entre artiste et client, ainsi que la commande d’œuvres sur mesure.

Des références récentes, un media dématérialisé, une vision globale du marché, et un discours décomplexé font la caractéristique de la KOCHI Gallery, galerie d’une nouvelle manière et promise à un bel avenir !

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