Robert Sandoz revient au TOP avec une adaptation du célèbre « Dix petits nègres » d’Agatha Christie. Une occasion de redécouvrir cette exquise Lady du crime.

Robert Sandoz -  photo l'outil CHE

Robert Sandoz – photo l’outil CHE

En 2012, Robert Sandoz, metteur en scène suisse et fondateur de la compagnie « L’outil de la ressemblance », avait présenté au TOP Monsieur chasse, de Feydeau. Le voici de retour, avec une pièce créée en mai 2014 à Genève. C’est une adaptation du célèbre Dix petits nègres d’Agatha Christie. Une de plus, me direz vous… Il y en a déjà tellement… Plus de cent millions d’exemplaires vendus, des adaptations au théâtre, au cinéma, à la télévision, à la radio, en jeux vidéos, en bandes dessinées, en russe, en allemand, en libanais, en espagnol, etc…etc… Mais justement, cette abondance a de quoi intriguer et justifie que l’on se précipite, pour voir l’adaptation de Robert Sandoz et redécouvrir cette exquise lady anglaise, qui rivalise en nombre de lecteurs anglo-saxons avec Shakespeare, et dont on va célébrer cette année, le 125ème anniversaire de la naissance…

Rendez-vous donc du 24 au 29 mars au TOP.

e-bb.- Quand avez-vous découvert cette œuvre d’Agatha Christie ?

Robert Sandoz.- Comme beaucoup, je l’ai lue pendant mon adolescence, puis je l’ai oubliée et laissée de côté. Mais dans mon parcours théâtral, j’alterne entre des adaptations de romans plutôt contemporains et des auteurs actuels, et des pièces plus classiques dans lesquelles j’essaye de revisiter des genres quelquefois un peu décriés, n’ayant pas forcément bonne presse, comme justement le vaudeville ou le mélodrame. Et je me suis dit que j’aimerais bien m’intéresser au théâtre policier. Cela m’amène d’ailleurs à poser la question : pourquoi en francophonie, est-il si peu joué alors que chez nos confrères anglophones ou germanophones, il y a des institutions entièrement dévolues à des pièces policières, comme par exemple le Berliner Criminal Theater, en Allemagne ? Pourquoi ce genre n’est-il pas dans notre culture et attire-t-il peu d’auteurs francophones, même si ça revient un peu à la mode, sous l’influence des séries policières à succès ? Je suis donc allé chercher chez les anglophones et pour mener ce questionnement, je me suis dit qu’il valait mieux prendre comme référence un auteur ayant fait ses preuves. En effet, dans ma recherche, je ne devais pas douter de l’intrigue mais me concentrer sur l’énigme du rapport entre le genre policier et le théâtre. Je me suis donc tourné vers Agatha Christie, dans l’œuvre de laquelle le coupable lui-même n’est pas forcément le plus intéressant ; c’est aussi ce qui se passe dans Le crime de l’Orient Express, tout le monde est coupable mais l’intérêt est dans la situation… J’ai choisi Les dix petits nègres, parce que la réunion de tous les personnages dans un huis-clos, puis leur élimination un par un, est une dramaturgie assez moderne, qu’on voit beaucoup actuellement à la télévision. Cela m’intéressait donc de travailler là-dessus. Ce qui me plaisait aussi, c’est qu’Agatha Christie a écrit une pièce de théâtre à partir du roman, mais avec une autre fin ; j’ai mélangé les deux ; je préfère la fin du roman, mais je me suis appuyé aussi sur la version théâtrale, mon objectif étant d’interroger ce qu’est le théâtre policier, qu’on ne peut pas comparer aux séries de télévision.

e-bb. Vous avez évoqué les fins de cette œuvre…

R.S.- Agatha Christie a écrit une fin heureuse pour son adaptation théâtrale ; moi j’ai choisi la fin triste, la même que celle du roman. J’en ai d’ailleurs discuté avec les ayants- droit, dont son petit-fils. Un mot concernant ce dernier car l’anecdote est assez belle : quand il avait neuf ans, pour son anniversaire, sa grand-mère lui a offert les droits d’une de ses pièces de théâtre, La souricière, qui totalise le plus grand nombre de représentations consécutives au monde, plus de 23 000 sans interruption depuis sa création en 1952 (NDLR la dernière réplique de la pièce prononcée par le policier s’adresse aux téléspectateurs : « Chers spectateurs, complices du crime, merci d’être venus. Et de ne pas révéler l’identité du meurtrier ».).

Crédit photo Marc Vanappelghem

Crédit photo Marc Vanappelghem

e-bb.- De quoi s’inspire votre bande-son ?

R.S.- Le référent absolu en ce domaine est le cinéma, et il est difficile de se battre contre ce grand frère, surtout dans ce genre ; il a imposé des codes visuels et sonores que nous avons essayé de ne pas reproduire bêtement. Nous avons donc cherché, avec le compositeur et l’éclairagiste chargé des lumières, à répondre aux questions suivantes : comment créer la tension ? comment amener l’étrangeté ? Le compositeur est, par exemple, venu me dire un jour qu’il aimerait travailler avec un oud, un instrument à cordes pincées, très répandu en Afrique du Nord ; au premier abord, je ne voyais pas le rapport entre le oud et Agatha Christie, mais la façon dont il l’utilise et le travaille, fait que les mélodies ne sont pas du tout nord-africaines ; la sonorité très tendue de la corde qui se tend, lui a permis de créer des sons, en centrant son travail plus sur l’atmosphère que sur les mélodies, même si nous avons réécrit la mélodie de la comptine qu’il y a dans le livre (NDLR. Une chanson, « Dix petits nègres », adaptation d’une chanson américaine « Dix petits indiens », joue un rôle fondamental dans le roman)

e-bb.- Qu’est ce qui vous a frappé concernant le public ?

R.S.- J’ai été surpris de constater le nombre important de spectateurs venus en famille, avec des adolescents, d’entendre les réactions quelquefois de peur, ce qui n’est pas courant au théâtre. Bien sûr l’intrigue est très connue, mais nous avons travaillé sur l’atmosphère et la façon de provoquer une tension qui s’accroît au fur et à mesure. Et les réactions du public m’ont prouvé que nous avions atteint notre but.

e-bb.- Quels sont vos projets ?

R.S.- Je me dis qu’il y a d’autres œuvres d’Agatha Christie, moins connues mais tout aussi intéressantes… Alors…