Le 19 janvier prochain, le Carré Belle-Feuille accueille le danseur Julien Derouault pour son spectacle Être ou paraître, mis en scène par Marie-Claude Pietragalla.

Julien Derouault

Julien Derouault, Être ou paraître – CR Pascal Elliott

« Un poète, c’est peut-être d’abord une gesticulation. » Cette proposition de Louis Aragon, tirée de La nuit des jeunes gens, pourrait être le fondement de ce spectacle époustouflant signé Pietragalla/Derouault dans le cadre de leur projet Le théâtre du corps.

Quand la poésie se fait corps

Parce que si, pour tout un chacun, le poète use des mots, au sens originel, il est d’abord l’artisan d’une œuvre, n’importe laquelle. C’est vers cette poiesis que le spectacle Être ou paraître fait signe, et Julien Derouault l’incarne toute entière.
Voici le danseur seul en scène, encordé, tendu vers un but au bord de sa portée : une couronne. Il s’en empare et part d’un rire sardonique et désespéré. Et puis voici les mots, comme issus du mouvement de cet être qui lutte contre la gravité, le vertige, le statisme, qui tourbillonne, choit et sans fin se relève. Il est roi – un roi nu -, saltimbanque au pommeau blanc, prisonnier de ses pensées. Une couronne chasse l’autre, souverain et martyr, dérisoire et hautain, Julien Derouault est l’être dans tous ses affres, le corps traversé par ces tirades superbes qu’il interprète comme nul autre.

L’alliance de l’humour et de la grâce

Être ou paraître, c’est le dilemme de l’artiste. Empruntant à Aragon, donc, mais aussi au sublime Richard II de Shakespeare et à sa prison de pensées, Julien Derouault nous livre, une heure durant, l’homme livré aux interpellations réitérées de l’intelligence, confronté, dans son corps et dans son esprit, à la beauté, à la poésie, à l’immensité et à l’acte créatif.
Rien ne le cède, du dire ou de la danse, de l’humour ou de l’élégance, dans cette prestation extraordinaire, accompagnée par le piano aux accents romantiques et modernes de Yannaël Quenel.

Julien Derouault

Julien Derouault et Richard II – CR Pascal Elliott

Julien Derouault, artiste total, poète

Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault conçoivent ensemble les chorégraphies du Théâtre du corps, avec pour ambition de « questionner l’humain. » Le mouvement, expression première du danseur, s’allie ici au verbe et à la musique pour atteindre à la quintessence de l’art vivant.
Danseur et chorégraphe nous emportent sans respiration dans cette entreprise, dont on revient riche de possibles.

Être ou paraître, le 19 janvier à 20h30 au Carré Belle-Feuille – 28 euros – réservation : 01 55 18 54 00